affectait Xdi première syllabe du mot
M. L. Havet a exposé la théorie de Vintejisité de Vinitiale dans un article très remarqué : La pronoticiation des syllabes
(i) Cette division, nous le redirons plus loin, est assez approximative, du moins quant aux dates à assigner au début et à la fin de chaque période. Cf. Vendryes, Intensité initiale..^ p. 99. D'ailleurs, dans cet article, nous n'avons pas l'intention de faire une démonstration scientifique. Nous voulons seulement donner une sorte de conspectus historique général du développement de la langue latine, pour éclairer ce qui va suivre. Ce n'est que dans les chapitres suivants que nous apporterons les précisions voulues et que nous essayerons d'établir notre thèse.
loS TROISIÈME PARTIE. — CHAPITRE III.
initiales latines (i). Après avoir rappelé que le sens de note aiguë est le seul qui soit applicable au mot accent, en latin archaïque et même en latin classique, M. Havet trouve, dans certains faits de prosodie et de phonétique, la preuve que, dans le latin arcJiaïqne et le latin classique, les syllabes initiales étaient intenses (2).
« Un mot latin, dit-il. était strictement délimité à ses extrémités X^'jir V intensité de r initiale et par l'acuité de la tonique. La place de la note aiguë indiquait assez exactement où le mot allait Unir... L'endroit où le mot commençait était marqué directement par l'intensité de l'initiale» (3).
M. Havet suppose que cet usage des initiales fortes remonte extrêmement haut, « bien au delà de la période historique. Pour nous en tenir à ce qui est susceptible de preuve, l'intensité relative des initiales s'est fait sentir dès les premiers temps où la langue latine nous devient accessible... L'influence de l'initiale intense a continué de s'exercer pendant bien des phases du développement de la langue... J'ose affirmer hardiment que si l'intensité des initiales a fini par s'effacer dans le cours des âges..., ce ne peut être ni dans la période archaïque, ni pendant le siècle d'Auguste; il faudrait descendre au moins jusqu'au temps où les syllabes aignés sont devenues des syllabes intenses, et ont pu supplanter les intenses primitives, Or nous n'avons aucune trace positive de cette transformation des aiguës avant la poésie de Commodien, c'est-à-dire avant le milieu du iip siècle >-.
107. — Sur ce dernier point, M. Vendryes n'est pas tout-àfait de l'avis de M. Havet. Dans ses Recherches sur V histoire et les effets de l'intensité initiale en latin, il a repris la théorie de M. Havet, en l'appuyant sur des preuves sérieuses et multiples (4).
(i) Mémoires de la Société de linguistique de Paris, t. Vl, fasc. i.
(2) M. V. Henry atteste lui aussi l'existence de cet accent initial, «. très ancien, accent purement expiratoire, ou plus exactement simple nuance d'intensité, qui portait toujours sur l'initiale de chaque mot.... L'accent initial est commun au latin et à toutes les langues italiques, et a laissé sa trace dans nombre de noms géographiques de l'Italie moderne, v. g. Pésaro — ovc^x. Pisaurieni et non lat. Pisâuruinlf. Op. cit., p. loi.
{^)Art.cit.,Y>- 13-
(4) Sur l'origine et la nature de cet accent initial, voir Vendryes, ch. III, qui résume et discute les diverses opinions.
Toutefois, en ce qui concerne les limites de cette période « préhistorique », voici ce qu'il écrit :
« L'accent d'intensité qui frappait l'initiale... a dû entrer en lutte de bonne heure avec le principe quantitatif que le latin tenait de l'indo-européen; intensité et quantité se sont opposées pendant un certain temps, et il reste encore en latin de nombreuses traces de cette concurrence; c'est l'intensité qui a été vaincue, et, au début de la période suivante, qui commence avec les premières œuvres littéraires [if siècle av. J. C], il semble que l'initiale n'ait plus conservé qu'un souvenir de la prépondérance dont elle jouissait depuis plusieurs siècles ». (i).
