‹ Le froid industrielChapitre 36 sur 61 · CHAPITRE VII LA GLACE ARTIFICIELLE · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII LA GLACE ARTIFICIELLE

1 . — Classification et définition des glaces artificielles . — On désigne sous le nom de Glace artificielle la glace obtenue en utilisant les frigories produites par les machines que nous avons décrites dans un précédent chapitre.

On distingue trois sortes déglaces artificielles.

1** 'Lsiglace d'eau de source: elle est faite avec de Teau de puits, de source, de fontaine ou de Teau provenant des canalisations de villes, sans précautions spéciales. Cette glace est opaque, d'aspect mat, trouble, blanc ou laiteux ; on lui donne parfois le nom àe glace opaque.

2** La glace translucide : elle est fabriquée avec de l'eau de puits, de source ou de conduite d'eau de ville, que Ton a pris soin d'agiter durant la solidification. Elle est transparente dans toute son épaisseur, à l'exception d'un noyau opaque, qui cependant n'existe pas dans certains modes de préparation ; on désigne parfois cette glace sous le nom déglace demi-transparente.

3*" La glace-cristal ou glace d'eau distillécy qui est préparée au moyen d'eau distillée privée

d'air : elle est transparente dans toute son épaisseur. On la connaît aussi sous le nom de glace transparente.

Cette dernière sorte de glace est seule stérile ; les deux autres sortes peuvent contenir des bactéries qui ne sont pas tuées par l'action de la température basse.

La glace artificielle est toujours opaque, à moins que Ton n'emploie divers artifices pour la rendre transparente.

2. — Glace opaque et glace transparente. — Un certain nombre de circonstances influent sur Taspect de la glace au moment de sa formation. Quelquesunes d'entre elles sont favorables à la production de la glace transparente; d'autres sont défavorables. Parmi ces dernières il convient de citer :

a) La stagnation de Veau ;

b) La rapidité du gel;

c) Inexistence de Vair dissous dans Veau ;

d) 'La présence de sels dissous dans Veau ou de matières étrangères mélangées à celle-ci.

Au contraire, X agitation de Veau^ la lenteur dugel^ Y absence d'air^ V absence de sels^ constituent des circonstances favorables à l'obtention de la glace transparente.

Toutefois, pour obtenir de la glace opaque ou de la glace transparente, il n'est pas nécessaire que toutes les circonstances du premier ou du second type se trouvent réunies; il suffit que Tune des circonstances favorables ou défavorables l'emporte sur les autres. La pratique a reconnu

lA glacs artificielle que les deux meilleurs procédés pour obtenir de \Aglace transparente sont:

a) La congélation lente de l'eau distillée ;

b) Vagitation de l'eau durant la solidification.

La glace opaque (fig. 80) contient dans son ensemble toutes les substances qui se trouvaient primitivement dans l'eau qui a servi à la préparer. C'est pourquoi il est prudent de ne jamais employer de telle glace pour l'alimentation, à moins de connaître la composition de l'eau de préparation,

3. — Glace pure fabriquée à partir d'une eau quelconque. — Mais on peut fabriquer de la glace chimiquement et bactériologiquement pure en ut\\\sa.atune eau quelconque, comme l'a montré le D' Bordas' l'éminent directeur des aich* jb 1» sociéw du Froid laboratoires de chimie du „. J'"'""'^" ^""'

Fjg 00, — Paia de glace

Ministère des Finances. Il opaque,

suffit de se rendre compte du processus de la solidification de l'eau dans un récipient métallique prismatique entouré de sau-

LE FBOID INDUSTRIE!-

mure froide, mouleau, pour employer le teriine

usité dans l'industrie de la glace.

Si on examine un bloc de glace au sortir d'un

de ces mouleaux, on constate que Is glace est

transparente sur toutes les faces latérales et jms- <ju'à une certaine profondeur (fig. 81) ; sft base, son noyau central et sa face supérieure sont opaques. Quand le mouleau rempli d'eau est plongé dans la ^olutiop de gau-mure froide, et aussitôt que la crist^Uis^tiop commence à se produire à l'intérieur des parois en contact avec le mélange réfrigérant, il y a concentration vers le milieu du récipient des

Clitiié de I. SMlSWduFrold Jnduilriel SOls CD Solutioil et de

toutes les impuretés de l'eau. En même temps s'échappent la, plupart des gaz dissous, tandis qu'une partie des sels de chaux se précipitent et se déposent à la base du mouleau. Au fur et à mesure de la solidific^r tion , le noyau s'enrichissant de pltis ei) plus en sels , il fapt une plus grande dépense de firigories pour la solidification. Lorsque celle-ci se produit, le noyau, en se dilatant, déborde audessus du mouleau et y forme une protubérance de glace opaque et impure.

