‹ Le Foyer domestiqueChapitre 4 sur 99 · I.XTRODUCTION · texte numérisé non relu

I.XTRODUCTION

„ ^ , Le cours est donc destiné à vous donner

But de , t- ^ 1 •

des notions de la vie pratique, a vous

apprendre comment, au sortir de l'école, ment. ^^ i ..,

vous pourrez vous rendre utiles aux

vôtres, et comment plus tard vous pourrez vous acquitter sérieusement de vos fonctions de ménagère.

„., , , D après ce que le vous disais tout a

Rôle de la ,., ^ ^ *^ . , ,.,

1 heure, vous avez pu lus-er deia que ces ménagère. ,. .. + • i i /

^ fonctions ne sont pas aussi humlDles que

vous aviez pu le supposer tout d'abord. Le rôle de la

ménagère n'est pas un rôle inférieur; les plus grands

devoirs, les plus graves responsabilités lui incombent.

Elle est le dispensateur du bien-être de tous; de son

savoir-faire dépendent en grande partie la satisfaction

et même la santé de son entourage ; les plus sérieuses

qualités et quelques connaissances autres que celles

enseignées à l'école lui sont indispensables.

Dans un vieux livre de cuisine bâlois,

/ j'ai trouvé la formule suivante : Recette

de la

Ijour faire bon ménane. « Mets dans la ménagère. '. u i *• 4- ^

^ marmite beaucoup de patience et de

persévérance, ajoutes-y quantité égale de bonne humeur et de bonne volonté, écume soigneusement la paresse, légoïsme et l'indolence, laisse mitonner doucement sans jamais quitter le foyer, et tu auras préparé le bonheur du ménage. » Quoique la recette soit déjà fort compliquée, elle est loin d'être complète. Nous la compléterons en vous disant de quelle importance capitale sont pour la ménagère, Tordre, l'économie, qui n'est qu'une forme particulière de Tordre, l'activité, la propreté, la vigilance. Avec Cicéron, nous vous répéterons que « tout dans la vie est soumis à des devoirs, que d'y être fidèle \o\]h Thonneur, les négliger, voilà la honte ».

Puis, quand nous aurons ainsi bien établi le bilan des qualités d'une ménagère idéale, nous verrons comment elle doit les appliquer à la sage direction de son intérieur.

Imaginez un jeune couple qui entre dans la vie. De part et d'autre beaucoup de tendresse, de bonne volonté, de qualités morales et de vertus actives : Georges est un travailleur, Jeanne est une femme daction.

Notions indispensables

à la ménagère.

Les voici qui s'éloignent de la maison paternelle pour s'installer dans le petit logement qu'ils ont choisi. C'est un joli appartement, propre et coquet, dans un quartier central de la ville. Georges ne pense pas, sans un peu d'effroi, que le loyer est bien élevé; mais Jeanne a été tentée tout de suite, dans sa vanité naïve de jeune femme, par la disposition élégante des pièces, par rai)parence cossue de la maison : « Nous rattraj)erons d'un autre côté, a-t-elle déclaié, ce que nous dépenserons de trop de celui-ci. » Elh» sy évertue, mais elle est trop peu experte en toute chose, elle ne sait comment équilibrer son budget, puis les denrées sont chères, le joli logement exige beaucoup d'entretien; au bout de l'année le chiffre des dépenses excède celui des recettes. « Déménageons, propose Georges. t> Par mesure d'économie, ils se décident pour un petit appartement au fond d'une cour. Pas de soleil, pas d'air, de l'humidité. Conséquences : tout un cortège d"indisi)Ositions, rhumes, grippes et rhumatismes; le médecin, le pharmacien, autant de dépenses nouvelles, l'économie qu'ils ont voulu faire n'existe pas. « Vous moisissez ici, leur dit un jour le médecin, certaines conditions hygiéniques ne doivent jamais être négligées, allez-vous-en dans un quartier excentrique, choisissez un logis clair, jjien exposé, bien ensoleillé, bien

INTRODUCTION. 5

néré, tous vos malaises disparaîtront et votre budget sera dégrevé. »

