CHAPITRE VI
E. — LE CRÉDIT DE l'ÉTAT.
i. Quand les revenus de TEtat sont insuffisants et que des raisons graves s'opposent à une élévation de l'impôt, l'Etat recourt à Yemprunt, chargeant ainsi Tavenir et allégeant d'autant les contemporains. Ce droit lui appartient incontestablement, comme à toute personne libre. Il en use même plus facilement , car son crédit dépend moins de retendue de son domaine privé que de son droit souverain d'impôt; des gages qu'il peut donner, que de rhonnèteté de son administration et de la stabilité de son gouvernement. Bien mieux, ses préteurs consentent le plus souvent à n'être jamais remboursés que s'il plaît à l'État, et se contentent indéfiniment de la rente qu'il leur sert. Au reste, cette rente assurée vaut un capital dans le commerce; elle peut être à tout instant réalisée, et souvent avec bénéfice.
Cette extrême facilité d'emprunter a conduit nos États à user à outrance de leur crédit, à se grever de dettes énormes qui pèsent sur l'économie publique *.
f En 1739, la dette anglaise ne s'élevait encore qu*à 47 millions de livres st.; en 1763, elle atteignait 146 millions; à la fin de la guerre contre rAmérique, 257 millions ; en 1817, après la guerre continentale, 848 millions.
Les dépenses ordinaires doivent être couvertes par les recettes ordinaires. Mais les dépenses extraordinaires , surtout celles qui ont pour objet une fondation permanente, sont juste- ^ ment réparties sur un certain nombre d*années par voie d'emprunt ou autrement. On évitera ainsi de surcharger la génération présente. Certaines dépenses de ce genre, la construction d'un chemin de fer par exemple, ne sont souvent que l'acquisition d*un capital réel qui fait équilibre à la* dette ;^ d'autres améliorent les conditions économiques du pays, ou les conditions de sa vie publique, par exemple les canaux, les routes, une réforme administrative ou judiciaire. Certaines guerres elles-mêmes sont entreprises dans un intérêt réel de sûreté ou de progrès général. Il serait injuste d'en faire peser toute la charge sur les imposés du moment ^ Les générations futures peuvent y prendre leur part. Seulement, gardez-vous de dépasser une mesure prudente. L'avenir est incertain, et ce qui paraît excellent aujour4'huî, peut être inutile demain. Nombre de canaux utilement entrepris ont été ruinés par les chemins de fer.