LA CJLACS AnTmÇJEf.UE

J^'aiialysechiipique et fjactériologiquiç démontra que toutes les matières solubles et insolubles contenues dans Teau initiale sont au co^rs de Ja congélation refoulées vers le centre du noyau, qui prend alors une couleur blanc grisâtre. Les parties latérales et transparentes foumisçent pour la fusipn une eau bactériologiquementët chimiquement pure.

Si donc on veut obtenir une telle glace dans ces conditions, il suffit d'éliminer avant sa solidification le liquide formant le noyau.

Il est vrai que le public accepte difficilement des blocs non terminés avec partie centrale creuse. H suffit alors de pomper le liquide du noyau central et de le remplacer soit par de l'eau distillée, soit par de lleau reconnue particulièrement bonne pour la consommation ; une congélation ultérieure de ce noyau eomplète alors le bloc de glace.

f. — Glace eu blocs. Houleaux. — La glace artificielle est obtenue soit sous forme de blocs, soit sous fornae de plaquées. L'obtention de la glace en blocs est la plus fréquente ; nous allons y in&ist^r 4'abord^

L'eauacofflgîeler e&t placée vdajçks é^mo^leau^ ou récipients m>étalliques affectant la forme d'une pyramide tronqu^ée (fig. 82 et 82 bis).. Ces mm^leaux sont placés dans un bac contenan^t <ie la saumuire incong^él^Me reforoii^e..

Les mouleaux les plus employés donnent d,es blocs de glace de 1 4 à 25 âcilogjraiçaBfes . Cependant dans les jgrapdes fabriques de glace^ on emplQiç

LE FROID moUSTSIBL

le plus souvent des mouleaux fournissant des blocs d'un poids net de 40 ou 50 kilogrammes.

FIg. 8ï. — Monleau ï fabriquer Fig. 81 bis. — MouUau à fabride la glace en pains de i; ki- quer de la glace en pains de

logr. S" kilogr-

5. — Durée de la congélation de l'ean dans les mouleaux- — La durée de la congélation de l'eau contenue dans ces mouleaux dépend :

1* De la température à laquelle est porté le bain incongelable dans lequel ils sont plongés ;

2" Du rapport qui existe entre la surface du mouleau exposée au refroidissement et son volume ;

3* De l'agitation de l'eau contenue dans le mouleau.

Dans les conditions normales, la température

du bain incongelable est comprise entre — 5° C

LA GLACE ARTIFICIELLE

et — io° C ; la première température est plus favorable que la seconde à la production de la glace transparente. Le rapport entre la surface exposée au refroidissement (mètres carrés, par exemple) et le volume des blocs (mètres cubes), est compris entre 29 et 35. On concilie ainsi les intérêts du fabricant et du consommateur. Celuici désire des blocs de glace épais, qui perdent proportionnellement moins que les blocs minces par la fonte durant le transport ou le magasinage. Le fabricant de glace au contraire a intérêt à produire des blocs minces et plats qui, rapidement congelés et remplacés par du nouveau liquide, ne permettent pas un trop grand abaissement de la température du bain incongelable, ne réduisent pas la production spécifique de la machine frigorifique et, par suite, sont d'un prix moindre.

6. — Bac à glace. — Les mouleaux sont plongés dans de la saumure refroidie, qui est contenue dans une cuve étanche de tôle, de ciment armé, ou de bois, que Ton nomme le bac à glace.

Ce bac est soigneusement isolé au moyen de substances mauvaises conductrices de la chaleur ; telles que, matelas d'air entre parois de bois, briques ou plaques de liège, laine minérale, etc. ^La saumure incongelable est refroidie par le serpentin du réfrigérant d'une machine frigorifique. Celui-ci est généralement disposé au fond du bac dans un double fond. Aussi afin d'égaliser les températures des divers points de la saumure, est-on obligé d'employer un agitateur consistant

Fig. 33. — Bac générateur de glace. Dans le fond, on voit sortir une rangée de mouleauz ; et plus loin, l'appareil de remplissage des mouleaux.

