‹ Le nombre musical grégorienChapitre 237 sur 534 · Concordances · texte numérisé non relu

Concordances

1° Tous sont des idiomes quantitatifs.

2° Tous ont conservé la nature musicale de l'accent aigu (i), du ton de l'indo-européen et du sanscrit, ainsi que sa brièveté. Ce ton, qui a son signe (/), se place sur les syllabes brèves ou sur les

(i) Sur la nature de l'accent grec, cf. le Traite d'accentuation grecque, de M. J. Vendrves, ch. m. Nous croyons devoir résumer ici ce chapitre, à cause des lumières qu'il apporte sur la question :

Les grammairiens, qui sont la source principale où nous devons puiser nos renseignements, désignent toujours l'accentuation sous le nom de rpo(7C{j3'!a (§ 19), et l'accent par le mot -^o'vo?, expression métaphorique rappelant la tension d'une corde, produisant un son plus aigu (§ 20). D'autre part les termes o; J:; et ,jot;i'jr, qui s'opposent l'un à l'autre, semblent désigner toujours la hauteur et jamais l'intensité. L'accent grec a toujours une nature musicale (§ 21). Cette conclusion est confirmée par Denys d'Halicarnasse dans un texte de son De camp. verb... où il établit qu'entre la syllabe tonique et l'atone il y a une quinte (§ 22). D'autres témoignages, non moins probants, attestent que l'accent ne pouvait pas être intensif. Par exemple, alors que, dans toutes les langues qui possèdent un accent d'intensité, celui-ci exerce une action plus ou moins énergique sur les syllabes non intenses, dont il affaiblit les voyelles par abrègement ou par syncope, le grec ancien ne présente aucun fait du même genre ; le vocalisme y est tout à fait indépendant de l'accent (§ 24). « Il n'existe absolument aucun témoignage en faveur de l'existence d'une intensité quel-

syllabes longues (i); mais dans ce second cas, seul le dernier temps de la syllabe longue porte l'accent aigu, le premier temps appartenant à l'accent grave (2); cette double accentuation montante n'a pas reçu de signe graphique spécial. C'est l'anticirconflexe de Glaucus de Samos. Théoriquement cet accent est discuté, vci2Ss> pratiquement il était sans aucun doute en usage (3).

30 Tous connaissent V accent grave et son signe ( > ) (4).

4° Tous font usage de V accent circonflexe et de son signe (~). Cet accent se compose d'un accent aigu et d'un accent grave. On connaît le signe en latin (a).

Ce qui ressort principalement de tout ceci, c'est la nature mélodique de l'accent, et sa brièveté.

50 Voici enfin un dernier point, et un point capital, sur lequel l'accord est complet entre tous les dialectes, c'est la loi des trois syllabes (5). « Un grand principe domine toute l'accentuation gréco-latine : l'accent ne peut jamais remonter au-delà de trois

conque en grec classique >, dira plus loin ]\I. Vendryes (§ 42). Ce fait est d'ailleurs confirmé par la métrique et par la musique grecques. La métrique en effet atteste l'indépendance absolue de l'accent grec et de l'ictus quantitatif (§ 25). Quant à la musique, elle présente deux cas fort curieux où la mélodie est réglée par l'accentuation ; il s'agit des hymnes de Delphes, où l'on trouve appliquées généralement ces deux règles : 1° une syllabe atone ne peut être chantée sur une note plus haute que la syllabe tonique du même mot ; 2° lorsqu'une syllabe longue à accent circonflexe se dédouble mélodiquement, c'est la première partie de la syllabe qui est chantée sur la note la plus haute » (§ 26). L'accent grec est donc un accent de hauteur. La grammaire comparée confirme à son tour ces conclusions, car elle permet d'affirmer que cet accent de hauteur était en grec un héritage de l'indo-européen (§ 27).