M. Vendryes développe longuement cette thèse dans un chapitre spécial sur les « Limites de l'intensité initiale », p. 53-98, et l'appuie sur des faits linguistiques et philologiques qui lui donnent une grande probabilité. Aussi, sans vouloir trancher cette difficile question, sommes-nous inclinés à suivre cet auteur, et à faire commencer avec lui la 2^ période historique de l'accent latin, au ip siècle avant J. C.
B. Accent mélodique.
108. — Tout le monde s'accorde pour affirmer que dans cette première période le latin possédait aussi le ^ou; mais on discute sur la place de cet accent aigu (3).
Dès le début de la première période, « le latin, dit M. Vendryes (3), devait posséder encore le to7i que le préitalique avait hérité de l'indo-européen, puisqu'on le retrouve à la période suivante, attesté par les grammairiens;... mais on n'a aucune trace tangible de son existence. On ne peut par conséquent savoir quelle en était la place ; était-il déjà restreint à la pénultième et à l'antépénultième [loi des trois syllabes], ou jouissait-il de la liberté qu'il a en sanscrit védique? Ces questions doivent demeurer sans réponse » .
(i) 0J>. cit.., p. 100.
(2) « L'intensité initiale n'exclut pas un accent de hauteur, de même nature que l'accent grec antique et que l'accent probable de la langue-mère 1>. Lejay. Rev. crit. 1897. t. 43, p. 291. ss.
(3) Op. cit., p. 99.
no TROISIEME PARTIE. — CHAPITRE III.
Cependant M. Havet, dans le texte cité plus haut, ne semble pas absolument de cet avis, puisqu'il dit que dans le mot latin « la place de la note aiguë indiquait assez exactement où le mot allait finir » ; c'est donc que la « loi des trois syllabes » de la 2«^ période s'exerçait déjà en latin, ou qu'au moins il existait, comme l'admettent généralement les auteurs, une accentuation archaïque, qui affectait aussi les dernières syllabes, mais en remontant jusqu'à la quatrième.
109. — La découverte de cette accentuation archaïque est due à M. L. Benloew, qui l'a exposée en 1847 dans son ouvrage : De V acce)itiiatio7i dans les langues indo-européennes, p. 173 (i). Quelques années après, en 1855, MM. Weil et Benloew en ont développé la théorie. La voici en résumé :
Avant la fixation des lois définitives de l'accent latin à l'époque classique, cet accent pouvait s'appuyer :
a) S2ir la dernière syllabe (2) :
le mot swn vient de l'ancien oxyton esûm,
— dens — — edéns, (éol. cowv; att. owj^ — • nos — — enôs,
— clam — — calâm.
Cependant, les mots oxytons sont rares dans le latin archaïque ; même, Baudrs- dans sa Gramm., p. 19, ne les admet pas, et Edon les passe sous silence.
/') sur la pénultième brève; cette accentuation est également douteuse (3).
c) sur rantcpémdtième, malgré la lo7igueur de la pénultième; il y a, sur ce point, beaucoup plus de certitude, et la forme pégero, côgnitus, ne s'explique que par l'ancienne //^yV/r^, côgnotus (4).
(t) ^ Corssen attribue la première idée de l'accentuation latine archaïque à un article inséré par Dietrich au i'"^ volume du Journal Kuhn. Je crois que M. Benloew en peut réclamer la priorité. L'article de M. Dietrich est de 1852, et M. Benloew avait déjà posé les bases de cette théorie en 1847, dans sa thèse sur Vaccenfuafwn dajis les langues indo-européennes, p. i']'^ ». Note de M. F. Baudry dans sa Gramni. comparée.., p. 19.
(2) Cf. Weil et Benloew, op. cit., p. 130, et Sal. Reinach, Gj-amm,^. 265.
(3) Cf. Weil et Benloew, op. cit., p. 127.
(4) Cf. Sal. Reinach, p. 265, Weil et Benloew, p. 120-126, Edon, p. 29c, Baudry, p. 17 et ss. .
