ARTICLE 1. — LES CADENCES SYLLABIQUES SPONDAÏQUES
449. — Avant d'aborder l'étude détaillée des incises, il convient de régler une question d'ordre général qui se présente fréquemment, celle des cadences spondaïques ou paroxytones.
(i) Pour avoir une idée de leur complexité, on peut lire le travail détaillé, publié dans la Paléographie musicale, t. x, sur le Credo I de l'édition vaticane, travail reproduit depuis sous forme de Monographie, n" ill (Desclée, Tournai).
Faut-il, oui ou non, dans ces sortes de cadences, élargir et doubler la note d'accent?
- ou -
caé-li et térrae caé-li et térrae
Fig. J72.
La solution de cette question est très importante; car d'elle dépend le rythme du membre tout entier, s'il est syllabique. Or une étude très attentive de la mélodie et des manuscrits nous porte à suivre les règles suivantes.
450. — Parmi les indications qui déterminent l'interprétation de ces cadences, l'une des plus influentes est .sans contredit la forme mélodique qui y est adaptée : c'est sur la variété même de ces formes que nous établissons notre enseignement.
On doit en distinguer trois principales :
l^e Forme : cadences spondaïques à l'unisson ; 2^ Forme : — — descendantes ;
3^ Forme : — — montantes.
D'où trois paragraphes.
§ 1. — Premièpe forme : cadences spondaïques redondantes ou à l'unisson.
On les range en deux classes.
451. — Première classe. — Marche mélodique descendante, c'est-à-dire que la mélodie arrive aux deux dernières notes à l'unisson par une marche descendante :
de caé-lis caé-li et térrae
Fig. J73.
Il suffit, pour ranger une cadencé dans cette première classe, que la note précédant la syllabe accentuée soit, comme dans l'exemple b j, plus élevée que les deux dernières notes à l'unisson.
L INCISE
LES INCISES SYLLABIQUES
Le doublement de l'accent est toujours obligatoire à la fin des phrases, dans les cadences de ce genre; il l'est moins à la fin des membres.
452. Nous avons été amenés à cette conclusion par la considération suivante, basée sur un très grand nombre de faits :
Ces cadences ne sont, en général, que des formes musicales redondantes de cadences simples, dont la dernière note exige toujours un ictus final de repos et, par suite, un allongement notable.
Cadence simple :
Ant. Qui non côlligit.
côn-tra me Cadences spondaïques
ou redondantes :
est
Ant. Cum facis.
Ant. Tu autem.
Ant. Prophétae.
déx-
te-
ra
tû-
ô- ra
pâ-
trem
tù-
um.
-Hi^
de Vir-gi- ne Ma- ri-
Fig. 174.
etc., etc.
L'adjonction de la note finale ne modifie en rien, selon nous, la disposition première de la clausule ^/w/Zé' ; elle lui donne seulement, en la développant, un caractère plus noble ; la chute en est plus ample et plus grave; et on favorise ce résultat en doublant la note d'accent.
453. — Les mêmes faits de redondance se rencontrent dans les chants plus ornés, avec cette différence que la note finale 2 de la cadence simple est développée dans la cadence redondante au moyen d'un mélisme plus ou moins long.
Cadences simples :
■ Pi
Dé- us
nô-
ster
et o- stén- de nô- bis Cadences redondantes :
Intr. T. P.
Ka^
al-
le-
lù-
ia
Jl «... .. - —
rvi. 1
Intr. Dôminus fortitùdo.
sa- lu- ta- n- um I-^ig- 175-
C'est précisément cette note d'accent, si développée ici, que nous proposons de doubler dans les cadences syllabiques. Rien de plus logique, nous semble-t-il.
454. — Nous avons dit ci-dessus que le doublement, obligatoire aux lins de phrase, ne l'est pas toujours aux membres de phrase. Ces apparentes contradictions sont fréquentes en art, et surtout en art mélodique. Ainsi, dans les exemples suivants :
Ant. Ré-
ges
ter- rae
> Cir-
cum-
dân- tes
\ Ec-
ce
Dé- us
Fig. 176.
il est bien difficile de doubler la note d'accent; la légèreté, ia délicatesse de cette petite incise ne le permet guère. Q.% n'est
plus une vraie cadence, mais une simple intonation qui demande une suite immédiate.
On trouvera dans l'Antiphonaire, à certains membres de phrase, la note d'accent non doublée pour alléger le chant; mais on peut très bien, si l'on veut, la doubler.
455. — Deuxième classe. — Marche mélodique montaitte : une ou plusieurs notes graves précèdent les dernières notes à l'unisson :
oni-ni-po- tén-tem
Il est difficile de donner une règle qui s'applique à tous les cas :
a) en général, le doublement de l'accent n'est pas utile;
b) ordinairement il est prohibé ;
c) quelquefois il est libre ;
d) d'autres fois, plus rarement, il est nécessaire.
C'est le contexte musical et le goût qui décident de l'emploi ou du rejet du doublement ; l'étude de chaque cas en particulier est donc absolument requise. Pratiquement, on peut s'en tenir aux indications des livres rythmés.
§ II. — Deuxième forme : cadences spondaïques descendantes.
Trois classes à distinguer.
456. — Première classe. — La note d'accent 2 (nà) est plus élevée que la dernière, et à l'unisson avec la précédente j (us); VaccQntpeut être doublé :
Dé- us nô-ster Ftg. 178.