Des jugements
1 . La jurisprudence esl la science des lois. Le premier pas A faire dans celte science est donc de bien cotinailrela nalure des lois, et de s'en former uiie idée nette et précise.
On entend par scienct; un enchaînement de vérités fondées sur des principes évidents par eux-mèines ou sur des démonstrations, une collection de véiilés d'une mt^tue espèce, rangées dans un ordre mélhoditjue.
L'art est l'habitude d'appli(|uer les connaissances à la pratique. De l'a quelques Jurisconsultes ontdétini la jurisprudence l'habitude d'interpréter les lois et de les appliquer aux espèces qui se i)résentt:nt.
2. Le mot loi, dans son sens le plus étendu, signifie une règle d'action : c'est la règle qtie suivent ou doivent suivre, dans leurs actions, tous les êtres animés ou inanimés, raisonnables
Code et qui est commun à tous, devrait former une loi spéciale. Aussi a-t-il été rejeté le 24 frimaire an x, et adopté seulcraenl le i ventôse an xi. (Voy. les discussions dites de l'an \.) (Locré, t. 1, p. 23G et suiv.)
TITRE PRÉLIMINAIRE
ou irraisnnnnbles. On flil It-s lois du moiivenienl. de l-i lîriivilalioii. de l'oplique, de la luécanique, commeon dilli sloisnaliiielles, les lois civiles, les lois polilKiiies, commerciales, etc.
Dans ce sens, comme l'observe Montesquieu (1), Ions les èlres ont leurs lois; le monde matériel a ses lois, les bêles ont leurs lois, l'homme a ses lois.
\/A science de toutes ces lois différentes appartient à la philosophie, ijui embrasse dans son imtnensiie toutes les connaissances <|ue l'homme peut accpiérir par l'usage delà raison.
Plus circonscrite dans son objet, la jurisprudence ne s'occn|)e <pie des lois morales particulières à I honune.
Sons ce point de vue, la loi est la règle des actes humams, c'est-à-dire, des actions qui ont pour |)rincipe le libre exercice de l'intelligence et de la volonté.
3. Montesquieu a dit que les lois, dans la signification la plus étendue, sont les rapports nécessaires (|ui dérivent de la nature deschoses.
On a observe, avec raison, que celte définition élait plus obscure que la chose à définir, et qu'elle man(piait d'exactiiude. Le mot rapport dans le sens pro|>re et naturel, signifie l'action de rapprocher un corps près d'un autre. Par le moyen de ce rapprochement , nous en saisissons plus facilement et plus distinctement les différences et les similituiles, en un mol, tous les points de comparaison; ce sont ces points de com|taraison qu'on appelle des rapports, des relations.
Il y a des rapports entre tous les êtres, entre les êtres animes el inanimés, entre les végétaux et les animaux, entre l'homme et la brute, entre l'homme et Dieu, entre les hommes considères comme individus, comme meml)res d'une famille, comme membres d'un Étal.
La connaissance des rapports (pu existent entre les hommes, el qui dérivent de leur nature sert, à l'aide de l'observalioii , de la réflexion et du raisonnement, à découvrir les règles de conduite qui conviennent a leur bonheur.
Mais on ne peut pas dire que les rapports sont des lois, autrement il y aurait des lois contradictoires, car il y a des rapj)oils absolument opposes des rapports de differenceaiissi bien que de similitude, de bonté, de méchanceté, de vices el de vertus, etc.
Ou peut encore moins dire, avec un auteur moderne (2), qui a cru rectifier la doctrine de x\lunles(iuieu , tjue u les lois sont les résultats
(1) Lspril des luis, iiv. 1, cliii|). 1.
(2) l'ciKMU.
(iî) V'iiy. Ilciiic«!. , Récit, in elcm. jur. civ., § iJ3, ol Pradecliintcx in Grolium, Jib. I, cap. 1, S 8; IJarticyiiic, sur If Miéiiic, " 8, iiolos (i, 7 el 9.
(jruliiis, ibid , lionne une iiiilre divisiiiii df la justice, en cxplÉlive el ullribulivc. 11 la l'uiide sur la disliiicliuii
» nécessaires des rapports que les choses ont » entre elles el avec nous, et l'obligalion de » nous conformer à ces mêmes rajqxirts. »
Les résnlials »pie font naître h s ra|»porlsqui existent entre les richesses el rhomiue. entre le riche et le pauvre, l'homuie fort ou puissant et l'homme faible et sans crédit, l'intelligent et l'imbecile, soûl que le riche se corrompt et abuse de sa richesse pour corrompre le pauvre; l'homme fort el puissant, de sa force ou de sa puissance pour opprimer l'homme faible et sans crédit ; l'homme intelligent, de son esprit pour tromper, etc.
Loin que ces résultats soient des lois, les lois sont faites pour en prévenir les fâcheux effets. Les lois ne sont donc ni des rapports ni les résultats des rapports ; ce sont des règles d'action prescrites par un supérieur légitime.
4. On appelle la loi une règle d'action, par une métaphore empruntée de la mécanique.
La règle, dans le sens propre, est un instrument au moyen du(piel on lire, d'un point à un autre, la ligne la plus courte qu'on appelle la ligne droite.
La règle sert de comparaison dans les arts pour juger si une ligne est droite, comme la loi sert en jurisprudence pour juger si une action est juste ou injuste.
Elle est juste, elle est droite, si elle est conforme à la lègle. qui est la loi. Elle est injuste, si elle s'en écarte; elle n'est pas droite, il en est de même de notre volonté ou de notre intention.
l). La justice est la conformité de nos actions et de notre volonté à la loi.
6. La justice est intérieure ou extérieure. La première est la conformité de noire volonté;
La seconde, la conformité de nos actions à la loi.
La réunion de la justice intérieure et extérieure forme la justice parfaite.
7. C'est la justice extérieure qui e^t l'objet de la jurisprudence; la justice intérieure est l'objet de la morale.
Les anciens docteurs ont, d'après Aristote , divisé la justice en distributive et commutatiip. Celle division avait passé dans les misérables abrégés ou cimipondinvi qu'on niellait entre les «nains des élèves avant la restailralion (les écoles de droit , (pioiipie (irolius , Ucinecciiis. etc., eussent depuis loiigtem|)s démontré l'iiiutilite et l'iiiexactiiude de cette division (3).