Dans l'exemple suivant, c'est au contraire la version
3l8 DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE VIII.
sans pressus qui a triomphé, on ne sait pourquoi, car le cas est le même.
Laon239 S. Gall
Ck)m. Exsultavit A ■ ■ 3 3 ^V
et occur- sus e-ius.
e-ius.
e-ius.
FiÂ- 297
Tous les manuscrits sangalliens ont l'épisème sur le sol; Laon ne manque pas de joindre Va à cette même note.
L'étude d'autres écoles graphiques est des plus curieuses. La version A, avec note longue sur le sol, apparaît dans des manuscrits neumatiques très anciens et de très bonne marque, mais c'est un vrai pressus qui allonge cette note — version B. Or, comme cette notation se retrouve dans un assez grand nombre de documents de toute provenance — Italie, France, Normandie, Angleterre, pays d'écriture messine, Belgique, Aquitaine — il est impossible de ne pas reconnaître dans ce pressus une équivalence très claire de l'épisème sangallien et de \a de Laon. C'est un cas fort intéressant de cette tradition rythmique, primitive, et universelle, dont nous avons signalé plus haut l'existence (IL 59 et ss).
414. — D'un autre côté, de très bons et de très anciens manuscrits également de tous pays, reproduisent fidèlement le pes subbipunctis de Saint- Gall et de Laon, mais sans les lettres et les signes rythmiques, car ils les ignorent. Naturellement les manuscrits sur lignes suivent leurs modèles, et ainsi s'explique la
ÉTUDE ET EXÉCUTION DE L'aPOSTROPHA-PRESSUS. 319
version C, plus fréquente, en somme, que les versions A et B, ce qui n'ajoute rien à sa valeur.
Quelle était, à l'origine, l'interprétation de cette troisième notation? On peut affirmer sans témérité, que, malgré l'absence de signes rythmiques, elle était conforme à la version des manuscrits rythmiques, et cela, grâce à la tradition orale, qui suppléait efficacement à l'insuffisance des indications écrites, tant rythmiques que mélodiques. Mais quelles garanties d'exactitude et de durée peut offrir une aussi fragile tradition, si l'écriture ne vient pas promptement la préserver de l'erreur et de l'oubli ? Sans aucun doute, pour le cas étudié ici, le souvenir de l'appui prolongé sur le sol s'est vite perdu, et l'interprétation primitive a fini par disparaître entièrement pour tous ceux qui n'avaient sous les yeux que la version C.
415. — L'équivalence fréquente de Vépisème sangallien et du pressus une fois bien constatée, deux conséquences pratiques en découlent directement :
1° Uépisème romanien a parfois la valeur, la durée d'une note longue de deux temps ;
2° \a pressus, à son tour, ne vaut que pour un seul son double; les deux notes qui le composent n'admettent pas de répercussion, elles doivent être fusionnées en un seul son.
416. — Il serait aisé de prolonger cette liste des équivalences; celles-ci suffisent pour permettre de formuler les règles suivantes, en se plaçant au point de vue de la notation carrée actuelle.
Première règle. — Lorsque deux groupes se rencontrent sur la même corde, les deux notes à l'unisson îqxvo&vA pressus, et doivent être exécutées ^^ds fusion en un seul son de deux temps simples.
Remarque. — Cette règle n'a son application que si les groupes sont très rapprochés l'un de l'autre. Un écartement notable indique qu'une répercussion doit être faite sur la première note du second groupe. Exemple.
Répercussion
Fig. 2ç8
417. — Deuxième règle. — En cas de fusion, \ ictus rythmique tombe toujours sur la dernière note du premier groupe, c'està-dire sur la première des deux notes fusionnées.
^ — eU
Fig. 2Ç9
418. — Troisième règle. — Elle concerne la note qui suit le pressns. La longueur du pressus ne porte que sur la première note ; celle-ci seule est toujours double. La note qui suit le pressus n'est pas longue par elle-même, elle ne l'est que par position.
En conséquence :
a) "^Mq pressus, ^.\x centre d'une phrase, est- suivi d'une note, d'un groupe, ou d'une syllabe qui demandent à être chantés immédiatement, par juxtaposition ou même par 'enchaînement, la troisième note du pressus est brève ou ordinaire.
Tels les deux do dans ce passage.
et Jesum stan- tem
Fig. 300
Tel le ré dans le mélisme :
Fig. 301
b) Si le pressus est à la fin d'une phras'e ou d'un membre de phrase, la deuxième note est toujours longue par le fait de sa position : elle est suivie du point d'allongement.
Telle la dernière note de l'exemple B ci-dessus (Fig. 301).
11 en est ordinairement de même à la fin d'une incise ; mais ici il y a des exceptions ; c'est à la notation de trancher ces incertitudes par la présence ou l'absence du point.
§ 2. — Le sigle romanien co = conjungatur.
419. — Parmi les sigles romaniens énumérés ci-dessus (IL 114), il y en a un qui a pour but unique d'indiquer cette fusion de deux notes en une seule formant pressus ; c'est le sigle co , qui signifie conjunctim ou conjungatur. On ne le trouve qu'à la rencontre de deux groupes se soudant à l'unisson. Rarement, très
co
rarement, il est placé sur le pressus-major p Fig. 302 où il marque l'union intime des deux premières notes. Là, il est superflu, car la jonction graphique de la virga et du pressus suffit pour indiquer leur fusion.
