LE GIIUEH-PLU.ME A CIIAIH I! LA X CH E
trouverez sur ces hauteurs. » L'invitation fut accueillie avec enthousiasme. Les officiers, un capitaine et deux lieutenants, étaient au Colombier depuis trois mois, occupés à des travaux graphiques pour la carte de l'état-major, et leurs opérations étant terminées, ils devaient, le soir, descendre à Culoz.
« Si vous étiez venus il y a quelques jours, dit le capitaine, nous vous aurions offert une meilleure chère, mais nos provisions sont épuisées, nous n’avons qu’un morceau de génisse, des champignons, du beurre frais et du fromage. — Nous aurons nn excellent déjeuner, répondit mon père, j’ai un saucisson, une daube refroidie dans son jus, un pâté cl au besoin un lièvre, des cailles cl des perdreaux. »
Après délibération, on résolut de réserver le lièvre et les perdreaux pour les manger à Culoz et de livrer le morceau de génisse et la daube aux serviteurs. 11 restait encore quelques poignées de riz ; le soldat chargé d’apprêter les vivres avait fait la cuisine à Turin, il proposa de nous accommoder les cailles au riz à la mode du Piémont; c’était, disait-il, un mets délicieux ; son offre fut acclamée.
Pendant que nos gens plumaient les cailles et organisaient les préparatifs du repas, les officiers braquèrent leur puissant télescope et nous désignèrent les principaux pics des Alpes en nommant les pays où ils étaient situés.
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Le déjeuner servi, on y fit horiüeur, car, pour aiguiser l’appétit, l’air vif et pur des sommets du Jura vaut encore mieux qu'un bain dans l’Eurolas.
Le plat de cailles au rizotlo fut trouvé remarquablement bon.
Après une longue sieste, on songea au départ. Les bagages ayant été placés sur les deux mulets des officiers, on me remit sur l’âne ragaillardi par une copieuse ration d’avoine et de pain saucé de vin rouge.
A cinq heures nous étions à Culoz.
Les officiers furent installés dans leurs chambres. Après qu’ils eurent fait leurs ablutions, on servit le dîner dont voici le menu : un potage, des lavarels frits, une fricassée de poulets garnie de queues d’écrevisses, un civet de lièvre, un rôti de rois de cailles et de perdreaux, une macédoine de légumes frais et d’énormes écrevisses des Rousses cardinalisées selon le rite du prieur.
Le capitaine, gastronome, voulut la recette de la fricassée de poulet, du civet de lièvre et celle de la sauce des écrevisses; à la demande de mon père, il prescrivit au soldat cuisinier de donner par écrit la recette du rizotlo si fort apprécié le matin au déjeuner.
La soirée terminée, les officiers montèrent dans leurs appartements, mais, quelques instants après,
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le capitaine rentra au salon en proie à une vive émotion et le visage bouleversé ; ces messieurs venaient <le s'apercevoir qu’ils avaient laissé sur la montagne le manuscrit contenant le relevé de leurs travaux.
Mon père parvint à calmer ses hôtes en leur promettant d'expédier au Colombier un braconnier qui retrouverait le cahier et le rapporterait bientôt.
Le paysan partit à onze heures du soir et revint à six heures du matin, racontant que des bergers, pour allumer du feu, avaient brûlé tous les papiers abandonnés par nous et par les militaires. Les officiers étaient désespérés et leur chef se désolait prévoyant les suites de celle aventure. Cependant, comme il valait la peine de vérifier la véracité du rapport, mon père engagea le capitaine à tenter une nouvelle recherche, et alors celui-ci s’adressant à l’un des lieutenants lui dit : « Vous êtes le plus jeune, remontez au Colombier, et Dieu veuille que votre voyage ne soit pas inutile. » Le lieutenant se mil en roule, et à trois heures de l'après-midi il était de retour, tenant en main le précieux cahier et le montrant de loin. Le braconnier, messager infidèle, s’était arrêté dans une des premières granges et y avait dormi jusqu’au matin.
La gaieté étant revenue, on fit tonner le vin de Champagne pour célébrer l'heureux évènement et fêter le départ de ces amis que nous n’avons jamais
LE GIBIER-PLUME A CHAIR BLANCHE
revus, mais j’ai gardé leur souvenir et leur recette du rizotto.
M. Lenorraant avait fixé son départ au lendemain. En mémoire de notre ascension au Colombier, il remit à mon père un presse-papiers fait d’une tablette de marbre blanc supportant une louve de bronze allaitant Romulus et Remus; au dessous, on lit celte inscription : « Villa Adriana, IV novembre MDCCCXII. » Cette statuette avait été trouvée par M. de Chateaubriand dans des terrains qu’il faisait fouiller en Italie. 11 en avait fait hommage à son amie, M'De Récamier ; elle la donna à M. Lenormant, son neveu, et voilà comment j’ai hérité de la recette du rizotto et de la louve de M. de Chateaubriand et île Mme Récamier.
Le roi de cailles.
>( Râles de genêts rôtis sur une croate £> la Sardanapale, mastiquer largo et fortissimo! »
Eugène Sue, Les sept péchés capitaux.
Le roi de cailles est le plus grand des râles, on l’appelle aussi râle des genêts. Aucun chasseur 11e peut se défendre d’une émotion quand il aperçoit ce magnifique oiseau dans les blés-sarrasins, se déro-
LE «IllIEn-PLUME A CIIAI H HLANCIIE
bant devant les chiens, courant dans les sillons, porté sur ses hautes pattes blondes, ayant l’encolure d'un cheval de course et revêtu de son magnifique caparaçon roux-isabelle.
« Sous Charles X, les gardes de ses chasses avaient ordre de considérer le roi de cailles comme gibier royal de première classe, c’est-à-dire de le réserver pour le fusil du roi et de le détourner comme s’il se fût agi d’un dix-cors. » Charles X pensait sensément. Le charme de la chasse est la lutte entre le gibier et le chasseur; massacrer des centaines de faisans idiots, que des rabatteurs font lever en frappant la cépée de coups de gaule, est un passe-temps imposé par la mode ou les exigences de l’étiquette, mais n’est pas un plaisir plus vif que d’assommer des dindes dans une basse-cour.
Le roi de cailles a le cou long, effilé et les flancs aplatis; taillé pour la course, il aime mieux marcher que voler. Il va de Norvège en Afrique, traverse la France et revient au printemps. Avant de gagner le Nord, il séjourne dans les prairies humides des vallées du Bugey ; quelques-uns font leurs nids dans les herbes épaisses de nos blachèresT mais le passage le plus nombreux est en automne, du quinze septembre au milieu d octobre. Ceux restés après cette époque sont les plus gras et les meilleurs.