LA GLACE ARTIFICIELLE

en une petite turbine ou une petite hélice placée à l'une des extrémités du bac.

L'obtention de la glace translucide nécessite une agitation de l'eau contenue dans tes mouleaux. Cette agitation est réalisée au moyen de

baguettes verticales, plongées dans les mouleaux, et qui sont animées d'un mouvement de va et vient. Lorsqu'il ne reste plus que le quart du contenu du mouleau à congeler, on retire la lame d'agitation, pour l'empêcher d'être prise dans le bloc de glace. C'est à ce moment que l'on peut » 22; «

vidanger le contenu du noyau et le remplacer par de l'eau distillée ou de l'eau de source préalablement filtrée.

7. — Démoulage. — Les mouleaux sont disposés dans le bac à glace par rangées, les raouleaux d'une même rangée étant reliés à un même châssis (fig. 83 et 84). Lorsque la glace est formée dans tous les mouleaux d'une même rangée, un pont roulant vient saisir, au moyen de chaînes verticales, les crochets du châssis porte-mouleaux. Les mouleaux sont sortis du bac à glace et amenés 9 21S «

LA GLACE ÀBTIFICJELLE

au bac de démoulage (fig. 85). Celui-ci contient de l'eau chaude, qui, fondantlégèrement les blocs de glace, permet de les faire sortir des mouleaux par basculage de ceux-ci (fig. 86, 87, 88).

Fig. 87. — Fabrique de glace. La rangée de mouleaux vient d'élro culbutée, les pains de glace sortent des mouleaux et glissent sur le plan incliné.

Après cette opération, la rangée des mouleaux est relevée, amenée sous les appareils de remplissage (fig. 8q, go), enfin replongée dans la saumure.

8. — Eiemple de bac à glace. —Prenons comme exemple un bac à glace capable de produire par vingt-quatre heures 40 tonnes de glace translucide au moyen de mouleaux donnant des blocs de 40 kilogrammes. Un tel bac peut avoir comme dimensions ; 35'",40 (longueur), 3'",8o (largeur), i",7o a 229 «

LE FHOIO INDUSTRIEL

(hauteur) ; il possède un double fond dans lequel est logé l'évaporateur d'une machine frigorifique.

Fabrique de glace. Vues du pont ion des rimes de mouleaux de l'ap] eaux ; du plan incliné sur lequel oi

[1 contient 96 rangées de 16 mouleaux, soit [,536 mouleaux donnant 1.536 X40 =^61.440 ki-

LA GLACE ARTIFICIELLE

logrammes de glace. Avec une température du bain incongelable égale à — 7° C, il faut environ

trente-deux heures pour congeler complètemen le contenu d'un mouleau.

9. — Glace en plaques. — Au lieu d'utiliser un bac contenant de la saumure refroidie, dans laquelle sont plongés des mouleaux contenant Teau à congeler, on peut remplir le bac avec de Teau et noyer dans celle-ci des cloisons creuses à rintérieur desquelles circule un liquide froid, saumure refroidie ou agent frigorifique d'une machine. L'eau du bac se congèle.

Suivant la forme des cloisons dans lesquelles circule le véhicule du froid, on obtient de la glace en blocs ou de la glace en plaques.

Les cuves sont munies d'un double fond sur lequel reposent les cloisons séparatrices, chaque compartiment communiquant avec le double fond au moyen de trous percés à cet effet. De cette façon les impuretés s'accumulent dans le double fond» L'agitation se fait au moyen de palettes actionnées mécaniquement. Dans le dispositif adopté par la Compagnie Parisienne de glace transparente [Maison Evans, Sandras et C°), les agitateurs sont des palettes de bois qui se meuvent continuellement de bas en haut dans un espace latéral ménagé dans la cuve et séparé des cloisons réfrigérantes au moyen d'une cloison étanche ; cet espace communique avec le double fond, de façon que l'agitation de la palette remue toute la masse du liquid-e. La disposition de cette palette permet de la faire fonctionner jusqu'à la congélation complète de la cuve. Ces blocs ainsi fabriqués sont alors transparents.

Dans la fabrication américaine de la glace en plaques, la distance de deux cloisons parallèles

LA ÙLACB AHTmCIBLLE

est légèrement supérieure à l'épaisseur maximum des plaques, de telle sorte qu'il reste au centre un espace vide dans lequel s'accumulent les impuretés.

