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IV. - INFLUENCE DE DIVERS ÉLÉMENTS SUR LA PRODUCTION DU LAIT

La production du lait est modifiée, tant en ce qui regarde la quantité que la richesse, par différentes circonstances dont nous allons indiquer les principales.

Individualité. — Parmi les éléments qui influent sur la quantité du lait et sur la teneur en principes utiles, aucun ne peut être mis en parallèle avec l'individualité, l'aptitude de l'individu. Depuis longtemps le fait était admis pour la quantité. Plus récemment la démonstration a été donnée en ce qui concerne la richesse.

Les expériences de Fleischmann etHittcher poursuivies pendant huit ans, de 1889 à 1897, ont ouvert la voie. De nombreuses recherches dans le même sens oiît été ensuite entreprises.

Nous avons eu l'occasion de faire cette étude il y a quelques années avec M. Dornic, et nous sommes arrivés aux mêmes conclusions.

Il est aujourd'hui parfaitement démontré que des vaches de même race, de même âge, ayant un poids vif équivalent, soumises à un régime et à une alimentation absolument semblables présentent, à la môme période de lactation, des différences considérables, non seulement sous le rapport de la quantité, mais également dans la

richesse du lait, différences qui peuvent aller du simple au double.

L'aptitude à produire un lait riche ou un lait pauvre est avant tout une propriété individuelle en regard de laquelle les autres éléments qui peuvent influencer la sécrétion ont une action restreinte.

Sans doute les aliments de bonne qualité, d'une digeslibilité élevée, donnés en quantité suffisante, permettent à chaque vache de fournir le lait le plus riche possible ; mais la limite à cette richesse est très variable, elle dépend du coefficient individuel. En nourrissant très bien de mauvaises beurrières, on ne peut arriver à leur faire produire du bon lait.

Contrairement à l'opinion habituellement répandue, la richesse du lait n'est pas forcément incompatible avec l'abondance, et s'il est des vaches qui donnent beaucoup de lait et du lait pauvre, il en est d'autres qui donnent beaucoup de lait et du lait riche.

Dans nos essaisla vache qui a fourni le lait le plus riche était une des meilleures laitières de l'étable.

11 y a donc un grand intérêt à sélectionner les vaches qui donnent à la fois beaucoup de lait et du lait riche. Et cela d'autant plus que la propriété de donner beaucoup ou peu de beurre est à un haut degré héréditaire.

Tous les signes extérieurs concernant l'aptitude à produire beaucoup de lait sont plus ou moins trompeurs, et quant à la richesse, il n'en est aucun qui puisse la faire reconnaître sûrement.

Aussi, au lieu d'apprécier les vaches laitières uniquement d'après les forn\es extérieures, il est indispensable de vérifier soigneusement leurs aptitudes productrices.

En Danemark les éleveurs sont entrés dans cette voie, et les résultats obtenus sont absolument remarquables.

On s'est proposé de déterminer les vaches qui pour une (luanlité donnée d'aliments produisent en aussi grande quantité que possible du lait et de la matière grasse.

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Il s'est constitué des sociétés de contrôle entre dix ou douze agriculteurs voisins. Un agent expérimenté, appointé par la société, visite habituellement deux fois par mois chaque domaine. 11 assiste à la traite et au pesage de la quantité de lait produite en vingt-quatre heures. U inscrit les résultats dans un registre spécial et prélève un échantillon dont il détermine la teneur en matière grasse. Il pèse aussi la quantité d'aliments consommés en vingt-quatre heures. Chaque vache ayant un compte spécial, il est facile de connaître au bout de Tannée les animaux qui produisent le plus. On arrive ainsi à éliminer les mauvaises laitières, celles qui utilisent mal la nourriture, et on augmente par là le rendement du troupeau.