LE MOT LATIN. — HISTOIRE DE L'ACCENTUATION. lU
d) et même sur la quatrième syllabe avant la fin (i); ainsi,, pilblicus viendrait de pôpulicus vicies — vicenties
sdmniuni — sàbinimn
bdlneum — bdlineuni
nûcleiis — nûculeus
etc..
Nous mentionnons simplement cette accentuation pour montrer la filière qui rattache l'accentuation du latin classique de la 2*^ période à tout ce qui Ta précédé.
110. — La connaissance de ce double accent, intensité initiale et ton pénultième, qui caractérise cette première période, nous permet d'en déterminer approximativement la fin.
Uaccent initial intensif étant le trait distinctif qui donne à cette période sa physionomie vraiment spéciale, il faudra dire avec M. Havet qu'elle se prolonge jusqu'au ii' ou au 111^ siècle de notre ère, ou avec M. Vendryes qu'elle se termine vers le 11^ siècle avant notre ère, époque oii, selon lui, cette intensité est tombée. Nous avons dit que nous adoptions plus volontiers l'opinion de M. Vendryes.
Quant au ton qui appartient à cette période, il se retrouve à la 2"= et même à la 3"-' période, dont nous avons à parler.
§ 2. — Deuxième période, classique.
111. — «Elle commence au ir siècle avant J. C. environ, et se poursuit jusqu'au iv« siècle de l'ère chrétienne, c'est-à-dire qu'elle embrasse toute la production littéraire de Rome. Pendant six siècles, la langue latine littéraire apparaît comme une langue essentiellement quantitative, à laquelle les témoignages des grammairiens les plus autorisés attribue en outre un ton réglé par la quantité » (2).
A. Nature de l'accent.
112. — En réalité, il y a une controverse sur la nature de l'accent pendant cette période. L. Laurand l'a parfaitement résumée dans son Manuel des Études grecques et latines. Nous le citerons :
(0 Cf. Baudry, p. 18-19; Weil et Benloew, p. 127. (2) Vendryes, Recherches.., p. 100.
« La nature de l'accent à l'époque classique est [assez] difficile à définir, les témoignages qui la concernent étant très peu sûrs.
» La plupart des linguistes pensent que la syllabe accentuée était prononcée avec plus d'intensité, prononcée ////j- /<?;-/. C'est ce qu'on appelle Vacee7it intensif.
» Cette opinion est admise, entre autres, par Lindsay et Skutsch, qui ont étudié d'une manière approfondie les effets de l'accent dans Plante; par Brugmann, qui a composé la plus importante grammaire comparée des langues indo-européennes; par Seelmann qui a écrit l'ouvrage le plus complet sur la prononciation latine; par Buck, à qui l'on doit le traité le plus au courant sur les dialectes italiques. On dit parfois que cette opinion n'est pas admise en France. Elle a pourtant été adoptée par plusieurs auteurs, qui se sont formé une conviction indépendamment les uns des autres (en se fondant sur des arguments différents et parfois sans connaître leurs devanciers). On peut citer en particulier H. Goelzer, A. Macé, Cliquennois, Vernier.
» Cependant quelques linguistes éminents soutiennent encore qu'il n'y avait pas différence d'intensité, mais seulement de hauteur : la syllabe accentuée aurait été prononcée sur une note plus élevée, sans aucune différence dans la force d'articulation. C'est ce qu'on appelle l'aecent musical, ou quelquefois le ton.
■» Cette opinion a d'abord été enseignée en Allemagne, en particulier par Corssen {Aussprache, 2*^ éd. ii., p. 797); introduite en France avec l'enseignement de la grammaire comparée, elle y compte encore des partisans qui la défendent a^'ec une grande vivacité. Parmi les linguistes qui l'ont soutenue on peut citer : L. Havet, V. Henry, A. Meillet, J. Vendryes. M. Niedermann. [On pourrait ajouter : Lejay, Edon, AVeil et Benloew, Westaway].