Lorsque les plaques sont formées, on les démoule en faisant passer dans les cloisons soit de la saumure chaude (circulation de saumure), soit du liquide frigorifique à la température du condenseur (cloisons en relation avec le condenseur) . Les plaques sont encore enlevées au moyen de chaînes ou de crochets spéciaux préalablement immergés dans la masse. On les débite alors au moyen de scies.

On produit ainsi des plaques de glace qui ont 4™,8o de longueur; 2^,40 de hauteur; o"*,35 d'épaisseur; leur poids est égal à 3 tonnes. Avec une température de bain incongelable comprise entre — 10" C. et — 15** C, la durée de la solidification de ces plaques exige dix jours environ.

10. — Glacières ou réserves de glace. — Les fabriques de glace possèdent le plus souvent des glacières ou réserves de glace. Les glacières doivent, autant que possible, être placées sous terre dans des caves spécialement construites à cet effet. Le bac à glace étant au rez-de-chaussée, la glace est descendue directement au moyen de monte-charges.

Les glacières doivent être disposées pour être ventilées^ afin d'empêcher les moisissures de se déposer sur la glace. Elles doivent être refroidies au moyen dé tuyaux de circulation de saumure ou de tuyaux à détente directe du fluide frigori-

gène. La température à laquelle on maintient les glacières est comprise entre — 5** C. et — 9* C. La glace artificielle entreposée dans des glacières non refroidies se pique ; elle se couvre à la surface d'une multitude de petits trous, qui sont les orifices par lesquels se sont dégagées les bulles d'air emprisonnées durant la congélation. Cette glace piquée n'a pas un bel aspect ; elle est poreuse et peut absorber plus facilement que la glace compacte les germes microbiens de Tatmosphère.

11. — Frigories nécessaires à la production de la glace. — Le nombre des frigories nécessaires à la production de la glace peut se décomposer comme il suit :

I** Refroidissement à o"* de Teau destinée à la congélation : production de i frigorie par kilogramme et par degré ;

2® Congélation de Teau : 80 frigories par kilogramme ;

3** Refroidissement de la glace à la température moyenne du mouleau, soit environ — 5** C. :

Oi5 X^ 5 frigories par kilogramme ;

4° Déperdition de froid. Elle a diverses causes :

a) Refroidissement des mouleaux et châssis de la température initiale de l'eau à congeler à la température du bain : poids des mouleaux X 0,12 X abaissement de température ;

b) Rayonnement du bac à glace, soit par les parois latérales, soit par la face supérieure quand on le découvre pour enlever les mouleaux ; de

LA GLACE ARTIFICIELLE

lo à 15 p. 100 des frigories nécessaires au refroidissement de l'eau et à sa congélation ;

c) Déperdition de froid au démoulage : 3 à 5 p. 100 des frigories nécessaires au refroidissement et à la congélation pour des mouleaux de 25 kilogrammes, 5 à 7 p. 100 pour des mouleaux de 12 kilogrammes.

En prenant de l'eau à + 15"* C. on peut évaluer de la manière suivante la dépense de froid par kilogramme, quand on produit des mouleaux de 25 kilogrammes.

par kilogr.

de glace.

Refroidissement et congélation de Teau . . 98

Poids des mouleaux et châssis 0,8

Refroidissement des mouleaux. . . . 0,8

Rayonnement du bac à glace. 98x0,10= 10

Déperdition au démoulage . . 98x0,05= 5

En chiffres ronds, on compte en moyenne 120 à 140 frigories pour la production de i kilogramme de glace.

12. — Glace d'eau distillée. Production de Teau distillée. — La fabrication précédente permet d'obtenir de la glace pure en séparant la partie transparente de la partie opaque des blocs. On obtient encore de la glace stérile et transparente en congelant de Teau distillée.

Cette eau distillée peut être :

a) L'eau de condensation de la vapeur produite directement par une chaudière ;

LE FROID WDVSTRIEL

b) L'eau de condensation de la machine à vapeur actionnant le compresseur frigorifique.

On peut définir de la manière suivante les divers schémas de production de cette eau distillée.

I* La vapeur produite par la chaudière alimentant la machine à vapeur (vapeur primaire) est utilisée directement pour produire de la vapeur (vapeur secondaire) dans une chaudière spéciale. Ùeau de condensation de la vapeur primaire et Feau de condensation de la vapeur secondaire serventséparément au remplissage des mouleaux. La glace produite avec l'eau de condensation de la vapeur secondaire est employée pour la consommation. La glace produite avec Teau de condensation de la vapeur primaire est utilisée pour refroidir des locaux ou des denrées, sans être mise en contact avec celles-ci.