Le fonctionnement des sociétés de contrôle pourrait être imité par les laiteries coopératives, les sociétés de Herd-Book, les syndicats d'élevage ; mais un agriculteur peut aussi sélectionnerlui-mêmeles animaux sans aucune difficulté, le dosage de la matière grasse étant à la portée de tous, grâce aux appareils pratiques que nous décrirons plus loin.

Race. — Les vaches qui appartiennent à la même race présentent des caractères communs, non seulement en ce qui concerne les formes extérieures, mais aussi pour les aptitudes. Or la quantité de lait produite et sa richesse constituent des caractères essentiels qui servent à distinguer les races comparées entre elles; tout en tenant compte des différences individuelles que présentent entre eux les sujets d'une même race, on peut dire qu'il y a des races beurrières, telles que la jerseyaise, la parthenaise, etc., alors que d'autres, la hollandaise, par exemple, se signalent par un lait beaucoup plus pauvre sécrété plus abondamment.

Période de lactation. — La période de lactation s'étend du jour du vêlage jusqu'à l'époque où la vache est tarie. Dans les conditions normales, cette période dure 300 à 320 jours.

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Chez les vaches qui ne sont pas en gestation, la période de lactation dure plus longtemps.

Habituellement, peu de temps après le vêlage, la quantité de lait atteint son maximum et diminue ensuite d'une façon constante. Mais toutes les vaches ne se comportent pas de la même façon. Les unes, très abondantes au début, diminuent ensuite brusquement; d'autres donnent une quantité moindre au commencement, mais se maintiennent longtemps au même niveau : ce sont souvent celles qui durant la période totale fournissent le plus de lait.

En général, la quantité de matière sèche et spécialement la proportion de matière grasse augmentent à partir du vêlage, se maintiennent pendant un certain temps puis augmentent encore notablement vers la fin de la période. L'acidité du lait diminue aussi à cette époque, et le lait ne caille pas de la même façon ; le caillé obtenu est plus mou, le goût est parfois légèrement amer ou salé, le lait s'écréme plus difficilement; ce sont là des points très importants dont il faut tenir compte dans la fabrication du beurre et des fromages. Lorsque les modifications sont prononcées, il est préférable de réserver le lait pour l'alimentation des porcs.

Age. — La quantité de lait augmente habituellement depuis le premier vêlage jusqu'au quatrième ou au sixième. En général, à partir de huit ans la vache donne moin5 de lait. Mais il y a des différences assez grandes suivant, les races, et aussi suivant le régime auquel les animaux sont soumis. Avec des soins convenables une vache peut donner une quantité satisfaisante de lait jusqu'à un âge assez avancé.

Activité sexuelle. — Les expériences relatives à l'influence de Tactivité sexuelle sur la production du lait sont très contradictoires, parce que l'individualité intervient fortement.

Quelquefois il n'y a aucun changement ; dans

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d'autres cas, des modifications profondes apparaissent; la quantité de lait baisse sensiblement, la densité s'écarte des limites habituelles, la matière grasse diminue dans^ des proportions considérables, l'acidité du lait augmente, le lait caille à l'ébullition.

Si intenses que soient ces modifications, elles disparaissent rapidement.

La castration des vaches, préconisée pour prolonger la lactation, ne donne pas toujours des résultats certains, et elle doit être réservée exclusivement pour les bètes taurelières.

Régime. — La production intensive du lait exige que les vaches se trouvent dans des conditions hygiéniques normales.

L'étable doit être suffisamment spacieuse.

La température sera comprise entre 13° et 18°. Si la température est trop basse, le rendement diminue, car une certaine quantité d'aliments est utilisée pour produire la chaleur ; si elle est trop élevée, le rendement diminue aussi, l'activité des glandes mammaires étant ralentie ; de plus, le lait a une tendance à Tacidification rapide.

Il faut que l'air se renouvelle, surtout en été, mais de telle façon que les animaux ne soient pas exposés à un courant violent qui pourrait provoquer une inflammation du pis.

