LES SOURIS
propres, elle les saupoudre de naphtaline ^ coud les linges hermétiquement et les met dans l'armoire, où le tout sera à l'abri des bêtes de toute sorte jusqu'à rhiver prochain.
Certes Mme Éva est bien plus ordonnée que Mme Benoît; elle lui est de beaucoup supérieure; pourtant, le système qu'elle a employé est-il parlait? La Vm de cette histoire nous renseignera à ce sujet. L'hiver ai'rivé, un
1. La iiaphfalhiL' est une poudi-c blanche lorniée de paillcllcs, qui aune odeur caraclérisli(|ue; on la trouve dans les conduits du gaz. Tout en étant souveraine contre les invasions des mites, elle ne coule presque rien.
matin, au moment de partir pour Técole, le petit garçon crÉva s'aperçoit qu'il a neigé; il grelotte en ouvrant la porte qui mène dans la rue, et vite il revient demander son costume d'hiver à sa mère. Celle-ci court à l'armoire et vivement déplie l'un des paquets si soigneusement faits au printemps : l'objet qui s'y trouve renfermé n'est pas celui qu'elle cherche; elle défait successivement les différents paquets : le dernier seulement contient le pantalon du pauvre Pierre, qui arrive en retard à l'école et qu'on piyiit sévèrement. Quant à la mère, fâchée d'avoir en vain défait des choses si bien rangées, elle maugrée : « C'est toujours comme cela, Fobjetque l'on cherchait est le dernier sur lequel on met la main ! »
Eh! non, dame Éva! Il n'en est pas toujours ainsi! Et la i)reuve en est en Mme Victor. Comme vous, elle a fait ses paquets au printemps, mais le jour où elle a voulu donner un jupon de laine à sa })etite fille, elle a simplement ouvert son armoire, a pris un paquet sur lequel était épingle un papier portant cette inscription : jupons de laine^ et ce qu'elle cherchait, elle l'a trouvé sans perdre un instant. Des trois ménagères, c'est la seule qui se soit rappelé qu'elle est allée à l'école et qu'elle sait écrire et lire.
Mme Benoît est une désordonnée qui n'est économe ni de son temps ni des deniers de la famille, et qui ne fait rien pour le bonheur des siens.
Mme Éva est travailleuse et ordonnée, mais elle manque de méthode et détruit ainsi en bonne partie les résultats auxquels elle arriverait.
Mme Victor seule méi-ite le titre de bonne ménagère; elle ne fait pas seulement son devoir, elle se donne encore la peine de réfléchir, ce qui l'élève au dessus des autres.
Vous êtes maintenant de grandes filles vous toutes qui m'écoutez, et dans beaucoup de points vous devez aider vos mères, si fatiguées par le travail et par les préoccupations de chaque jour. En rentrant de la classe, ou avant d'y aller, c'est vous qui devez maintenir le bon ordre dans les armoires et qui devez, par votre zèle et votre bon vouloir, aider dans la mesure du possible. Même les plus jeunes peuvent se rendre utiles; en voulez-vous un exemple? Regardez.
Voyez sur les étagères de cette armoire toutes ces boîtes munies de leurs étiquettes. Que contiennentelles? Du poivre, du sel, du sucre en poudre, du sucre en morceaux, de la farine, du vermicelle, etc.... Chez combien d'entre vous les provisions d'épicerie sontelles rangées avec soin? On les laisse dans les cornets de papier, ceux-ci se déchirent, la moitié de leur contenu s'éparpille et le reste est plus ou moins mêlé de poussière. Sans avoir des boîtes ou des bocaux aussi beaux que les nôtres, vous pourrez facilement collectionner en assez grande quantité des boîtes de conserves vidées ou d'autres boîtes pour en avoir finalement autant que de produits à conserver. Fabriquezleur des couvercles si elles n'en ont point, et munissezles d'une large étiquette de papier blanc sur laquelle vous écrirez le nom de la substance qu'elles contiendront. Il ne se perdra plus une parcelle de cette substance; quand on cherchera farine ou sucre, on les trouvera rapidement, vous aurez encore une fois réalisé une économie d'argent et de temps.
L'ordre
dans
la dépense
du temps.
Mais l'ordre matériel n'assigne pas seulement une place à chaque chose et l'y met exactement, il assigne aussi une tâche à chaque individu et le tient de l'accomplir dans un temps donné.