Il en fut ainsi jusqu'à l'ère chrétienne ; c'est alors que l'accent de hauteur du grec ancien s'est transformé pour devenir peu à peu l'accent d'intensité du grec moderne ; mais cette transformation n'a rien d'extraordinaire : elle s'est produite, à des époques diverses, dans d'autres langues indo-européennes, en latin, en lithuanien, en slave (§ 28). M. Vendryes retrace brièvement, à la fin du chapitre, l'historique de cette transformation, dont il est fort malaisé de déterminer la date (§ 29). Les grammairiens grecs du 1" et du ll^ siècle ne connaissent encore qu'un accent de hauteur. C'est seulement à partir du m" s. qu'on trouve des témoignages positifs en faveur de l'accent d'intensité (§ 30-32).

(i) Cf. RiEMANN et GoËLZER, Gra/nmatre, p. 15.

(2) Cf. Weil et Benloew, Théorie générale..., p. 12.

(3) Cf. Vendryes, Recherches..., p. 31.

(4) Pour sa place, voir RiEMANN, Gramm., p. 15. Inutile d'en parler ici.

(5) Cf. Vendryes, Recherches..., p. 14.

temps, depuis et y compris la fmale du mot. Chaque syllabe, longue ou brève, compte pour un temps. En grec seulement la longue fmale compte pour deux temps « (i).

Sur ce point, l'accentuation gréco-latine se détache nettement de l'accentuation indo-européenne et sanscrite, qui donnait librement à l'accent une place quelconque dans le mot. depuis la première jusqu'à la dernière syllabe.

97. — Cette loi des trois syllabes constitue donc une nouveauté dans l'histoire de l'accentuation. Comment s'est-elle substituée à la liberté primitive qui permettait à l'accent indo-européen et sanscrit de se placer sur toutes les syllabes du mot?

Quelques lignes suffiront pour la réponse. Nous nous inspirons ici librement des enseignements de M, F. Baudry et de MM, Weil et Benloew, en négligeant leurs divergences secondaires (2).

Les syllabes des langues grecque, latine, romane, française, etc., n'ont, par elles-mêmes, à l'exception de quelques monosyllabes, aucune signification. En sanscrit, au contraire, toute syllabe a sa signification propre et représente une idée. Ces syllabes, en se réunissant pour former des mots, constituent donc déjà de petites phrases, composées de mots élémentaires, « ce qui réduirait, en dernière analyse, l'accent syllabique sanscrit à un accent oratoire posé sur le point le plus important du mot-phrase » (Baudry).

L'accent sanscrit se porte avec une entière liberté sur la syllabe que Vesprit vent mettre en évidence, sans se régler ni sur la quantité, ni sur la longueur du mot, ni sur la nature des syllabes finales. L'accent ou ton est ici un principe purement logique et intellectuel : il désigne à l'esprit la syllabe qui contient l'idée saillante ; sa délicatesse et son instabilité ne lui permettent pas encore de créer l'unité du mot; il ne se détache guère de la phrase, qui seule, et prise en bloc, a une certaine indépendance. (L. Benloew).

En grec, tout autre est le rôle du toji, de l'accent. Le peuple grec « sent le besoin de faire ressortir distinctement chaque idée. Le mot, dans sa précision, dans sa netteté, dans sa clarté, peut être regardé comme la création du génie grec. Le moyen qu'il

(i) Henry, op. cit., p. 98.

(2) F. Baudry, Granimaire comparée, p. 20. L. Benloew, De Vacccutuation..., p. 71-72. Weil et Benloew, Théorie génératc..., p. 105 et ss.

emploie pour le séparer, pour le distinguer fortement de ce qui l'entoure, c'est l'accent ». Et pour obtenir ce résultat, l'accent se place vers la fin du mot. « L'accent ayant, en se rapprochant de la fin, fixé les limites et créé l'indépendance du mot, ce dernier forme désormais un tout organique, où les syllabes placées avant l'accent ont un mouvement de voix ascendant qui s'abaisse avec celles qui le suivent » (L. Benloew) (i).

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