Sérit' H. — Huit sy/labes, cadences spondaïqnes
Ces deux petites intonations, n°^ 26 et 27, paraissent d'abord déconcertantes; mais bien étudiées et bien comprises, elles deviennent très instructives, et, de même que celles qui suivent, elles nous ouvrent de larges horizons sur l'extrême flexibilité du nombre grégorien, sur sa docilité excessive à se prêter aux moindres influences du texte. Elles nous apprennent en outre que, malgré toutes nos recherches et nos comparaisons, nous sommes encore bien loin d'avoir pénétré toutes les secrètes délicatesses de la composition antique, et que la prudence, la sagacité, la persévérance nous seront nécessaires pour atteindre et comprendre le fond de cet art musical qui, par sa subtilité et sa fluidité, échappe à l'analyse, au moment même où l'on croit en avoir saisi les lois.
539. — Non pas que les règles exposées jusqu'ici soient renversées par ces intonations en apparence capricieuses; elles sont seulement dépassées; elles ne suffisent pas pour toutes les combinaisons verbales; les moindres incidents du texte invitent la mélodie à sortir du cadre de l'intonation typique, ce qu'elle fait, comme en se jouant, de cent manières.
On pourrait croire, en effet, d'après tout ce qui précède, à la stabilité, mélodique et rythmique, inviolable de cette formule d'intonation. Il n'en est rien : les séries H et I en sont la preuve.
540. — Pourquoi les huit syllabes de la série H ne s'appliquentelles pas simplement au tN'pe normal ? Rien n'était plus facile, ce semble :
Type normal Série G
Simple adaptation Ç /^ /\ ( %\ — *
possible (!> * W * ^^
Prae ti- mô-
Lâ- pi- des
re au- tem tor- rén- tes
é- jus U- U
Fig. 248.
Une note de récitation en plus au début, et tous les mots s'ajustent exactement au type, accent par accent. Dans les séries précédentes, les compositeurs ont ajouté librement jusqu'à trois notes de récitation ; pourquoi pas quatre? Sans doute que leur goût ne leur permettait pas ce procédé ici; nous disons ici, car ailleurs ils ne se font pas faute de ces sortes d'adjonctions, de prosthèses.
On se gardera bien de blâmer les compositeurs ; ce qu'ils ont trouvé pour tourner cette difficulté verbale est mieux réussi que la simple adaptation proposée ci-dessus.
541. — A la vérité, la version authentique des manuscrits les meilleurs et les plus nombreux de tous les pays n'est pas celle de l'édition vaticane, il est regrettable que ses rédacteurs ne l'aient pas suivie. La voici, mise en regard du type normal et de la version vaticane :
Type normal
Version des manuscrits
[5-4] bis
Vi- dén- tes stél- lam Ma- gi
La- pi- des tor- rén- tes il- li
Groupes épenthétiques
Version Z'aticafie
Là- pi- des tor- rén- tes il- li
Fig. 2J.Q.
Entre la version des manuscrits et celle de l'édition vaticane, une seule note de différence! une simple note liquescente ! Mais une seule note, en plus ou en moins, suffit souvent pour altérer l'ordonnance harmonieuse d'une cantilène'; et c'est le cas ici.
542. — 11 est facile de s'en convaincre par l'étude des signes neumatiques et rythmiques. Hartker surmonte d'un trait de Ion-
gueur la clivis liquescente de tor rentes. Cette indication prouve
L'INCISE
LES IN'CISES SYLLABIQUES
qu'un appui rythmique, et même discrètement prolongé, doit reposer sur la première note de ce groupe. L'allure binaire de l'incise entière se dessine aussitôt; et c'est précisément l'allure du type normal dans toutes les séries déjà analysées :
i,:Tif^'.'Q^^^
Là- pi- des tor- rén- tes il- li
Pratiquement la mélodie s'élance vivement sur les quatre premières syllabes, enlève également, dans une large arsis, l'accent de ton-éntes, redescend ensuite dans une courbe gracieuse pour reprendre note à note le type normal, et, dans un sbirgendo bien marqué, atteint enfin le sommet de l'incise.
543. — Cette interprétation certaine est altérée, dans l'édition vaticane, par la chute de la note liquescente. L'accent du mot torréntes ne reçoit qu'une seule note; ainsi est rompue l'allure binaire de toutes ces incises :
Là- pi- des tor- rén- tes il- li Fig. 2^r Nous aurions dû, dans nos éditions rythmiques, ajouter un point :
La- pi- des tor- rén- tes il- li F'g- 252-
la faute eût été ainsj corrigée,: au moins rythmiquement, et la version rendue un peu plus conforme aux manuscrits, i ,;
544. — Toute cette analyse fait comprendre comment la simple adaptation au type normal n'a pas même, probablement, été envisagée par les compositeurs :
La- pi- des tor- rén- tes il- li
Cette phrase manque d'élan, elle se traîne languissamment sur les quatre notes à l'unisson; c'est sans doute ce qui explique l'abandon partiel du type primitif et sa correction intelligente et artistique.
545. — Série I. — On trouvera, groupés dans cette dernière série, dôs textes mélodiques qui ne sont que des variations du type étudié dans les exemples ci-dessus. Quelques mots de présentation suffiront.
Le premier, n'^ 28, Qui persequebàntiir jûstuvi, est à rapprocher des deux textes précédents ; tous ont huit syllabes et se correspondent accent par accent :