Chacun, c'est vous aujourd'hui et c'est vous dans
16 LE FOYER DOMESTIOUE.
l'aveiiir. Aujourd'hui vous n'avez encore qu'à obéir: or il est bien plus facile d'obéir que de commander. Lorsque vos parents vous donnent une tache à remplir dans la maison, acquittez- vous en avec promptitude et avec zèle; qu'elle ne soit pas seulement faite, mais qu'elle soit faite à riieure qu'ils vous ont indiquée. Vous êtes trop jeunes encore pour vous rendre toujours et immédiatement compte du pourquoi des ordres qu'ils vous donnent; exécutez-les donc ponctuellement, de crainte de causer quelque dommage en agissant différemment.
Plus tard, vous ne serez plus des enfants et vous n'aurez plus seulement sans doute à recevoir des ordres, mais à en donner. Que vos ordres soient clairs et nets, ne changez pas chaque jour la distribution du travail; établissez des légles qui, par la force de l'habitude, prendront l'importance de lois. Et surtout, appliquez strictement à vous-même les règles que vous désirez appliquer à autrui. Soyez ménagères du temps, c'est la seule richesse que vous posséderez, il faudra en faire le meilleur emploi possible.
Le respect du temps est un des principes 1j6 respect i* j i i / • i ,
j , d ordre les plus sérieux pour la bonne
du temps. . , : ,. • ,
tenue du ménage, raire charpie chose en
son temps est le secret qui permet d'arriver à produire beaucoup de travail et à le produiie dans les meilleures conditions. L'ordre dans la distribution du travail et la ponctualité sont peut-être les règles les plus importantes que doive observer la mère de famille.
Donc, lorsque vous serez à la tête de
,. , votre ménage, il faudra vous rendre bien ponctuante. * i i * i i i
compte (le tout le travau que vous aurez
à faire dans hi semaine; le distribuer entre les différents jours et entre les heuies de la joujiiée et, une fois
VOS heures de travail bien établies, faire Fimpossible pour les maintenir et pour habituer à la ponctualité tous ceux qui dépendront de vous. Plus on est nombreux, plus cette qualité est nécessaire, car le retard que l'un des membres de la famille apporte dans l'exécution de sa besogne entraîne un retard chez tous les autres. La première perte de temps est donc multipliée par le nombre de personnes qui composent la famille.
Et il faut bien le reconnaître, c'est la mère, qui peut plus que tout autre, par sa négligence, entraîner des retards dans le travail des siens. Si le repas n'est pas prêt à l'heure, c'est le mari qui est frappé d'une amende au chantier ou à l'atelier, ce sont les enfants qui sont punis à l'école.
Lorsque donc vous serez devenues des ménagères, ne vous laissez pas entraîner par les causeries chez les voisines, par les courses en ville. Avant tout pensez à votre travail et consultez l'heure. Chaque fois que j'aperçois des femmes groupées au coin d'une rue et bavardant de choses quelconques, j'éprouve pour elles comme un regret, en les voyant perdre si maladroitement cette denrée précieuse qu'on appelle le temps.
En un mot, transportez, autant que faille se peut, dans la vie, la régularité à laquelle on vous habitue à l'école. Voyez, vos bonnes maîtresses ont beau être fatiguées, elles font à chaque heure de la journée la leçon qu'elles doivent faire; imitez-les.
On vous a parlé de Rome et des Latins, nous tenons tant d'eux qu'on ne pouvait faire autrement. Sur le seuil de chacune des maisons romaines on écrivait : Salve, ce qui voulait dire : Soyez les bienvenus. Eh bien! je voudrais qu'en France on écrivît sur le seuil de chaque demeure : Respecte le temps.
18 LE FOYER DOMESTIOUE.
Résumé.
L'ordre, l'activité et la propreté sont les qualités fondamentales de la ménagère.
L'ordre sans méthode est incomplet : il ne suffit pas de ranger, il faut le faire d'une façon intelligente: une maîtresse de maison doit distribuer le travail avec méthode, donner des ordres clairs et précis : chacun doit faire sa besogne et la faire dans un temps déterminé. Le respect du tempSy Vordre dans la distribution du travail et la ponrtualité sont des points très importants que la ménagère doit observer.