Les vaches brossées, étrillées chaque jour se portent mieux et produisent davantage.

Alimentation. — Pour que les vaches fournissent le maximum de lait, il faut qu'elles soient nourries suffisamment avec des aliments digestibles. Lorsque ces conditions sont réalisées, la composition du lait varie très peu, quels que soient les aliments qui entrent dans la ration.

On a cependant constaté l'influence heureuse de la mise au pâturage, qui augmente souvent la quantité, comme aussi la richesse en matière grasse ; les animaux consomment avec profit un fourrage tendre, riche en protéine

digestible ; de plus, le séjour au grand air a certainement sa part dans cette action favorable.

Il ne faut pas gaspiller la nourriture et donner à une vache laitière une quantité telle qu'elle engraisse; le prix de revient du lait s'accroîtrait sans profit.

On doit, par exemple, ne pas alimenter aussi copieusement les vaches taries que celles qui sont au début de la période de lactation.

11 faut surtout nourrir économiquement en s'attachant à choisir les aliments complémentaires les plus avantageux.

Les expériences très bien conduites depuis de longues années par le laboratoire de l'Institut agronomique de Copenhague fournissent à cet égard des renseignements utiles.

D'après ces nombreux essais, 1 livre de céréales = 1 livre de maïs = 1 livre de son :=r i livre de mélasse rr: i livre de substance sèche de racines =3/4 livre de tourteaux de coton ; c'est-à-dire que l'on peut substituer dans la ration les aliments les uns aux autres dans la proportion indiquée, sans que cet échange amène une diminution ou une augmentation de lait.

iVlais, trop souvent en hiver la nourriture est insuffisante, il y a alors diminution de rendement et de qualité ; de plus, les vaches qui ont souffert pendant quelques mois ne fournissent pas en été la même quantité qu'habituellement, la productivité s'est affaiblie.

Il est utile de donner régulièrement du sel aux vaches laitières.

Lorsqu'on change d'alimentation, il faut opérer la substitution progressivement, afin d'habituer les organes digestifs à la nouvelle nourriture.

Un changement brusque de régime provoque un amoindrissement dans la sécrétion du lait.

L'eau ne doit jamais être donnée trop froide, sinon on constate une diminution de rendement.

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Si les vaches ne sont pas tranquilles dans l'étable, la composition du lait peut s'en ressentir d'une façon défavorable ; c'estce que l'on constate, par exemple, lorsqu'on éloigne le veau de la mère; celle-ci se tourmente et le .lait n'est plus le même.

Espacement des traites. — On a souvent remarqué des différences sensibles dans la quantité et la qualité du lait livré le matin et le soir ; cela provient de ce que les traites ne sont pas également espacées. Après un plus long intervalle entre les deux traites, en général la vache livre plus de lait, mais un lait moins riche, surtout en matière grasse ; si les traites sont plus rapprochées, le Jait est sécrété en moins grande quantité, mais la proportion des éléments utiles est accrue. Suivant les intervalles, les différences peuvent être plus ou moins considérables.

Nombre de traites. — Il est démontré qu'en trayant trois ou quatre fois par jour, au lieu de deux, la quantité de lait augmente, mais pas dans une proportion considérable. Aussi, en tenant compte des frais supplémentaires que cette pratique occasionne, on n'aura pas habituellement intérêt à l'employer, sauf s'il s'agit de vaches fraîches très abondantes.

Pour les fabrications qui exigent un lait très sain, telles que celle du gruyère, la méthode de traire une troisième fois au milieu du jour présenterait un inconvénient sérieux, en ce sens que le lait ne pouvant être livré que plusieurs heures après risquerait de s'altérer pendant l'été.

Traite fractionnée. — De nombreuses expériences ont montré que les premières parlies de la traite sont moins riches en extrait et surtout en matière grasse que les dernières parties :

Boussingault, après avoir partagé une traite en six portions, les soumit à l'analyse et trouva les chiffres suivants :

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