Montesquieu. Esprit des lois, 1. VI, chapitre XII
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Enfin l'accroissement de la population et le développement de la richesse ont également favorisé le mouvement de la criminalité incendiaire. Sous la Monarchie de Juillet, dans ces années de paix et d'abondance, les branches de l’activité humaine sortant de l'épuisement qui avait paralysé leurs efforts, sont secouées à la fois d'un grand frisson de vie. L’agriculture se développe, le commerce, l’industrie surtout s’épanouissent stimulés par la découverte des chemins de fer. Fouettés par l’insolence des égoïsmes salisfaits, Jes appétits s’exaspèrent. La jalousie et la haine troublent des cœurs, arment des bras. Dans l'esprit de plus d’un deshérité l'incendie apparaîtalors comme un sinistre instrument de nivellement social. Sous l’influence simultanée de ces faits on s’explique l’ampleur qu'a atteinte ce crime vers 1855. A cetle date, nous l’avons vu, les statistiques constatent un fléchissement qui ne fera que s’accentuer jusqu’à l’époque actuelle. Faut-il attribuer à un relèveément de la moralité publique cette diminution progressive du nombre des incendies ? Faut-il voir,dans ce recul de la criminalité, un mouvement de la conscience sociale vers un idéal plus élevé ? Les faits ne semblent guère confirmer l’optimisme de cette hypothèse. La criminalité en général, dans la seconde moitié du xix° siècle, eut une marche constamment ascendante: ce point, Les documents officiels l’établis-
sent. Or serait-il logique d'admettre que seul, au
milieu de toutes les autres manifestations délictuelles de l’homme, le crime d’incendie n’ait pas suivi cette commune évolution ?
D’un autre côté, il est certain que le système de la correctionnalisation qui s’est introduit dans la pratique judiciaire aux environs de 1850, a laissé notre matière en dehors de son cercle d'application. Comment expliquer, dès lors, ce mouvement rétrograde ? Par cette excellente raison que ce mouvement n'existe pas. Oui, le nombre des incendies poursuivis a diminué depuis 1855, mais suit-il de là que la criminalité incendiaire se soit ralentie ? Evidemment non. Ce sont les poursuites qui ont diminué et non pas les crimes. « Il ne faui pas perdre de vue que les faits d'incendie constituent environ un septième annuellement des crimes laissés sans poursuites par le Ministère public et près du quart des affaires terminées par des ordonnances de non-lieu (1). » Mais à quoi attribuer ce ralentissement des poursuites ? A la facilité qu’ont aujourd’hui les délinquants d’y échapper. Grâce à la rapidité des moyens de communication, l’incendiaire, une fois son crime consommé, a vite quitté le théâtre de ses exploits : enfui à l'étranger ou caché dans une de ces agglomérations grouillantes qui constituent les grandes villes modernes, il dépiste
avec succès trop souvent les recherches de la police.