Quelques exemples de son emploi.
a) Clivis et clivis formant pressus.
Eins. 121. J/VJ\
Oflf. Portas caeli DÔ- mi- ni
Fig- J03
b) Torculus et clivis formant pressus.
Eins. 121. î II\ J^/\
Intr. Dicit Dflus : Sermones ■ J* ^'Ma A«- Jk -
— ' 'ik r* ais* rw-
altâ- re me- um
Fig. 304
c) Torculus et clivis formant pressus.
co HartkerS. G. / J\. /\
^. Sancla et immaculata
Sancta et
Fig- 305
co
Le même sigle est en usage, si la divis finale A /l Fig. 306 est
co
remplacée par un pressus-minor f\ ". Fig. 307.
Le passage suivant est extrait du verset responsorial du deuxième mode ; plus de quatorze fois ce trait mélodique est noté avec le signe co dans le codex d'Hartkcr :
Hartker ' -^^'
oc/AA
< 1\. Éi^^-f^^ >
Fig. 30S
420. — Voici maintenant deux virgas réunies par le conjungatiir.
d) Podatus et divis formant pressus.
(^ co Hartker. A c/A
"Sj . O vos omties ... per vi- am
Fig. 309
Hartker.
, //.JAJ
^^-rV^
P7. Sicut ovis ad occi-si- ô- nem...
Fig. 310
e) Podatus et pressas minor.
co
Hartker. J ''/ /
Ana. O quantus luctus
Fig- 311
§ 3. — De la diérèse du pressus.
421. — On ne peut passer sous silence un fait de composition grégorienne qui semble, au premier abord, en contradiction avec \di fusion des notes telle qu'elle vient d'être enseignée.
C'est le fait de la diérèse, ou disjonction de deux groupes formant pressus, qui s'opère dans le but de placer deux syllabes sur ces deux groupes ainsi séparés ; ou inversement, ce qui soulève la même difficulté, le fait de la réunion ou crasc de deux groupes, primitivement disjoints, en un ^^w\ pressus sur une seule syllabe.
^. G. du Ile mode.
Mss. de S. Gall.
A tzit
isn:
ami- ci tu- i
Mss. de S. Gall.
cedrus
Fig. 312
Le rythme A ne doit-il pas être le type du rythme B? Ceci paraît tout indiqué; il convient de conserver le même rythme dans les deux passages, de rythmer par conséquent ce-drus avec répercussion ictique sur la deuxième note du pressus :
et no'n
Fig- 313
422. — Cette raison de convenance, qui souvent n'est pas à rejeter, n'a pas, dans l'espèce, grande valeur, si on veut bien
étudier de plus près cette mélodie, ainsi que les principales modifications qu'elle subit sous l'influence des différents textes (i).
s. Gall
Laofl 239
IÇ'. G. Tolliie
^^''i>.''rju 11'^'!^^^;^
prin- ci- pes.
. ci- pes.
ïtj. G. Nimis honorati
; \^ \ p^bj,^ 1^
ami- ci tu- i.
.ci tu-
IÇ'. G. Domine Dtus
convér- te
te
La première mélodie A nous semble la version primitive et régulière : il serait inopportun d'exposer ici les raisons qui militent en faveur de cette opinion.
Quant aux versions B et C qui en dérivent, il est tout à fait impossible de déterminer quelle est la plus antique ; impossible, par conséquent de dire, si \<t pressus, ligne C, est la crase des deux clivis distinctes, ligne B, ou si, au contraire, ces deux clivis B sont le résultat d'une disjonction ou diérèse du pressus C, qui serait plus ancien.
Quoi qu'il en soit de cette antériorité, la différence mélodique entre ces trois versions demeure. Or si le compositeur se croit autorisé à de tels changements mélodiques, qui en entraînent nécessairement de rythmiques, — comparez, par exemple, lignes A et B — on ne voit pas pourquoi on serait forcé de maintenir le même rythme entre les clivis /T /F Fig. j/j, ligne B, et les deux clivis fusionnées de la ligne C.
(i) Cf. le tableau complet de l'adaptation de ces textes, Paléogr. Music. t- 4, p. 35-
Ainsi se trouve, pour le cas en litige, sinon renversé, du moins fortement ébranlé, ce subtil et spécieux argument tiré de l'unité d'un même rythme.
423. — Mais il y a mieux : la notation des manuscrits accuse très clairement une différence de rythme entre ces deux passages.
Si la notation carrée peut laisser quelque doute sur le rythme des clivis, ligne C, à cause de la ressemblance parfaite avec les clivis, ligne B, la notation neumatique ne laisse place à aucune hésitation : elle donne deux écritures bien distinctes, une pour chaque cas.
En B, les deux clivis, syllabes ci et tu, sont marquées de Xépisème romanien sur la première note ; il faut donc un ictus rythmique sur cette note.
En C, il n'y a plus qu'une seule clivis dont la seconde branche est liée au signe pressus ; de plus, sur la première note de la clivis, on voit un c {celeriter) au lieu du trait, signe d'appui, de retard.
Les indications rythmiques messines sont conformes à celles de Saint-Gall.
Ces deux clivis doivent donc être réunies en un seul son sur la note qui leur est commune, c'est-à-dire exécutées sous la forme de pressus.