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CHAPITRE III

Pouvoir militaire. — Armée permanente et landwehr.

1. Ce pouvoir a plus qu*aucun autre l'empreinte delà force; il manifeste la puissance matérielle de TËtat; il est organisé dans ce but. L*unité et l'absolu du commandement, l'obéissance stricte s'y présentent avec une énergie toute spéciale. Ce sont des lois physiques et mécaniques qui constituent surtout la force matérielle, il faut donc écarter tout obstacle à la sûreté de leur jeu. Permettre dans l'armée le libre exercice des volontés individuellesy ce serait l'anéantir dans sa raison d'être. L'armée c'est la force.

Cette force doit être à la fois disposée pour la défensive et pour Yoffensive. C'est une étrange aberration que de soutenir avec plusieurs S que « la guerre défensive est seule en harmonie avec le régime constitutionnel. » La guerre ne fut-elle que la grande lutte des nations pour le droit, l'offensive demeurerait parfois aussi nécessaire que la citation en justice du demandeur dans le procès civil.

Le pouvoir militaire n'est pas, en lui-même, comme le pouvoir judiciaire, un pouvoir indépendant qui puisse à l'occasion entrer également en conflit avec le pouvoir de gouvernement. Sans doute, l'armée a quelquefois son esprit politique qu il

* Hottack, FortseUung vod Aretins StaUr. d. const. Monarchie, H, 157.

faudra bien ménager. Mais elle est surtout le bras au service de la tête, un moyen au service de la politique ; et c'est le gouvernement qui détermine celle-ci, quand Ton ne veut pas tomber dans le régime barbare des prétoriens et des janissaires.

2. V organisation des armées s'est transformée d'une manière grandiose dans les temps modernes, ensuite de la dissolution des anciennes armées de vassaux et de la quasi-suppression des troupes mercenaires. Mais cet accroissement formidable n'est pas sans danger pour le bien général et le pacifique développement de la civilisation.

On peut distinguer :

a) L'armée permanente professionnelle, avec son pied de guerre et son pied de paix.

Cette formation, née et grandie en France, a passé aux siècles derniers dans les autres monarchies du continent. Elle convient surtout à la forme absolue, car elle met à la disposition du prince une force énorme, irrésistible. Elle sépare le soldat de la vie civile et le dresse tout entier pour la guerre. Elle est aussi favorable à une politique aventureuse de conquête ou de prépondérance, qu'à la défense du territoire national. Mais elle menace autant qu'elle les protège la constitution et les libertés publiques. L'exemple de la France peut servir à montrer l'accroissement qu'elle a pris (a). Sous Henri IV, Tarniée permanente

(a) Le tableau suiv, tiré de VEconomist anglais (1880), le montrera mieux encore :

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