VOYELLES ET DIPHTONGUES
(1 ) Voyelles.
a, e, i, o n'ont chacune qu'un seul timbre, celui qu'on leur donne dans notre alphabet français :
ali)ia ; bejie ; ibi ; oleo.
Remarque. — e n'est jamais muet. — e et o n'ont jamais qu'un seul son mediocre/nent ouvert, comme dans les mots Jief, /nets et )not (3).
(i) BouRCiEZ. Précis historique. Toutes les explications qui précèdent sont tirées de Vl/itroduction, pp. xxix-xxxv, et du ch. i de la Deuxième partie, pp. 125-127. Pour plus de détails, voir Darmesteter. Traite' de la formation de la langue française, pp. 108 et ss. Voir aussi les ouvrages de M. Rousselot, en particulier ses Principes de Phonétique Expérinieiitale.
(2) Nous empruntons ces règles à la brochure suivante : L'exacte Prononciation romaine du Chant grégorien basée sur les principes de rémission vocale, par un Bénédictin de Solesines. Cf. Emissio/i des Voyelles latines (a^'ec figures), par le même. On pourra aussi consulter avec fruit les nombreux traités de prononciation romaine du latin publiés ces dernières années :
C. CouiLLAUT. La Réforme de la Prononciation lati?te. 'SI. J. VOEGTLI. La Prononciation normale du latin. DOM J. Jeanxix. Remarques sur la Prononciation romaine du Latin. J. Delporte. La Prononciatioti romaine du latin.
W. A. AïKiN. La Phonologie de la Proiionciation latine {Revue Grégorienne, 191 1, 1912,- 1913), etc., etc.
(3) Dans notre prononciation figurée, nous marquons \e de l'accent grave pour indiquer ce timbre "médiocrement ouvert>, mais il faut bien se garder d'en exagérer la valeur.
u se prononce toujours ou :
Deiis meîcs — Dc-ouce inè-oucc.
Chaque voyelle devra toujours conserver la pureté de son timbre propre, quelle que soit la consonne qui suive. Elle n'aura donc jamais le son nasal qu'elle a en français devant n et mb, mp. Dans les exemples suivants, dégagez bien la voyelle :
ta-ntum; te-nde-re; co-nfu-nda-ntur ; a-mbo ; se-mper ; co-mpati.
h) Diphtongues.
ae, 06 ont le son de l'e simple :
tae-diuin — tè-diuin; pocna =pèna,
au, eu (et aussi ei dans les interjections) font entendre le son des deux voyelles, mais d'une seule émission :
lauda = laou-da ; euge — èou-djc ; hci=heï.
u, précédé de q ou de ng, conserve le son ou et forme diphtongue avec la voyelle suivante :
Qui, quae, quod, qnaiii = koui, kouè, kouod, kouani. Sanguis, langueo — sa-ngouisse, la-ngouc-o.
i semi-voyelle, c'est-à-dire employé pour j (appelé i long par les Italiens) forme diphtongue avec la voyelle suivante :
iani, uiaior, peins = icDH, uia-ior, pè-iouce.
OU n'est jamais diphtongue :
proiit, couùintur se prononcent /rt^-t?///^, co-ou-tountour .
De même ai :
ait = a-it ; coîi traire = co?itra-ire.
ay se prononce ai, d'une seule émission de voix :
Raymundus = Raï-nioun-douce.
20 Consonnes.
Règle générale. Toutes les consonnes s'articulent séparément.
b, d, f, k, 1, p, r, V et X se prononcent comme en français.
c, devant e, i, y, ae, oe, c'est-à-dire devant les sons e et i, se prononce tch :
ccdo = tchè-do ; cibus — tchi-bouce ; cymbaliiin = tchi-vibaloume ; Caecilia = tcJiè-tdù-li-a ; caeluni = tcJiè-loume.
ce, devant les mêmes sons, se prononce ttch : ecct\ siccitas — et-tche, sit-tcliitas.
se, devant e, i, y, ae, oe, se prononce comme notre ch français :
descendo — dè-chè-Jido.
Partout ailleurs, c'est-à-dire de\'ant a, o, u, ou devant une consonne c se prononce k :
cado = kado ; credo = krè-do.
Remarque. — i° Gardez-vous de confondre c=tch. avec ac = ch. Dites caeluin = tcJic-loume et non pas che-loume. Cette dernière prononciation constituerait un véritable barbarisme et ferait supposer que le mot s'écrit scaelum.
2° En latin, les sons chuintants ne sont jamais fortement « crachés > comme en français : avancez très peu les lèvres et conservez la pointe de la langue contre les dents inférieures.
ch se prononce k même devant e ou i :
pulcJier, inacJiiïia— poîil-ke-i\ ma-ki-na.
h se prononce k dans miJii, et dans Jtihil et ses composés (autrefois écrits michi et nichil) :
iiii-ki ; ni-kil ; ni-kiluui.
g, devant les sons e et i, .se prononce dj :
agere, agilis = a-djè-re, a-dji-lis.
Partout ailleurs, c'est-à-dire dexant a, e, u, ou devant une consonne, g se prononce comme dans le français gant : galea ; gladius ; gloria.
gn se prononce d'une seule articulation comme dans le mot français agneau :
inagnus, agniis = ina-gnouce, a-gnoiice.
j forme diphtongue, nous l'avons dit, avec la voyelle suivante. ejus = e-ius ; major =^ ina-ior.
m et n, contrairement à ce qui se fait en français, s'articulent même après une voyelle; et celle-ci, avons-nous dit, ne se nasalise
pas :
orientis ; compati = oriè-ntis, co-mpati.
S conserve toujours sa force; elle s'adoucit très légèrement entre deux voyelles mais jamais jusqu'à prendre le son de z.
transire= tra-ncire ; Icsiis — Ic-s-us.
ti, devant une voyelle et précédé de toute autre lettre que s, X ou t, se prononce, non pas si, mais tsi :
paticntia, etiaui, gratia = pa-tsi-è-)itsi-a, è-tsi-a-ui, gra-tsi-a. xc, devant les sons e et i, se prononce kch :
excelsis = ck-chclsis.
z se prononce ds :
Zizaiiia = dsi-àsa-ni-a.
57. — Ajoutons quelques conseils sur les moyens pratiques qui conduisent à une bonne prononciation des voyelles, à une exacte articulation des consonnes.
Chacun des timbres différents des voyelles est obtenu par une situation particulière des organes de la bouche, surtout des mâchoires, de la langue et des lèvres ; le jeu de ces trois agents concourt plus spécialement à la formation de chaque voyelle.
Il importe extrêmement de conserver la même position de la bouche durant tout le temps que doit durer l'émission de la voyelle ; la m.oindre modification des organes produirait aussitôt une modification dans le son de la voyelle dont la pureté serait ainsi altérée.
Que chaque voyelle soit émise avec le son qui lui est propre ; pas d'alliage, pas de confusion entre les voyelles. Que la voyelle, aussitôt prononcée, se fasse reconnaître sans hésitation, claire, précise : en cela consistent la clarté, la limpidité, la pureté du timbre.
Quant aux consonnes on devra bien les articuler. « Articuler » , c'est mettre en relief tout les éléments des syllabes, au moyen d'une attaque nette des consonnes, et par suite des voyelles qui entrent dans leur composition. C'est donner, sans affectation, comme sans dureté, à chacun des éléments de la syllabe son énonciation régulière, entière, intelligible, ferme et cependant douce et moelleuse. Pour arri\er à la perfection sur ce point, l'étude est nécessaire. Quand on sait bien articuler, la voix est toujours suffisante pour se faire entendre.