ARTICLE 1. DIFFÉRENTES SORTES D'ACCENTS MÉLODIQUES
128. — Il faut commencer par bien établir la nature personnelle de V accent tonique, en le distinguant des autres accents, mélodiques aussi, en usage dans la langue latine, ou du moins énumérés par les sframmairiens.
129. — Les auteurs anciens donnaient le nom générique d\zcccnt aux divers signes graphiques indiquant non seulement les inflexions de la voix dans le discours, mais encore la durée des syllabes, et même aux autres signes comme V apostropha, le trait d'union ou hyphcn, etc. — On trouvera au tome i de cet ouvrage, p. 133, la liste de tous ces accents.
Ici nous ne nous occupons que des accents relatifs à V intonation. Les grammairiens en comptent quatre, ou même cinq ;
l'accent tonique ou aigit (/), accentus acutits, le ton des modernes ;
V^cc^nt grave (v), gravis, bas, grave; l'accent circonflexe {^),flexa, fléchi; l'accent anti-circonflexe (v) ; l'accent moyen.
Seuls, les trois premiers ont une existence certaine.
130. — Accent aigu. — « L'accentuation, en latin comme en grec, était une sorte de chant qui animait la prononciation des mots. Il y avait toujours dans chaque mot une syllabe qui recevait une intonation plus aiguë que les autres, ou autrement dit, qui se prononçait sur un ton plus haut que les autres... Cette intonation aiguë donnée à l'une des syllabes est ce qu'on appelle l'accent tonique » (i).
C'est V accent proprement dit. Comme nous le connaissons déjà, et qu'il en sera longuement traité dans les pages suivantes, il suffit de le mentionner ici.
131. — Accent grave. — « Les syllabes qui n'ont pas l'accent tonique, et que, pour cette raison, l'on appelle souvent syllabes atones ou inaccentuées, ont cependant, par le fait même qu'elles se prononcent, une sorte d'accent relatif qu'on nomme accent grave. Considérons, par exemple, le mot nieritôrius : la voix est basse, grave sur me, ri; elle s'élève, elle devient aiguë sur tô, qui a l'accent tonique; puis redevient grave sur ri, us. Le mot nieritôrius a donc quatre syllabes graves contre une syllabe aiguë, et par conséquent quatre accents graves : mèrïtorihs » .
(1) Edon, Ecriture et Prononciation du latin, p. 271.
Ce qui, sur une portée musicale, peut être ainsi figuré
-HH-
OU
mè-rî-tô-rî- ùs mè-rî-tô-rî- ùs
« Mais comme toute syllabe qui n'a pas l'accent tonique a, par cela même, l'accent grave, l'usage est d'omettre comme inutile l'indication des accents graves, et de marquer seulement l'accent tonique : meritôrins » (i).
132. — Accent ciyconfiexc. Accent auti -circonflexe. — Ces accents ne se placent que sur une voyelle longue ; ils ne peuvent donc exister que dans la première ou la seconde période ci-dessus décrites, oiJ la langue latine était soumise à la quantité; dans la troisième période, toutes les syllabes étant égales, d'un temps, ils n'ont plus d'emploi.
L'usage et même l'existence de ces deux accents, surtout de V anti-circonflexe, ont donné lieu à de nombreuses discussions dont l'exposition abrégée trouvera sa place ci-dessous, lorsqu'il sera question de la brièveté de l'accent tonique; car rien ne prou\c mieux cette brièveté que l'emploi de l'accent circonflexe qui, appuyé sur une longue ou sur deux temps, attribue l'aigu à l'un seulement de ces deux temps.
133. ■ — Accent moyen. — Encore moins entrerons-nous en discussion au sujet de l'accent moyen que mentionnent certains
(i) Edon, p. 272. L'accent grave, dit M. Vendryes, Traité d'accentuation grecque., § 35-36, « se distingue surtout de l'aigu en ce qu'il est syllabique, (juXXaof/.oc), c'est-à-dire qu'il frappe toutes les syllabes qui ne reçoivent pas l'accent aigu, tandis que l'accent aigu est principal (/.'Joto;). . . Cela revient à dire que l'accent grave est Wibsence d'accent. Il résulte de là qu'on devrait dans chaque mot marquer de l'accent grave toutes les syllabes qui ne portent pas l'accent principal : '^-'Àô; àvOf-w-ô^ etc. C'est eu effet ce qui s'est fait d'abord, d'après le témoignage des grammairiens, confirmé curieusement en cela par la découverte des papyrus sur lesquels on lit des formes comme i-âaffîJov-ro (papyrus d'Homère), ;j.r,<7à;i£vo'. (papyrus d'Alcman), etc. Mais l'usage de noter dans l'écriture les accents graves ne s'est pas maintenu, parce que l'on craignait de détériorer le papyrus >
auteurs grecs et latins (i). Cependant nous ne pouvons pas le passer sous silence (2).
L'accent moyen atteignait les notes et s^ilabes intermédiaires entre l'aigu et le grave, soit en montant, soit en descendant. Ainsi un mot comme adjutôriiini aurait pu se noter ainsi :
adjutô-ri-um
Fig. 4.
Les deux notes intermédiaires sol auraient porté l'accent moyen qui, on le voit, se rapporte uniquement à la mélodie, comme les autres accents. Il n'avait pas de signe graphique.
Le plus grand nombre des théoriciens, nous l'avons vu, regarde comme graves toutes les syllabes qui n'ont pas l'accent tonique.
134. — Ces divers accents mélodiques ont peu à peu disparu, au fur et à mesure du développement (ou de la décadence) de la langue latine. Seul, l'accent aigu a subsisté, et a même pris une importance de plus en plus grande. C'est lui qui, en se transformant, est devenu V accent tonique, au sens où nous l'entendons maintenant, aigu et surtout fort. C'est de lui seul que nous nous occuperons désormais.
(i) MM. Weil et Benloew citent entre autres ce témoignage d'Aulu-Gelle (n'^ siècle) rapportant Topinion de Nigidius Figulus, contemporain de Varron, sur l'accentuation de Vdleri, vocatif de Valcrius. «Il voulait, .dit Aulu-Gelle, qu'on prononçât la première syllabe aiguë et que, sur les deux autres, on descendît par degrés vers le grave : « Sitmvio tono est prima, deinde gradatim descendunf^. Théorie générale..., p. 14. Cf. Vendryes, Recherches..., p. 22.
(2) L'existence de \accent moyen est en effet nécessaire pour expliquer les notes de préparation des médiantes et des cadences, dans les leçons et dans la psalmodie.
On en retrouve aussi des traces dans la structure mémo des mélodies grégoriennes ; par exemple :
Dé- us Dominus
Fig. S-