)' Quelques auteurs concilient les deux opinions : R. Waltz admet que l'accent, à l'époque classique, " était essentiellement un accent de hauteur " {Prononciation, p. 23), mais il ajoute, p. 24 : " Il est bien probable qu'il y avait, dès l'époque classique, dans l'accent latin, deux éléments combinés, lun de hauteur, l'autre d'intensité".
» A une époque ancioine (jusque vers le ii*^ siècle avant J. C). il y avait un accent intensif sur la première syllabe des mots.
C'est ce que les partisans de l'accent musical appellent V v^inîensité initiale », pour eux différente de l'accent proprement dit.
» Pour les partisans de l'accent intensif, il n'y a qu'une espèce d'accent; il va eu seulement changement de place : l'accent principal était d'abord sur la première syllabe, avec un accent secondaire sur la pénultième ou l'antépénultième; plus tard, l'accent de la pénultième ou de l'antépénultième devint principal; l'accent de l'initiale devint secondaire : életnéntiim est devenu éleméntuni ; témpestdtibus est de^'enu témpestéitilms » (i).
a) Acuité.
113. — Sans entrer dans le vif ' de ces discussions, nous essa^^rons plus loin de prouver que l'accent latin, au début de la 2e période, était pjircinait musical, mais que, peu à peu, vers le milieu de cette même période, il est devenu intensif, tout en conservant son acuité primitive ; c'est V union de ces deux qualités, acuité et intensité, qui, d'après nous, caractérisera la troisième période. Pour ce motif, c'est en traitant de la 3^ période que nous nous proposons d'étudier à fond la question de l'acuité de l'accent.
114. — En effet, de nouveaux et solides arguments, tirés de l'étude de la notation neumatique et des mélodies grégoriennes elles-mêmes, peuvent aujourd'hui être apportés en faveur de l'acuité de l'accent. Si les philologues modernes consentaient à regarder d'un peu plus près cette musique, ils y trouveraient des arguments et une solution de nature à les mettre tous d'accord.
Ce qu'ils ont fait pour la musique grecque, ils auraient dû le faire pour la musique liturgique. Ils se sont .servis des rares mélodies grecques échappées au naufrage des temps pour constater l'acuité de l'accent grec (2). 11 n'y a qu'à étudier les pièces grégoriennes pour y trouver également la preuve de lacuité de l'accent latin.
(i) L. Laurand, Manuel des Etudes grecques et latines, fasc. M, Gratiuiiaire latine historique, pp. 627-628.
(2) Cf. Sal. Reinach; Vendryes dans son Traité d'accentuation grecque; Saglio, dans son Diction/taire.
Jusqu'ici ils ont négligé cette source abondante et précieuse de renseignements; ils ont une excuse, à la vérité : l'état déplorable des mélodies grégoriennes et ambrosiennes jusqu'à la fin du xix<2 siècle. Mais aujourd'hui que la restauration de ce trésor musical latin est un fait accompli, ce serait une gra\e négligence de ne pas y puiser les témoignages les plus vivants, les plus authentiques, les plus certains, sur la nature, la valeur, Vacuité de l'accent latin.
115. — Nous reviendrons sur cette question. Il suffira, pour le moment, d'indiquer les arguments que nous invoquerons en faveur de Vacuité de l'accent dans la 2^ et la 3^ périodes :
1° cette acuité est un héritage des âges précédents ;
2° elle est affirmée par le témoignage de tous les grammairiens latins, avant et après J. C. ;
3° affirmée encore par la notation musicale neumatique, qui doit son origine aux accents;
4^ affirmée enfin par la forme même des mélodies grégoriennes elles-mêmes qui, très souvent, conservent aux accents toniques leur acuité en leur attribuant des notes élevées, et cela jusque dans les compositions des x^ et xr siècles.
b) Durée.
lit). — ^Le développement de cette argumentation nous amènera en même temps à constater que l'accent latin est non seulement aigu, mais également, bj-ef.
c) Intensité.