2** La vapeur d'échappement de la machine motrice vaporise, sous pression réduite, de Teau dans une chaudière spéciale. La vapeur secondaire ainsi obtenue est condensée sous pression réduite. Cette eau de condensation est amenée dans un bouilleur, dans lequel elle est portée à une température suffisamment élevée pour la stérilisation. Enfin, cette eau refroidie sert pour le remplissage des mouleaux.

Un tel mode de préparation est installé par la Société Linde.

3** L'eau provenant de la condensation de la vapeur d'échappement est mélangée à Teau produite par la condensation de la vapeur secondaire. Il est alors nécessaire d'éliminer avec soin au

LA GLACE ARTIFICIELLE

moyen de filtres et d'ébullitions convenables les moindres traces d'huile de graissage capables de donner à Teau et par suite à la glace une odeur désagréable.

4® La Société Humboldt de Cologne introduit dans les mouleaux un mélange formé de Teau de condensation de la machine motrice et d'eau primitivement stérilisée par un chauffage à une température supérieure à loo^ C. La vapeur d'échappement du moteur passe d'abord au travers d'un séparateur d'huile ; elle est condensée, puis dirigée dans un réservoir, où l'on fait arriver de l'eau portée à une température d'au moins loo** (eau pure chauffée par une partie de la vapeur d'échappement ou eau filtrée venant directement de la chaudière). Le mélange, porté ainsi à une température d'environ 60^ à 70** supérieure h celle de l'eau de condensation, est refroidi, passe ensuite dans un filtre, puis vient au réservoir de remplissage des mouleaux.

Il est intéressant de se demander quelle quantité d'eau il faut ajouter à l'eau de condensation de la machine motrice pour alimenter une fabrique de glace.

13. — Glace d'eau distillée. Exemple d'une petite fabrique de glace. — Prenons d'abord comme exemple une. petite fabrique produisant 200 kilogrammes à l'heure ou 4', 8 par vingt-qiiatre heures * . *

I . Banfield. Ueber die Herstellung von KrtètalUts aus Abdampf und die damit erreichten praktischen Ergebnisse (Deuxième Congrès International du itoià. à Vienne, octobre 1910, p. 114). j

Il convient de produire par heure 200 X 120 = 24.000 frigories.

Si on emploie un compresseur produisant à l'heure 3.000 frigories par cheval indiqué ou à la machine à vapeur 3.000 X 0,80 = 2.400 frigories p3,r cheval indiqué, il faudra dépenser pour actionner ce compresseur 10 chevaux-heure indiqués. Si on compte une dépense de 4 chevauxheure indiqués, pour la commande de la pompe à eau, des agitateurs et pour les transmissions, il faut employer un moteur de 14 chevaux indiqués Prenons une petite machine à tiroir et à condensation consommant 16 kilogrammes de vapeur par cheval-heure indiqué. On voit que cette machine fournira par heure 14 X 16 = 224 kilogrammes d'eau. Une telle machine fournira donc une quantité d'eau suffisante pour alimenter la fabrique de glace.

14. — Glace d'eau distillée. Exemple d'une moyenne fabrique de glace. — Considérons maintenant une fabrique moyenne produisant 750 kilogrammes de glace à l'heure ou 18 tonnes de glace par vingtquatre heures. La quantité d'eau distillée nécessaire est égale à 790 kilogrammes par heure.

Pour produire cette masse de glace, il faut dépenser par heure 90.000 frigories. Si on prend une machine formée d'une machine à vapeur et d'un compresseur produisant 2.700 frigories par cheval-heure indiqué [3.400 frigories par chevalheure, mesurées au compresseur], on voit que pour actionner le compresseur, il faut dépenser

LA GLACE ARTIFICIELLE

une puissance de 33 chevaux indiqués. Comptons sur ui^e puissance supplémentaire de 19 chevaux pour la commande des agitateurs de la saumure et de l'eau douce, de la pompe à eau, etc. Nous devrons donc employer une machine à vapeur de 43 chevaux indiqués. En admettant une dépense de 9 kilogrammes de vapeur saturée à 5 atmosphères de pression par cheval-heure indiqué, on voit que la machine produira 387 kilogrammes d'eau par heure pour le remplissage des mouleaux, soit 50 p. 100 de la quantité nécessaire à la fabrique de glace. Employons la vapeur d'échappement à échauffer une chaudière destinée à produire directement de Teau distillée ; par kilogframme de vapeur primaire, on obtient avec un appareil à double effet environ l'^jOS de vapeur secondaire, soit 406 kilogrammes d'eau distillée supplémentaire. On obtient ainsi finalement Teau nécessaire au fonctionnement de Tusine.

