‹ Le nombre musical grégorienChapitre 427 sur 534 · PRINCIPE GÉNÉRAL D'INTERPRÉTATION · texte numérisé non relu

PRINCIPE GÉNÉRAL D'INTERPRÉTATION

861 . — Peut-on cependant se contenter, dans une interprétation chorale et surtout dans l'accompagnement par l'orgue, des deux règles citées plus haut?

Nous ne le croyons pas, et une longue expérience de chœurs nombreux nous a prouvé que, pour obtenir un ensemble parfait, une réglementation plus précise des morae et des silences est nécessaire.

Est-elle possible? Oui.

862. — Mais n'est-ce pas aller contre la nature et la liberté du nombre grégorien que de fixer des choses que la notation n'a jamais indiquées, sauf peut-être, dans une certaine mesure, les notations rythmiques?

Nullement. Cette liberté n'est pas aussi large qu'on pourrait se l'imaginer; elle est plus apparente que réelle. Il y a des lois auxquelles elle ne peut échapper et qui la restreignent singulièrement, en sorte que, entre le trop long et le trop court, la limite est fort étroite. Et puisque les notes, les syllabes, ovA. pratiquement une durée si bien déterminée qu'un chœur nombreux peut les exécuter avec ensemble, on ne voit pas pourquoi les morae et les silences ne pourraient pas être fixés avec la même précision. D'ailleurs, c'est une nécessité pour l'exécution.

Point n'est besoin d'imaginer, comme on l'a fait, tout un système de pauses : pause imperceptible ou apparentia pausationis, pausa ■minima, pansa minor, pausa major, pausa maxima, etc.; c'est vraiment compliquer les choses à plaisir, et, sous prétexte de naturel et de souplesse, rendre l'exécution des mélodies grégoriennes impossible. La réalité heureusement est bien plus simple.

863. — Un principe général, bien clair, nous servira de point de départ :

Dans toute musique, le système des pauses et des silences doit correspondre exactement à celui des notes ou des syllabes exprimées.

« Les silences, a fort bien dit M. Gevaert, sont des éléments de la composition rythmique, au même titre que les sons dont ils prennent la place » (i). C'est-à-dire que les retards et les silences ont exactement la même valeur quantitative que les notes ou syllabes exprimées ; ils se comportent de la même manière.

864. — Or, nous avons vu, chap. vi, p. 239, qu'entre les diverses syllabes, malgré des nuances parfois assez perceptibles de durée, s'établit une sorte de tempérament quantitatif qui les ramène à l'égalité.

Ainsi en est-il des morae et des silences. Si nous voulions mesurer avec un instrument de précision la longueur des pauses qui existent entre les divers membres d'une mélodie grégorienne, nous trouverions, comme pour les syllabes, des nuances de durée; mais, comme pour les syllabes, ces nuances se fondent dans l'ensemble et sont ramenées à l'égalité, à l'unité de temps.

865. — L'allongement réel, sensible, d'une S3ilabe ou note (J ) à la fm d'une incise produit sur l'oreille l'effet d'un doublement de la note, on peut sans crainte la considérer comme « ; ou, si cet allongement n'est qu'une simple nuance, la croche demeure, avec sa valeur légèrement élargie J ' .

Il ne peut guère en être autrement ; la marche égale et soutenue de la mélodie pendant toute la durée des membres a tellement habitué l'oreille à la norme du temps premier indivisible, au groupement binaire ou ternaire de ces unités, que les mêmes conditions de rythme s'imposent nécessairement pour les temps de mora ou de silence. 11 ne peut y avoir, dans une même phrase, deux sortes de rythmes, l'un pour l'intérieur des membres, l'autre pour les retards et les silences : l'instinct musical, l'équilibre de la phrase, réclament une homogénéité rythmique complète entre ces deux parties.

(i) Mus. de VAîit. il, p. 66.

866. — C'est une loi qui s'applique à la musique de toutes les époques, à la musique grecque, à la musique mesurée et polyphonique, à notre musique avec ses pauses, soupirs, demi-soupirs, quarts de soupir etc., qui équivalent aux blanches, aux noires, aux croches, doubles-croches, etc.

Ainsi en est-il des inorae dans la mélodie grégorienne. Théoriquement, la plus petite des morae vocis ou plutôt la tendance au retard sera à peine perceptible et n'ajoutera presque rien au temps premier : J . Ajoutée à une note ou à une syllabe simple, la mora vocis xè,€i\Q. l'augmentera d'un temps, en d'autres termes, elle la doublera : • . Une prolongation plus marquée serait de trois temps : J. ; plus longue encore de quatre temps : è , etc., tout cela avec tempérament.

Il en va de même pour les silences; ils auront la valeur de un, deux ou trois temps premiers.

867. — Le fractionnement des morae et des silences ne peut pas plus exister, dans le chant grégorien, que celui des syllabes ou notes chantées : le temps premier, qu'il soit exprimé ou sousentendu, est toujours indivisible. C'est une conséquence de l'indivisibilité du temps premier exprimé.

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