mni- a 6- pe- ra Do- mi- ni Do- mi- no
Per 6-mni- a saé- eu- la sae- eu- lo- rum. Ftg-. 2o8.
503. — Incises 1, 2, 3, 4, 5, 6. — Toutes ces incises ont chacune un mot dactyliquc privé d'ictus rytJiiniqne sur la syllabe d'accent.
Et l'on peut saisir ici, plus clairement encore que dans les précédents articles, la différence entre l'interprétation moderne de l'accent latin et l'interprétation antique.
304. — Des musiciens du xx^ siècle, fidèles à la loi de l'intensité et de la longueur, ne manqueront pas de rythmer la V^ incise de l'une ou l'autre des deux manières suivantes; on ne peut imaginer mélodies plus lourdes et plus gauches :
l'incise. — LES INCISES SYLLABIQUF.S.
Ec-ce Ma- ri- a j^é- nu- it w'-i- bis...
^; ^=i^^ jr=
Ec-ce Ma- ri- a gé- nu- it no- bis...
l'Yo-, 2og.
505, — Voici maintenant deux rythmes légitimes et presque également satisfaisants :
Ec-ce Ma- ri- a gé- nu- it nô- bis.,. Fig. 2IO.
Il n'y a rien à reprocher à ce rythme, sauf peut-être sa régularité binaire, assez peu grégorienne, qui effleure le mécanisme ; mais les accents au levé corrigent efficacement ce léger défaut.
Cependant, le suivant, d, ne serait-il pas meilleur?
Cette interprétation libre et souple allège la mélodie, diminue le nombre des touchements, élargit la marche et la rend plus variée; chaque mot, bien r3^thmé, s'envole avec la grâce et la légèreté qui conviennent à cette virginale antienne.
Notez l'accent de génuit sur le deuxième temps d'une mesure ternaire. Cette place ne lui est pas interdite; musical avant tout, l'accent latin peut, comme toute note aiguë, s'établir là où l'appelle la mélodie. Prisonnier de la mesure intensive dans la musique moderne, l'accent, dans nos cantilènes romaines, recouvre son antique liberté, sans aliéner, pour cela, l'intensité discrète que lui a léguée l'époque grégorienne.
506. — Cependant, la suppres.sion de l'ictu.s rythmique .sur l'accent d'un mot dacts'lique ne saurait avoir lieu à tout propo.s. Pour qu'elle soit dûment autorisée, il est nécessaire que la syllabe précédant immédiatement cet accent soit douée d'une attraction telle que le rythme ne s'y puisse soustraire, et soit pour ainsi dire contraint de s'y poser. Or rien de mieux que la finale d'un mot dactylique pour attirer un appui rythmique.
507. — L'exemple 4 du tableau G est très caractéristique à cet égard :
Vin- di- ca san- gui- neni
La dernière syllabe de vindica réclame impérieusement une pose thétique; appuyé sur ce tremplin syllabique. le rythme rebondit aisément, franchit sans le toiicJicr T accent de sâiiguincuK et va se reposer .sur la syllabe finale de ce mot.
508. — En définitive, le problème se réduit à ceci : quelle est la syllabe la plus longue, la plus lojirdc, la plus « attirante x. la plus tJtétiquc, la finale de vindica ou la tonique de sàng/iincni ?
Poser cette question, c'est la résoudre (i).
Remarquons d'ailleurs que l'accent de sdnguincm ne soufiVe aucunement de ne pas s'appuyer sur un ictus; il n'est pas négligé: bien au contraire, il suffit de chanter l'incise entière pour comprendre que les qualités de cet accent, son élan, sa légèreté, son acuité, ressortent d'autant mieux qu'il suit immédiatement une note grave, lourde et finale : la ligne chironomique traduit exactement cette impression.
509. — Enfin il ressort avec évidence de ce court exposé que le « subjectivisme >> n'est pour rien dans le choix de ce rythme, établi sur la nature même des choses :
a) sur la valeur rythmique des syllabes,
b) sur l'enjambement des mots.
(i) ^ Cela est certain, le temps lourd sympathise \olontiers avec la longueur k. H. Potiron, Méthode d'harmotiie^ j). 24.
l'incise. — LKS INCISES SVLLABIQUES. 347
c) sur la loi générale de rythmique naturelle : au temps le plus lourd, le plus long, l'appui rythmique.
510. — Les exemples 2, 8, ô et 6 peuvent être F objet d'obser- A^ations analogues.
Le rythme des incises 5 et 6 a été étudié dans la Paléographie Musicale t. X, p. 13.S-137; on voudra bien s'y reporter, ou encore à la Monographie du Credo 1 (i).
511. — ^ L'exemple 7 est trop intéressant pour que nous n'appelions pas l'attention sur la beauté de son r}i;hme. Il est nécessaire de le noter ici de nouveau dans le plus grand détail, avec sa chironomie ondulante, son intensité et son accentuation.
Be- ne- dî- ci- te ômni- a 6- pe- ra Dô- mi- ni Dô- mi- no.
Fig. 213.
Ce n'est qu'une psalmodie d'introït; et pourtant, si vous la chantez avec art, quelle merveille d'élégance et de légèreté! C'est le triomphe du r>thme pur. Analysez :
tous les mots — cinq — sont dactyliques ;
tous les accents toniques sont privés d'ictus, sauf le premier;
toutes les syllabes finales des mots sont caressées par les délicats touchements du rythme; or, rien de plus favorable à son envolée.
Aussi, la récitation psalmodique, libre d'entraves, déploie ses ailes, s'élance, plane, ondule gracieusement en même temps que, d'accent en accent, croît doucement son intensité : car ce sont bien les accents, et leurs reflets variables au sommet des rvthmes, qui l'enlèvent, la colorent, la vivifient et finalement déterminent la beauté de cette phrase d'une finesse tout attique.
Point n'est besoin de les frapper, les accents, pour les mettre en lumière; bien au contraire : d'en- haut, ils rayonnent, ils miroitent sur l'ensemble de la phrase. Frappez-les : tout son charme s'éva-
(1) Monographies gri'goricnncs^ \\° m.
nouit, elle se matérialise, s'alourdit et rampe. La voici, sous ce pesant travestissement :
Be- ne- di- ci- te ômni- a 6- pe- ra Dô- mi- ni D6- mi- no.
Fig. 214.
Quelle lourdeur: plus de phrase, plus d'unité; des mots isolés, juxtaposés : l'intensité est maîtresse absolue, elle ordonne tout, aussi rien de plus matériel que ce rythme.
L'intensité la mieux conduite, la chironomie la plus habile ne parviendront jamais à corriger le vice foncier de ce rythme : tous les accents au frappé, et toutes les finales au levé! Tous les mots sont à contre-rythme.
512. — Mêmes remarques à propos de l'exemple 8. Ici encore la grande règle qui nous invite à rytJnncr les mots trou\e son application toute naturelle. Voici le vrai rythme de cette petite phrase :
Par ô-mni- a saé- eu- la sae- eu- 16- rum.
Pourquoi ne pas rythmer :
saé- eu- la sae- eu- 16- rum. Fig. 216.
Evidennnent, il n'y aurait pas de faute grave dans cette disposition; mais les mots ne sont pas rythmes, ils sont isolés, juxtaposés ; la marche est lourde, matérielle ; ce n'est plus du « rythme >■ , c'est de la mesure.
La forme mélodique nous invite elle-même au rythme a : cet enroulement de la mélodie autour de la corde récitative lo rappelle ce que nous venons de dire à propos du Benedicite àmnio âpcra Dômiiii Demi) 10.
l'incise. — LES INCISES SVLLABIQUES. 349