117. — Quant à V intensité, qui lui sera décidément adjointe dans la :3*' période, elle ne peut être, croyons-nous, prouvée ni par la notation, ni par les mélodies elles-mêmes, ni par les signes rythmiques. Elle devra l'être par des arguments d'une autre sorte :
a) témoignage des grammairiens postclassiques (i);
b) » des langues romanes (2).
(i) Cf. Thurot, Mêinoires de l'Académie. (2) VendryeSj op. cit., pp. 14-15.
B. Place de l'accent.
118. — La caractéristique de cette 2^ période est donc la persistance d'un accent mélodique, d'un ton; ce ton se place, comme dans la l^e période, sur la pénultième ou l'antépénultième des mots latins. Il ne remonte plus au delà, et l'accentuation archaïque est tombée. L'intensité initiale l'est également, ou, du moins, elle est en train de disparaître, si l'on en croit M. Havet. Ceci est d'ailleurs, pour nous, d'importance secondaire. Ce qui est essentiel pour nos recherches, c'est V existence iTiin accent mélodique, qui, du reste, va se retrouver dans la 3"^ période.
119. — A quelle époque se termine cette 2^ période? Au moment oii V intensité s'unit à Vacuité dans l'émission de l'accent latin.
Il est difficile de préciser ce moment. M. Vendryes, p. 103, fixe le début de la 3*" période en 393, année où, d'après lui, parut le poème de Commodien, le premier qui soit basé sur l'accent intensif. Ce serait donc vers la fin du ix" siècle qu'il faudrait placer la fin de la 2*^ période.
Sans repousser cette opinion, nous inclinerions volontiers vers une date un peu antérieure. Lorsque nous rechercherons tout au long la nature de l'accent latin dans les premiers siècles de l'ère chrétienne, nous trouverons des traces de l'accent intensif bien avant la fin du iv^ siècle. En effet, dit M. Havet, « l'accent, jusqu'au temps des premiers empereurs, était de nature purement mélodique... Mais, dès le iif siècle, la syllabe aiguë était devenue une syllabe forte; accentuer une syllabe, ce n'était plus en hausser le ton (??) (i), c'était la prononcer plus fort. L'accent, d'ailleurs, n'avait pas changé de place ».
§ 3. ~ Troisième période, ecclésiastique.
120. — Cette période commence donc au moment où Y intensité se joint à Vacuité à.^ l'accent latin de la pénultième. Les premières traces de cette alliance apparaissent ^'ers la fin du ir siècle
(i) Métrique, p. 231. Ici, M. Havet, comme la plupart des modernes, fait une erreur. Il est très vrai que l'accent aigu est devenu fort à l'époque postclassique, mais il n'a pas cessé pour autant d'être mélodique. Nous le prouverons au chapitre suivant.
après J. C, surtout dans la langue vulgaire; mais l'intensité ne s'empare nettement du ton latin que vers la fin du iv^ siècle; au v% la conquête est achevée. L'accent latin conserve intact le caractère mélodique qu'il avait déjà dans la Y période ; en fait, en théorie et en droit, il est toujours l'accent aigu, aaitus ; mais peu à peu l'intensité l'a transformé, il est devenu/^;/ (i).
121. — Ce n'est pas tout. Dans la période précédente, le ton dépendait de la quantité. Désormais, l'accent intensif a^'ant atteint son plein épanouissement, il n'en va plus ainsi. En effet, nous le savons déjà, cet accent mélodique et intensif exerce sur la langue une très grande influence. Sous son règne, les syllabes s'égalisent; les mots, très différents de quantité, se rangent sous une même formule qui a pour base la foycc et la faiblesse des syllabes (2); ces syllabes, prises en soi, valent chacune un temps; il n'y a plus de longues (3), plus de place pour les accents circonflexes ou anti-circonflexes; en un mot, toutes les syllabes sont égales. Et l'ancienne syllabe pénultième brève, qui fixait en latin la place de l'accent, devient la plus/^r/M-, la plus grêle des S3^11abes, ce qui permet à l'accent de conser\ er sa place des temps classiques.
