ARTICLE 2. ~ L'ACCENT AIGU OU TONIQUE LATIN
§ 1. ^ Période classique.
la."). — Edon, p. 274-275, résume en quatre règles tout ce qui concerne la place de l'accent tonique à cette époque :
« 1° L'accent tonique évite la fin du mot, même dans les monosyllabes; car, s'il sont longs par nature, l'accent se met sur
leur premier temps :jus,jus=juus.
20 L'accent se place autant que possible sur le troisième temps à partir de la fin du mot :
yj Kj <^ \j / i» / — — — /
superior, supcrior; deflcbit — defleebit ; colludas — colluudas.
30 Si le troisième temps est une pénultième brève, et que le mot ait plus de trois syllabes, l'accent se porte sur le quatrième temps :
— yj Kj — , Kj —
pnrpîircos, piapurcos.
40 L'accent ne remonte jamais au delà de l'antépénultième «.
136. — Il ressort de ces règles que « la place de l'accent ne dépend pas seulement de la durée, mais encore du nombre des émissions de voix qui séparent l'aigu de la fin du mot * (i).
En d'autres termes, c'est la fin du mot qui règle la place de l'accent tonique.
. 137. — Ce procédé rétroactif était bien connu des anciens grammairiens :
« Accentus autem computantur non a prioribus syllabis, sed ab ultima, id est retrorsum, nec possunt ascendere nisi usque ad tertiam syllabam a fine ». Servius, /;/ Donat. (2).
« Jam modo videamus quo modo computantur accentus. A fine non ab initio. Ut puta, i/idocfissimus, quinque sunt; non incipis computare, utrum prior syllaba habeat accentum, id est ///, inde si doc habeat accentum, inde fis, inde si, inde mus. Non potes ita ab initio computare. sed a fine quaere... etc. >«. Pompeius (3).
(i) Weil et Benloew, p. 25. On lira avec fruit les pages 24, 25 et 26 de cet ouvrage, consacrées à la place de l'accent latin.
(2) Keil, vol. IV, fasc. 2, p. 426, 20. — SCHOELL, p. 104, LXI''.
(3) Keil, vol. v, fasc. 1, p. 127, 15. — ScHOELi,, p. 105, lxv.
Et encore, ces deux textes cités par Dom Pothier (i) :
« Nec a postrema syllaba citra tertiani » .
' Cic.
« Proxima extremae aut ab ea tertia » .
Quint.
Nous devions relever, en passant, ce procédé rétroactif, car nous le retrouverons lorsqu'il s'agira de placer les touchements ou ictus rythmiques des mots, tant il est vrai que, toujours et en tout, c'est la fm qui détermine les moyens.
§ 2. — Période postclassique ou tonique.
138. — Dans cette période, la disparition de la quantité égalise les syllabes; de plus, à l'acuité de l'accent tonique vient se joindre l'intensité.
Les règles d'accentuation sont très simples; nous les résumerons brièvement.
139. — Tout mot latin, même monosyllabe, ayant un sens distinct, possède un accent tonique (2).
140. — Tout inoiiosyllabe dans ces conditions est accentué, rex, lux. Cette règle doit être prise au sens absolu.
Cependant, les qualités de l'accent, aigu et fort, étant par elles-mêmes relatives à des syllabes graves et faibles, il en résulte que la valeur d'acuité ou d'intensité du monosyllabe ne peut être appréciée que si le monosyllabe est mis en comparaison avec les syllabes du contexte. Il arrive souvent que son accent est affaibli ou même détruit, par exemple lorsqu'un monosyllabe accentué est suivi d'un mot accentué lui-même sur la première syllabe : Réx dixit; Réx Dômimis. Deux syllabes accentuées avec la même force ne peuvent se suivre immédiatement. L'art de la diction exige que l'une des deux soit subordonnée à l'autre.
Laquelle sera sacrifiée? Tantôt la première, tantôt la seconde; le contexte littéraire ou musical (3) aidera à déterminer ce choix; souvent le goût seul du lecteur ou du chanteur en décidera.
(i) Mélodies Grégoriennes^ p. 105.
(2) Ibid., ch. VIII.
(3) « Deux accents semblables ne doivent jamais être placés immédiatement l'un après l'autre : c'est pourquoi l'on ne dit pas, Réx nôster, ic décef, nés
141. — Les mots de deux sylUdes ont toujours l'accent sur la première syllabe : Dais meus.
142. — Les mots de trois syllabes et plus sont de deux sortes par rapport à la place de l'accent. Ici l'ancienne quantité fait sentir un dernier reste d'influence.
Si la pénultième était longue dans la période quantitative, et marquée du circonflexe ou de l 'anti-circonflexe, elle porte, dans la période tonique, un simple accent aigu :
dejlebit, deflebit.
Si la pénultième était brève, toujours à l'époque classique, l'accent remonte sur la troisième syllabe à partir de la fin, sur l'antépénultième.
superior, superior ; Dominus, Dominits.
Les mots accentués sur la pénultième sont dits paroxytons ou spondées toniques : Deus, deflebit, eogitationcs.
Les mots accentués sur l'antépénultième '^QwXCèit'à proparoxytons ou daetyles toniques : Dominiis, superior, eogitationibus.
14o. — Jamais l'accent ne remonte au delà de l'antépénultième. Jamais non plus, dans la période tonique, il ne se place sur la dernière syllabe des mots; il n'y a pas à.' oxytons en latin.