Oh! cette question du budget, comme elle tourmente Jeanne! Elle la retrouve au fond de tout. C'est elle qui est chargée de régler la dépense, Georges lui apporte tout ce qu'il gagne et Jeanne est très raisonnable, très économe, pourtant les fins de mois lui paraissent lourdes, et quand il survient quelque dépense imprévue elle est prise de court. « Jamais, pense-t-elle, je n'aurais cru qu'il est si difficile de bien conduire un ménage!... » Et comparant les ressources dont elle dispose à celles dont disposent quelquesune€ de ses amies, elle s'étonne : « Les Robert et les Dubois ne sont pas plus riches que nous, pourtant ils sont plus à leur aise. »

Et ainsi de tous les côtés il lui vient des surprises; après le choix du logement, celui des aliments, des vêtements, de l'éclairage.

Pourquoi ce vêtement épais et lourd Fa-t-il garantie moins efficacement contre le froid que cet autre plus léger?

A quoi reconnaître qu'une viande est de plus ou moins bonne qualité, est plus ou moins nourrissante?

Les légumes secs sont mal digérés par son mari, qui cependant les aime, comment les rendre plus digestibles?

Cette lampe n'éclaire pas, est-ce le pétrole qui est de mauvaise qualité?

Ce poêle chauffe bien, mais sa chaleur est fatigante, comment y remédier?

Elle tâtonne, elle fait mille essais pins on moins henrenx : « On paie son expérience », ini dit Georges en sonriant, et Jeanne confesse qne bien des connaissances, antres qne celles enseignées à l'école. Ini seraient nécessaires.

Eh bien, ce sont ces connaissances qne je voudrais vons donner. Oh! ce ne seront pas des choses extraordinaires ou compliquées que je vous enseignerai, mais quelques notions pratiques et hygiéniques très simples qui contribuent, dans une large mesure, à la conservation des individus et au bien-être de la famille.

Je vous dirai quelles sont les qualités indispensal)les à la ménagère, je vous apprendrai comment on établit un budget, car c'est sur le bon équilibre du budget que s'édifie la tranquillité de la ménagère et la prospérité du ménage; puis je vous indiquerai comment on doit se loger, se chauffer, s'éclairer; quels i)rincipes rationnels président à une bonne alimentation, quelle est Ihygiène du vêtement; en un mot, je chercherai à répondre à toutes les questions que Jeanne a pu s'adresser sans être en état de les résoudre.

^ . Mais nos leçons ne se borneront pas a

Soins aux , . ,. , . , ,

, , vous donner les notions nécessaires a la

in£ila(i6s

sage direction d'un intérieur', il en est

quelques antres indispensables aussi. Suivons encore notre Jeanne. Georges est tombé malade et hi jeune femme constate avec tristesse rinsuffisance de son éducation, t Appliquez des sinapismes », dit le docteur. Mais Jeanne ne sait pas; elle demande conseil à une voisine qui lui recommande de tremper d'abord le papier RigoUot dans du vinaigre; coutume déplorable qui fait que l'essence de moutarde s'évapore et remplace l'action rubéfiante de la moutarde par une action caustique plus ou moins forte, selon la (jnnlilé du

INTRODUCTION

vinaigre employé*. Puis, quand enfin le sinapisme est posé, elle le laisse une heure au lieu de 10 ou 15 minutes, ne sait pas quelles précautions il faut prendre pour le détacher, si bien que la peau part avec le sinapisme qui a l'ait oiïice de vésicatoire. Georges, qui souffre beaucoup, s'impatiente, et Jeanne, très malheureuse, se dit que toutes les femmes devraient apprendre à soigner les malades.