(l) <L C'est à M. Roudet que revient le grand mérite d'avoir élucidé complètement les rapports physiologiques de l'intensité et de la hauteur. Le résultat principal de ses expériences, c'est o^on a le droit^ en parlant dhm des deux accents^ défaire abstraction de l'aictre. En effet, malgré le lien physiologique qui les unit, l'intensité et la hauteur sont produites d'une façon distincte. Si l'augmentation de la pression dans la trachée, nécessaire pour l'intensité, détermine fatalement une tension des cordes vocales, l'augmentation de hauteur ainsi produite peut être compensée par une diminution de tension des muscles du thorax. On conçoit par suite qu'une langue possède l'intensité sans hauteur ou réciproquement... On conçoit donc que dans certaines langues Vintcnsite' et la hauteur se produisent ensemble, Gt qvLÇ: dsins d'autres la hauteur se transforme en intensité*. Vendryes, Op. cit., p. ii.
Cette thèse, dont les premiers résultats sont, dit M. Vendryes, ^ d'une miportance capitale », a été exposée par M. Roudet dans deux articles de La Parole, i, 321 ; il, 201. Bien que trop succincte, l'analyse de ces deux articles rapportée ici montre bien que les deux accents — ton et force — sont tout à fait indépendants l'un de l'autre ; qu'ils peuvent, selon les langues, se réunir ou se séparer. C'est notre théorie.
(2) Cf. ci-dessus, chap. I, pp. 48 et suiv.
(3) « Dans le langage populaire..., l'accent devient tellement prépondérant qu'il fait disparaître la quantité. Dans quelques poèmes... en particulier ceux de Commodien, il n'y a plus de syllabes longues, mais seulement des syllabes accentuées, comme en allemand moderne ». Reinach. Gramtn. Accentuation de la décadence, p. 265-266.
LE ^lOT LATIN. — HISTOIRE DE L'ACCENTUATION. 11/
122. — Or cet accent musical, bref, fort, avec des nuances pour chacun de ces trois ordres, est justement celui des mots que te chant grégorien doit orner, amplifier, développer.
C'est cet accent qu'il importe d'étudier avec soin, car c'est pendant le cours de cette 3^ période que furent composées presque toutes les mélodies grégoriennes. Et le latin ecclésiastique, employé encore dans le monde entier, suit toujours les mêmes lois.
128. — Les philologues signalent encore à ce moment outre l'accent principal, l'existence à! accents secondaires, intensifs, qui « frappent les syllabes de 2 en 2 en montant et en descendant à partir de l'accent principal (i) ».
124. — Un dernier caractère du latin de la décadence, également signalé par les philologues, c'est l'existence d'un contre-accent au commencement de chaque mot (2).
.§ 4. — Quatrième période, romane.
123. — Enfin l'accent latin aigu, bref tt fort, de la 3*= période, devient lorig au moment de la formation des langues romanes. 1.3. force et la longueur de l'accent latin dans la prononciation furent même une des causes principales de la transformation et de la destruction de la langue latine, en tant que langue parlée et vulgaire. En' réalité, l'accent latin long — et long ne signifie pas double — nest plus le vrai accent latin, mais un accent roman. Nous n'avons pas à nous en occuper.
126. — Après cette vue sommaire des périodes historiques de l'accent latin, auxquelles il ne convient pas d'assigner des limites trop précises parce qu'elles se compénètrent, il faut revenir aux périodes qui concernent spécialement notre travail, la 2"" et surtout la 3^ C'est d'elles seules qu'il sera question maintenant.
(i) V. Henry, Précis, p. loi.
(2) Cf. V. Henry, ibid., p. loi ; et surtout Vendryes, Recherches.., pp. 15 et ss.