T&0P10S0.— «CHARGE. — LOUAGE
rain d'Auguste, assure que la plupart des ville» qui florissaient jadis, sont de son temps désertes et désolées ! Tarente et Antiuro, veuvesde leurs citoyens , reçoivent sous Néron des colonies de vétérans, qui bientôt les abandonnent et se dispersent [10] ! Sous Gallien , Alexandrie a perdu la moitié de ses habitants [it], et la Campanie n'offre plus, sous le règne de Constantin , que des terres incultes à la place des richesses et des délices d'autrefois [»].
En même temps la culture est abandonnée , et les terres labourables se convertissent en pâturages [ts] . L'Italie ne peut plus se vanter d'être la mère des moissons :
Satumia teiliu, Magna parent frugum [14].
Ah ! si Virgile la voyait, il ferait entendre des cris de douleur à la place de son chant de triomphe et d'amour ; car elle ne peut plus nourrir un peuple affamé ! il faut faire venir des grains de l'Afrique et de l'Egypte, mettre lesprovinces les plus lointaines à contribution, et, comme le disait Tibère au sénat, livrer l'existence du peuple romain aux caprices des vents et des flots [ts].
Mais à coté du paupérisme qui demande du pain et des jeux, s'élèvent quelques familles opulentes , dont les domaines sont presque des empires. N'ai-je pas parlé plus haut de ces six citoyens qui possédaient à eux seuls la moitié de l'Afrique [te]? Rappellerai-je ces rivières qui jadis avaient séparé des nations ennemies, et qui traversent les terres d'un simple particulier [t7] , et ces domaines où l'on compte jusqu'à six mille esclaves [ts] : Villarumne infinila spolia, familiarum numerum cl nation bs [te] 1
Voilà donc les plaies qui rongent l'Italie; d'immenses propriétés et des nations d'esclaves ! et le mal s'étend jusqu'aux provinces [m].
Que faire cependant? La civilisation restera- 1elle impuissante? ne tentera-t-elle rien pour l'Etat qui ne sait rien faire pour se sauver? ne saurat-ellc pas franchir les barrières que lui opposent
[12] Infr., n« 31.
Gibbon, t. III, p. 387.
[13] Varron, De re rut lied, lib. %,pratf.
Colum., id., lib. \,prcef.
[14] Virgile, Géorg., liv. 2.
[15| Tacite, Annal., lib. 3, c. 54.
116] Pline, lib. 18, c. 7.
[17] Infr., no 31. Gibbon, t. VI, p. 33, 54.
[18] Infr., no 31.
[19] Tacite, Annal., lib. 3, 53.
[20] Latifundia perdiddre Italiam ; jam verd et provin- (Pline, lib. 18, c. 7.)
IMtÉFACË.
et une incessante corruption et des lois stériles?
Il y a dans l'histoire une vérité souvent confirmée par les faits : c'est que, lorsque la classe moyenne manque, l'agriculture, faute de fermiers libres, retombe aux mains des esclaves.
Mais que peuvent des bras servîtes quand le maître s'endort dans le luxe et la mollesse [i], quand il n'est pas là pour donner lui-même l'impulsion?
Une seule combinaison peut assurer des résultats avantageux ; c'est d'intéresser l'esclave à son travail par une part dans les profits, et par une somme plus grande de liberté : le principe de tout effort et de toute constance est dans ce double encouragement.
Les propriétaires durent le sentir. Alors le colonat prit naissance; le maître choisit parmi ses esclaves les plus laborieux et lesplus intelligents; il leur donna une existence plus libre et des terres à cultiver. Mais il les attacha au sol , eux et toute leur race , par les liens d'un bail perpétuel [a], combiné avec quelques restrictions d'une pleine liberté.
Or, ce fut là un progrès considérable; les esclaves durent l'accepter avec reconnaissance, s'inquiétant peu de savoir si le microscope du légiste y voyait quelques anomalies. En effet, le colopat ne traite pas l'agriculteur en esclave ; il lui ouvre les portes de la vie libre, il fait de lui une espèce de client.
Il ne le condamne pas à la dure existence du manouvrier, c'est une industrie qu'il lui demande. Il lui laisse la jouissance de la terre; il lui en abandonne tous les produits, moins la part dominicale. En un mot, il l'élève au rang de fermier, ou de cultivateur à mi-fruit. ,
Et l'on s'étonnerait que le colonat fût venu comme palliatif de la grande propriété, comme intermédiaire entre l'esclave qui recule devant le travail et le maître qui languit devant ses richesses improductives?
Celle transition de l'esclavage à l'état meilleur du colon à culture perpétuelle, s'est faite mystérieusement. C'est que, dans les campagnes, les métamorphoses qui s'opèrent dans l'état des personnes et des choses, n'ont pas l'éclat bruyant des révolutions conduites par les cités. La législation a trouvé un beau jour le colonat en pos-
[î] Voyci, dan» Tacite, la lettre de Tibère au «énat, lib. 3. «•. 53. Si.
[2] On *ail «nie le* baux perpétuel» furent connu» de» Romain». iC.aiu», In*tit., lib. 3 , ti° 143 ; Gordien, I. 3, C. I.oc cvnii.)
[J] Ulpien, I, 7, D. Dr 1,1-traH cautâ, M Polbicr, Pand ., t. III, l>. »1 ct»uiv.
de la société ; alors elle a dûlei tre et formuler ses lois; elle s'en est comme d'une base de l'impôt.
Le colonat, une fois donné par les besoins de la culture, dut voir ses rangs s'accroître et se peupler par plus d'une misère sociale.
Dans une société où l'homme libre était réduit à se vendre comme esclave [s], plus d'un ingénu dut se vendre ou se livrer comme colon. Les lamentables récits de Salvien nous ont montré cette dégradation de la liberté. Les lois ne veulent pas dire autre chose quand elles parlent de contrats et de prescription. Ainsi, l'esclavage avait formé la première couche du colonat ; la liberté malheureuse forma la seconde [4].
La prescription dut particulièrement s'appesantir sur les fermiers héréditaires ou perpétuels dont, je le répète , Rome eut beaucoup d'exemples [5] . Les possessions héréditaires et perpétuelles peuvent dégénérer de deux manières : ou le détenteur , oubliant l'origine de la chose, finit par se persuader qu'il en est propriétaire; ou le propriétaire finit par étendre jusqu'au détenteur les droits qu'il a sur la chose.
De ces deux métamorphoses, la première s'est vue lors de notre première révolution. La conversion des baux à cens, des baux à rente, des baux à locatairie perpétuelle, en toute propriété, au profil de ceux qui primitivement ne furent que des détenteurs limités dans leurs droits , en est la preuve éclatante. Le colonat nous donne une manifestation de la seconde.
Des hommes ingénus de naissance ont pris des terres à ferme par baux perpétuels; ils vécurent à des époques désastreuses, où la classe moyenne voyait chaque jour ses rangs s'abîmer, où la petite propriété s'écroulait, entraînant ses maîtres dans sa chute ; où les grands domaines et les grands propriétaires écrasaient la population libre, mais pauvre! Ces fermiers, seuls et sans défense, ont-ils pu échapper tous à ce système général d'oppression? Croit-on qu'après les guerres civiles et les proscriptions qui firent changer de mains la plus grande partie des propriétés , les maîtres insolents que donnait la victoire se soient montrés bien scrupuleux sur la limite de leurs droits et de ceux des fermiers héréditaires?
Croit-on que ces vétérans, qu'on envoyait pour
[4] Le» colon» étaient exempL de* charge» extraordinaire» qui accablaient le» citoyen». (Un»tant., I. 1,