CHAPITRE m
limites de la liberté confessionnelle.
1. On pourrait songera ne la reconnaître qu'à l'égard des doctrines qui gardent un fond religieux^ et interdire celles qui poussent la négation jusqu'à Vaihéisme, Mieux vaudra cependant renoncer à marquer une limite légale sur cette courbe indéfinie qui va du vrai Dieu au néant. Les transitions sont si délicates que la borne ne saurait être sûrement placée. Qu'on réfléchisse aux formes infinies du panthéisme, aux nombreux fétichismes, au culte moderne du dieu-homme [MenschgoU) : on y trouvera souvent une négation plutôt qu'une affirmation du Dieu vivant; et l'athéisme absolu peut n'être à son tour qu'une formule vide, l'intelligence étant forcée de reconnaître jusque dans l'immense néant, une force créatrice profonde et mystérieuse qui est comme un pressentiment de Dieu. S'il 'est vrai que Dieu seul a pouvoir sur la vie de Tâme, ne faut-il pas reconnaître que rÉtat n'a pas le droit de punir même l'égarement d'un esprit qui semble se complaire dans les ténèbres ? Souvent cet égarement n'est qu'une transition qui aboutira à un nouvel élan vers l'étemelle vérité. Que l'individu garde sa franchise, même lorsqu'il doute de la vérité objective ou la nie !
2. Mais le droit de confesser le vrai subjectif ne va certes pas jusqu'à permettre l'expression injurieuse ou blessante contre les
cultes établis. Le droit d'un chacun a sa limite naturelle dans le droit d'autrui et dans le droit de la communauté, et TÉtat est en présence d'un double devoir : reconnaissance de la liberté individuelle et protection de l'Église dans son honneur et son existence. Il n'a pas à punir le Juif qui nie la messianité de Jésus, le sceptique qui repousse la révélation, le panthéiste qui regarde l'homme comme une phase du développement de Dieu. Mais la loi d'un peuple chrétien punira justement quiconque, juif, sceptique ou philosophe, outragerait le Christ ou son église.
Sans doute, la limite entre Isidiscussion permise et Vinjure COU'^ pable est difficile à fixer théoriquement. Mais en fait, Yintention injurieuse se manifeste presque toujours sensiblement. Les circonstances sont très indicatives. Il se peut qu'une vive ex* pression qui, dans un ouvrage scientifique, termine une série de déductions logiques, ne soit pas punissable, alors que seule et isolée elle constituerait une injure coupable.
3. De plus l'État a parfaitement le droit d'interdire et même de punir un culte public dangereux pour Yordre général^ que son premier devoir est d'assurer. Renoncer à ce droit, serait s'abandonner soi-même. Au reste, c'est forcément à l'Etat lui-même de déclarer ce qui doit être considéré comme dangereux. S'il peut laisser un philosophe athée exposer scientifiquement ses spéculations négatives , il n'est pas tenu de permettre ou de tolérer que des prêcheurs ou des journalistes sapent publiquement les fondements de l'ordre moral, qui sont aussi ceux de l'ordre politique.
CHAPITEE IV.