‹ Le nombre musical grégorienChapitre 426 sur 534 · Que faut-il penser de ces règles · texte numérisé non relu

Que faut-il penser de ces règles

A coup sûr, ces deux règles sont excellentes; mais dès qu'il s'agit de les appliquer au chant choral, elles ont un grave défaut : elles sont vagues, flottantes, et donnent lieu à diverses interprétations. Ni les auteurs, ni la notation, ne nous donnent des renseignements plus précis; et nous n'exceptons pas de ce jugement 'même les notations rythmiques, dont les indications précieuses laissent place encore à de larges indécisions.

860. — II n'}^ a pas à s'en étonner; ce vague provient de la nature même du nombre grégorien, de ses analogies avec le nombre oratoire. Et, soit dit en passant, cette absence de tout signe graphique pour les morae et les silences dans la notation purement neumatique n'est pas un détail de mince importance, quand il s'agit de déterminer la nature du rythme des mélodies romaines. Elle entraine avec elle une liberté d'interprétation qui permet de l'assimiler sûrement, sur ce point, au nombre oratoire, et suffit à détruire par la base, et en quelque sorte a priori, tous les systèmes imaginés par les mensuralistes.

En effet, tout est mesuré dans une musique mesurée : les pauses, les silences, comme les notes exprimées ; car tous ces éléments comptent dans la mesure. A la disposition d'une telle musique se présentent toutes sortes de signes pour figurer les notes, les {)auses, les silences avec toutes leurs variétés. La musique grecque avait ses signes de pauses et de silences, la musique mensuraliste du Moyen- Age avait les siens; on connaît ceux de la musique moderne.

Mais où sont donc ceux de la musique grégorienne prétendue mesurée? Il faut les imaginer de toutes pièces : les théoriciens n'y font aucune allusion, la notation n'en offre pas la moindre trace (i). Comment l'art grégorien pourrait-il être mesuré, au sens moderne ?

Contre cette simple remarque viendront toujours se briser les systèmes mensuralistes.

(i) Il y a bien, ça et là, dans les manuscrits, quelques indications : les signes et les lettres des manuscrits rythmiques, la croix du codex 6oi de Lucques, etc. Mais ces indications sont vagues et ne précisent aucunement la durée de la pause.

Pour nous, au contraire, cette absence totale des signes précis de durée pour les pauses et les silences ne nous embarrasse pas plus que l'absence totale des signes de durée pour les notes exprimées; elle confirme ce que nous savons du rythme grégorien, à savoir, l'étroite analogie qui existe entre le nombre oratoire et le nombre musical grégorien; tous les deux sont nombre^ ce qui entraîne pour les deux arts, oratoire et musical, une certaine Uberté.

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