-, . Bientotd autres regrets viennent s aiou-

Soins aux , . u-u - i • 4.-11

^ , ^.^ ter a ceux-ci: un bebe lui est ne, elle tout petits. ,. , ^11 L ' 1 .i \

l adore et elle se sent si maladroite, si

gauche, pour le tenir et l'emmailloter! Elle a sans

cesse peur de lui faire mal; elle ne sait ni stériliser le

lait pour les biberons, ni préparer les petites bouillies

que Tenfant mangera plus tard. S'il a le moindre bobo,

une inquiétude sans nom la tenaille : « Oh! se dit-elle,

toutes les jeunes filles devraient apprendre à soigner

les bébés; cela leur éviterait bien des angoisses quand

elles seraient mères. »

Eh bien, mes enfants, nous voulons répondre à cette double nécessité. Nous vous apprendrons à soigner les malades, sans viser, pour cela, à faire la moindre concurrence aux médecins. D'autre part, nous vous apprendrons à soigner vos petits frères, vos petites sœurs, en attendant que vous ayez des enfants vousmêmes. Vous leur éviterez, en sachant vous occuper d'eux avec discernement, plus d'une maladie, dont le triste résultat est infailliblement de débiliter, d'affaiblir l'organisme du petit être. Sachant davantage, vous ferez plus facilement et mieux ce que vous devez faire et vous pourrez rendre service à autrui, en toute connaissance de cause, avec la certitude de bien agir.

J'ai dit souvent déjà que je rêve d'une alliance entre

1. Il faut tremper les sinapismes dans un peu d'eau tiède ou à défaut dans un peu d'eau froide.

•S LE FOYER DOMESiTIQUE.

les mères, entre toutes les femmes ricties ou pauvres. Elles prendraient rengagement de veiller réeiprocpiement sur leurs enfants, cela ne coûterait pas d'argent et les résultats seraient merveilleux. Ma propagande a-t-elle déjà porté quelques fruits, je n'ose l'espérer; voilà cependant le fait duquel j'ai été témoin il y a quelques jours : Sur l'une de nos plus belles voies, une nourrice aux grands rubans poussait nonchalamment une petite voiture dans laquelle se trouvait un tout petit enfant; bercé par le mouvement régulier de la voiture, il avait fini par s'endormir, et la couverture qui devait le garantir du froid avait glissé, laissant ses petites jambes découvertes. Il était tout pâle, car vous savez que la température du corps s'abaisse pendant le sommeil et que nous avons, par consécjuent, besoin d'être plus couverts lorsque nous dormons (jue lorsque nous sommes éveillés. La nourrice ne s'apercevait de rien. Tout à coup, je vis passer une jeune femme simplement vétuc, elle s'aperçut de la pâleur de l'enfant, et, sans mot dire, s'approclianl du groupe, elle arrangea bien convenablement le bél)é, le couvrit de sa bonne couverture, fit un petit salul à la nourrice ébahie... et s'en alla.

Voilà des charités qui ne reviennent pas cher, qui sont à la portée de tous et dont les effets peuvent être [)lus grands qu'on ne pense.

UNE NUUUIUCE

Résumons, ])our terminer, en quelques

NotPG

mots, le programme de notre enseigne piogramme. ^^^^^^^^ . j^^^^^.^ avoir étudié ensemble les qualités essentielles de la ménagère, l'ordre, Yactivilê,

INTRODUCTION. \f

la propreté et leur application aux choses dn ménage, nous api)ren(lrons l'ai't d'établir un budget et nous nous rendrons compte de la meilleure façon de nous nourrir, de nous vêtir, de nous loger. Nous verrons ensuite quels soins la mère de famille doit donner à ses malades et à ses enfants.

Mais nos préoccupations ne seront pas seulement d'ordre matériel; toujours nous chercherons à dégager des cpiestions très simples que nous envisagerons, l'enseignement moral qui les enno])lit en les élevant.

Vous vous pénétrerez ainsi de la grandeur de votre mission de femme et de son importance pour le maintien du groupe sacré de la famille. Vous sortirez de nos cours ayant appris à réfléchir, mais aussi vous rendant compte que vous savez peu de chose et c{ue votre bonne volonté et votre cœur seuls pourront suppléer à linsuffîsance de votre science. Cette conviction vous donnera la modestie qui sied à la femme, et lorsqu'un jour vous serez mariées, vous saurez comprendre que dans une société de deux êtres, il faut c{u'il existe à l'occasion une voix prépondérante et vous vous soumettrez plutôt que de provoquer la discussion ou la dispute d"où il sort rarement quelque chose de bon.

Page 1