‹ Le nombre musical grégorienChapitre 424 sur 534 · Hucbald dit à son tour · texte numérisé non relu

Hucbald dit à son tour

« Ego suni vix, — veritas et viTA, — alléluia, alleluih. Solae m tribus membris ultimae longae, reliquae brèves- sunt ». Chaque division ou membre est signalé par la longueur de la dernière syllabe ; toutes les autres syllabes sont brèves.

852. — Remarquons le silence d'Hucbald sur le léger retard (ténor quantuluscumque) qui, d'après Guy d'Arezzo, doit distinguer les syllabes musicales, ou mots. Ce ténor qua^ituluscumque est si peu sensible qu'Hucbald « n'en parle pas » (4).

853. — Il a raison, car ce retard, cette mora ultimae vocis entre les mots intimement unis par le sens, souvent n'existe pas. On a vu, au ch. VII, p. 301 et suiv., que les syllabes finales de mots

(i) Micrologus, éd. Amelli, p. 35.

(2) Nous n'entrons pas ici dans la discussion de cette expression « mora vocis ». Que « vo.t » signifie « voix » ou « mot », le retard de la voix doit porter, selon les cas, tantôt sur la dernière syllabe du mot, tantôt sur le mot tout entier.

(3) D'après le commentaire d'Aribon.

(4) « Dans cette antienne (Ego sum via), l'auteur compte trois membres distincts ; il ne considère comme longue que la syllabe qui termine chacun de ces membres; les autres sont des syllabes brèves. Solae in tribus membris ultimae longae, reliquae brèves. Pourquoi ces syllabes ou ces notes finales sontelles longues, si ce n'est pour distinguer par une pause les différents membres? C'est bien là, ce semble, la tenue qui selon Guy d'Arezzo doit se faire sur la dernière note des divisions qui partagent la mélodie : ténor, id est mora ultimae vocis. Après une simple syllabe musicale, cette tenue est très peu sensible, ténor in syllaba quantuluscumque, c'est pourquoi notre auteur n'en parle pas ; il n'appelle longue que la syllabe finale de chaque membre : in tribus membris ultimae longae, reliquae brèves. Ce sont ces longues finales qui, en marquant la division des membres, donnent du nombre au chant : sic itaque numerose est caneie longis brevibusque sonis ratas mort{las metiri ». DOM J. POTHIER. Mélodies Grégoriennes, p. 145.

privées d'ictus ou de touchement rythmique n'ont pas la moindre apparence de morae vocis. Ainsi dans l'exemple cité :

Sân-cta Dé- i Gé- ni- trix

la seule syllabe ou note longue est la dernière.

854. — Lorsque les mots sont rythmés, c'est-à-dire, ont un touchement sur leur dernière syllabe, le cas est un peu différent : il y aurait facilement tendance à l'allongement. Nous pensons que le quantuluscumquc peut s'entendre alors de ce sentiment de lourdeur, d'arrivée, d'appui fugitif, qui, sans exiger un allongement, indique, comme toute thésis, l'endroit où devrait se placer le repos, la note longue, si l'on devait suspendre la mélodie.

Il y a pourtant des cas où, même alors, l'entraînement mélodique ne permet pas d'arrêt, comme dans cet exemple :

Ant. S^ Iste sanctus.

Scit e- nim Pâ- ter vé- ster cae- lé- stis Fig- 503-

il est impossible de s'attarder sur la note de thésis affectant la syllabe finale de chaque mot, sauf sur la dernière. Pratiquement, le cas est le même que dans l'exemple Sancta Dei Génitrix, et mieux vaut ne pas parler, à l'exemple d'Hucbald, d'une mora vocis qui n'est pas perceptible.

Si nous rythmons son antienne, plusieurs mots, à l'intérieur des membres, ont leur touchement rythmique régulier sur la dernière syllabe, là même où Hucbald ne signale aucune mora vocis. Nous marquons ces passages d'un astérisque :

E-go sum vi- a, vc- ri- tas et vi- ta, al-le- lu- ia, al-le-lû- ia.

Fig. S04.

La mora vocis ne devient réellement perceptible, et ne peut être traduite dans l'écriture, qu'à la fin des incises, des membres de phrase et des phrases. A la fin des mots, elle est si légère, comme valeur de temps, qu'il faut la négliger dans l'écriture et dans l'exécution.

855. — Il n'y a donc, en réalité, que deux sortes de morae vocis : la mora vocis, à la fin des incises et des membres de phrase ; la mora vocis à la fin des phrases.

B) Valeur ou durée des pauses.

856. — Quelle est la valeur quantitative, la durée, qu'il convient de donner à chaque mora vocisi

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