NOTRE NOEL UN BANQUET FÉERIQUE
Je salue le rêve de mon ami G. Garlin.
P. Lacan.
Un rêve, oui, qui commença presque comme un cauchemar et finil par une apothéose.
Je cherchais de quoi faire un repas cosmopolite que notre directeur, toujours à la poursuite d'idées originales, m'avait demandé pour le Noël-Gourmand.
Encure eûl-il fallu que j'eusse professé dans tous les pays et connu le goût des Russes, des Turcs, des Arméniens, des Anglais, des Américains, des Italiens, des Belges, des Espagnols, des Allemands, ete., etc., pour réaliser parfaitement une telle conception.
Je me lassais de chercher, et de composer un menu qui n'avait ni queue, ni tête, car je trouvais que tout hurlait à la fois, se
Aa] LE RÊVE.
répétait et lorsque j'entrais dans les détails de composition du travail, je riais de ma folie et je me disais : Ce n’est pas un, mais vingt ouvriers qu'il me faudrait là pour exécuter mon menu.
C'est alors que je-me trouvai tout d'un coup transporté sur une”scène immense; tout ce que je pouvais imaginer se réalisait d’un coup et j'a ai à une fantastique revue gastronomique.
Fulbert Dumonteil présidait à la mise en scène, Ozanne, en poèle consciencieux, mettait tout en vers, il s’essuyait le front souvent, j'en étais malade pour lui.
Fulbert qui n’est cependant pas cuisinier nous parlait de son « potage chinois » et Lenait à ce qu’il primât sur la « crème de maïs ».
Genin arrivait avec sa « truite au bleu, » tout en nous faisant l'histoire des « filets de sole Lafayelle ». Landry avec ses « côte lettes d'agneau à la Ghâtelaine », apparaissait aux côtés de Fiorillo debout sur un navire avec des « Célestines de homard à la Mogador ». Brière se fâche et veut que ses « gelinottes à la Moscovite » passent avant les « canetons à l'Algérienne » de Corblet, ils ne veulent rien entendre. J'ai beau leur dire que les entrées froides doivent être entremélées d'entrées chaudes! Bah! voici Glass qui surgit d'Amérique avec un « back-duck » (fustigula Valisnéria) qui a cinquante-cinq centimètres de long et qu'il entend le donner comme premier rôt garni de merles de Corse, et Dessolliers qui désire voir ses «poulardes à la Hambourgeoïise» primer sur le tout et de quel ton s’il vous plait?
Mais en voici bien d’une autre. Merkelbach, Victor Morin, Émile Bernard se montrent l’un avec une « timbale de nouilles a la Turque », l'autre avec une « galantine de volaille » sur socle et Victor avec un « tronçon de Saumon à la Parisienne » également sur socle; quel triomphe! 1
Je les vois encore dans mon rêve; c'était splendide. Des roses, des œillets, des fleurs inconnues ornaïent ces chars, ces gondoles!
Tout à coup une autre porte s'ouvre et voici Urbain Dubois portant un superbe « pouding-marie » et Ozanne une « timbale inédite » qu'il chantait en alexandrins sonores, et moi je les suivais avec une gelée au kirsch ornée de pistaches et d'amandes en rochers, garnie de fraises-ananas; l'or nageail entre tous ces décors.
Une troisième porte, et voiei Charvin avec deux éléphants
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