III. La police de la culture (culturpolizei
Nous distinguons nettement la culture qui soigne de sa police qui contraint, de même que nous avons distingué l'économie publique de sa police. La police s'étend à tous les domaines de la vie générale, ainsi, même aux rapports économiques et de culture. Mais elle n'est pas simplement sollicitude ou protection (Pflege); elle est armée de contrainte dans la mesure des besoins publics ; et c'est pour elle un devoir d'intervenir quand celles-là ne suffisent pas. Ce concours et cet appui mutuel montrent la liaison organique des différentes fonctions de l'État.
La police de la culture comprend :
A. Le soin de la morale publlqm (police des mœurs, censure dans le sens romain du mot).
Sans doute, c'est à l'Église plus encore qu'à l'État qu'il appartient de vouer ses soins à la vie morale de la nation. Son influence est ici plus directe et plus féconde. Fidèle à sa mission, l'Église vivifie le sentiment religieux et verse dans le cœur de l'homme un flot inépuisable de forces morales. L'État n'a aucun pouvoir sur les consciences; il ne peut les pénétrer; son domaine propre, c'est le phénomène externe. L'Église a des moyens spirituels pour les pensées elles-mêmes. Mais la police peut du moins largement prévenir ou diminuer les dangers externes qui menacent les bonnes mœurs, et, sur ce terrain
difficile, elle doit se tenir également éloignée d'une réglementation outrée et d*un négligent abandon.
La censure de l'ancienne Rome s'élevait sur une conception noble et élevée delà police des mœurs. Les censeurs flétrissaient tout acte qui violait la morale publique sans tomber d'ailleurs sous le coup d'une loi ; et choisis parmi les meilleurs citoyens, ils accomplissaient leur devoir avec un tact et une mesure admirables. Les plus hauts magistrats n'étaient pas à l'abri de leur blâme déshonorant.
Au moyen âge, la censure de l'Église remplit largement cette mission. Mais l'Église actuelle est bien moins puissante, et l'État moderne présente ainsi une lacune que sa police ordinaire ne comble point. Il y a telle fonction de la police publique qui exige dans celui qui l'exerce tant de noblesse de caractère et de légitime considération, que nos agents vulgaires ne peuvent la remplir. Ce qu il y a de remarquable dans l'institution romaine, c'est précisément cet appel qu'elle fait aux citoyens les meilleurs et les plus considérés. L'État moderne n'offre rien de semblable, et sa police est son côté le plus faible. Aussi l'action minutieuse et souvent tracassière de celle-ci excite-t-elle l'antipathie, même le mépris, et ces sentiments rejaillissent sur l'Etat qui ne semble se révéler que par elle à des classes entières.
Une réforme s'impose ici. L'État moderne peut en trouver les éléments, s'il sait s'afifranchir des vues étroites d'une bureaucratie pédante, et réclamer le libre concours des citoyens estimés. Il ouvrirait même ainsi un champ fécond d'activité à la véritable noblesse delà nation, et donnerait, en y attachant des devoirs virils, un but plus sérieux à ses ordres et à ses décorations, ce jeu actuel des hommes mûrs.
Abstraction faite de la surveillance de l'État sur VÈylise, les associations religieuses et les établissement d'éducation (sur laquelle voy. 1. VI), la police moderne des mœurs est relativement faible. On peut signaler :
1) La police domesti'iue ou tutélaire qui appuie l'autorité paternelle, maritale ou tutélaire dans certains cas exceptionnels où le recours aux tribunaux serait inefficace ou peu convenable ;
2) Ldi çoYïCQ Aq certains établisscinenls privés, facilement cor-
rupteurs, comme les débits de boisson, les spectacles, les cabinets de lecture ; ou directement au service desmauvaisesmœurs, comme les maisons de jeu et de tolérance;
3) La police de la presse *.
B. La sollicitude pour la vie sociale, la facilité des relations personnelles, et même pour les plaisirs du peuple (édilitéj police de la société),
L'État multipliera ses soins en raison de l'importance qu'ont pris les rapports personnels et les associations de tous genres. Les citoyens modernes invoquent comme un droit la liberté de s'associer; la police tout en la reconnaissant, prendra des mesures pour sauvegarder le corps social, et suivant les cas pourra la restreindre ou l'encourager ^
Une sage sollicitude pour les plaisirs populaires est également féconde en bons résultats. Le fameux « panem et circenses » des Romains a aussi quelque légitimité. Notre police actuelle ne se révèle guère que négativement dans les spectacles et les réjouissances publiques. Elle oublie que son rôle est aussi positif, et qu'elle peut élever et ennoblir les plaisirs populaires. Les Romains, plus politiques, attachaient une grande importance à leurs jeux publics, et leurs grands rivalisaient à qui les donnerait le plus brillamment. L'édilité, qui avait le soin des subsistances et des fêtes, menait aux plus hauts emplois.