15. — Glace d'eau distillée. Exemple d'une grande fabrique de glace. — Enfin, considérons une grande installation produisant 3 500 kilogrammes de glace à Theure, soit 84 tonnes en vingt-quatre heures. La quantité d'eau nécessaire au fonctionnement de l'usine est égale à 3.780 kilogrammes par heure. La dépense de frigories s'élève à 420.000 par heure.

Si on compte 2.900 frigories par cheval-heure indiqué mesuré à la machine à vapeur (3.600 frigories par cheval-heure indiqué mesuré au compresseur), on voit que le compresseur exige une puissance de 145 chevaux indiqués, auxquels il

convient d'ajouter 30 chevaux environ pour la commande des agitateurs, du pont roulant, des I>ompes à eau, etc. La machine doit donc produire 175 chevaux indiqués, c'est-à-dire que Ton doit avoir une machine de 250 chevaux marchant aux 3/4 de la puissance. Comptons par chevalheure sur une dépense de 8 kilogrammes de vapeur saturée à 5 atmosphères. . La vapeur d'échappement fournit alors 1.400 kilogrammes d'eau distillée par heure c'est-à-dire à peine les 39 p. 100 de la quantité d'eau nécessaire. Si, sur le parcours de la vapeur d'échappement, on installe une chaudière de distillation à triple eflet, on peut obtenir par kilogramme de vapeur primaire environ, 1^,4 de vapeur secondaire ; soit, dans le cas actuel 1.960 kilogrammes d'eau distillée. Il manque encore 420 kilogrammes d'eau par heure, que l'on devra emprunter directement à la chaudière. Celle-ci produira donc environ par heure 1.850 kilogrammes de vapeur saturée à 5 atmosphères. Si on alimente la chaudière avec de l'eau à 35* et si on admet 70 p. 100 comme effet utile de l'ensemble formé par la chaudière et la grille, on voit qu'il faut produire

dans le foyer — = 880 calories environ par kilo-

gramme de vapeur. En admettant 7.300 calorieskilogrammes pour puissance calorifique du charbon, on voit qu'il faut brûler sur la grille environ I kilogramme de charbon pour produire 8 kilogrammes de la vapeur considérée, soit 235 kilogrammes de charbon par heure. En.

comptant par an sur cinq mille cinq cents heures.

LA GLACE ARTIFICIELLE

de fonctionnement, la dépense annuelle de charbon s'élèvera à 1.300 tonnes en nombres ronds. Comme durant ce temps on produit 19.250 tonnes de glace, on voit que l'on brûle une tonne de charbon pour produire 15 tonnes de glace.

La dépense en charbon s'élève à 32.500 francs [25 francs la tonne]. Admettons un amortissement annuel de 30.000 francs [250.000 francs, prix de la machinerie ; coefficient d'amortissement = 12 p. 100] pour les machines, et de 4.200 francs pour les bâtiments [60.000 francs, prix des bâtiments ; coefficient d'amortissement = 7 p. 100]. Non compris les dépenses de personnel, la dépense totale par an sera égale à 67.000 francs environ.

16. — La glace artificielle aux États-Unis. — La fabrication de la glace s'est énormément développée aux Etats-Unis, En 1908, on comptait dans ce pays 3.300 fabriques de glace*, produisant environ 100.000 tonnes de glace par jour : dans ce nombre ne sont pas comptées les installations produisant la glace dans les abattoirs, les entrepôts frigorifiques, etc. La consommation de la glace s'élevait par an à 14 millions de tonnes de glace environ, représentant une valeur de 35 millions de dollars, ou de 12^^,50 la tonne. Les capitaux engagés dans les fabriques de glace s'élevaient en 1908 à 100 millions de dollars (500 millions de francs) .

I. Van der Vaart. Growth and présent status of the refrigerating industrie in the United States. (Rapport au Congrès International du froid, tenu en octobre 1908, t. III, p. 330).

Page 1