‹ Le nombre musical grégorienChapitre 238 sur 534 · Divergences · texte numérisé non relu

Divergences

Cette loi des trois syllabes, commune au grec et au latin, ne s'applique pas toutefois de la même manière dans les deux langues ; même entre les dialectes grecs, il y a de graves divergences dans son emploi, selon qu'ils se rapprochent plus ou moins de l'accentuation sanscrite ou indo-européenne.

1^'éolien, par exemple — le lesbicn du tableau — a une grande répugnance pour l'accentuation oxytonique, celle de la dernière syllabe. Il fait remonter l'accent aussi haut que possible, dans la limite, bien entendu, de la loi des trois syllabes : ainsi il accentue xâÀoç, aJTo;, ojvaToç, Zsjç, tandis que l'attique dit : xaAÔ;, ajTÔç. G'jvaTo;, Zej; (2). ,

Le doricu, au contraire, a une préférence marquée pour l'accentuation oxytonique, ou du nîoins il cherche à rapprocher autant que possible l'accent de la dernière syllabe. « Lorsque les Athéniens faisaient de zpy~rip un paroxyton, les Doriens lui conservaient son accent primitif Ypy-~\- (sanscrit bhratri) » (3). De plus l'accentuation dorienne n'aime pas le circonflexe.

Et ces deux particularités, préférence pour l'accentuation oxytonique et répugnance pour le circonflexe, conduisent ^L Benloew, p. 89, à regarder « l'accentuation dorienne comme la plus ancienne de la Grèce » .

« Cependant, à tous les dialectes, y compris le dorien, est commune la règle suivant laquelle, dans les formes conjugables des verbes, l'accent remonte le plus haut possible. Cette loi absolue,

(i) C'est aussi, nous le verrons, le rapport entre V accent et la fin dit 7/iot qui sera le trait distinctif de l'accent latin, encore que ce rapport ne soit pas le même que dans l'accentuation grecque. Mais nous n'avons pas à entrer ici dans ces détails.

(2) Cf. Gow et Reixach, Mlncrva, p. 73, et V. Henrv, Précis...., p. 98.

(3) L. Benloew, op. cit., p. 83. Cf. Gow et Reixach, Minerva, et Henrv, /. c.

qui ne souffre que de rares exceptions, est un legs de la langue indo-européenne » (i).

B. Rameau italique.

99. — Parmi les idiomes qui étaient parlés en Italie, trois se rattachent à l'indo-européen, le laiiii, \ ombrien et Vosquc (2). Seul, le latin nous intéresse.

« Le groupe italique a pour représentant principal le latin, dont le plus ancien monument connu (3), tout récemment découvert (inscription de Buenos, très obscure) (4), remonte au iv^ siècle avant notre ère, et qui, parti d'une bourgade du Latium, puis répandu sur l'Europe et l'Afrique par la conquête romaine, règne encore, sous forme de portugais, espagnol, provençal, français, rliète, italien, sur toute l'Europe occidentale, et pousse par le roumain une pointe hardie jusque dans la vallée du bas Danube...

» Le latin nous est révélé dans ses particularités les plus intimes par une riche littérature qui s'espace sur huit à neuf siècles, par de nombreuses inscriptions, recueillies dans toutes les parties du monde romain, et par les témoignages multiples des grammairiens. Les langues romanes et les fouilles de Pompéi nous permettent même de pénétrer les secrets du latin parlé ou populaire » (5).

(i) V. Henry, ^/. <r//., p. 98. Cf. Riemann et Goelzer, Gramm., p. 18 : <L Dans les verbes, en règle générale, l'accent s'éloigne auta?tt que possible de la fin du mot ».

(2) Cf. sur l'accent osco-onibrien, Vendryes, Intensité..., p. 48-51. Outre ces trois idiomes, M. Henry signale encore :

\t gaulois cisalpin, qui appartient au groupe celtique;

Ve'irusque dont l'origine est douteuse, et qui n'est peut-être pas même un idiome indo-européen ;

les dialectes de la moyenne Italie, internieaiaires entre l'ombrien et le latin ; ils sont encore presque inconnus.

(3) <L C'est ordinairement le Chant des Arvales qui est donné comme tel. Ce chant est à coup sûr très ancien ; mais le texte que nous en possédons n'a été écrit qu'en 218 après J. C. par un graveur qui n'y comprenait plus goutte. Quant aux épitaphes des Scipions, elles sont postérieures de plus d'un siècle à l'inscription de Duenos : aussi sont-elles intelligibles. Le sénatusconsulte des Bacchanales... est encore plus récent ». V. Henry, p. 8. — Sur le chant des Arvales, voir Edon, Ecriture et prononciation du Latin, Appendice, pp. 293-324.

(4) Cf. MOHL, Clironologie du latin, p. 47.

(5) V. Henry, op. cit., pp. 7-9.

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