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APPLICATION PRATIQUE DE CE PRINCIPE

868. — Les morae vocis, avec ou sans silence, doivent être proportionnées à l'importance des divisions.

Ces divisions, nous les connaissons, ce sont : a) les mots,

h) les incises ou petits membres et les membres, c) les phrases.

a) De la mora vocis entre les mots.

869. — Nous parlons ici des mots intimement unis par le sens et par la mélodie.

vU*

Can-tâ- te Dé- mi- no fun-dâ- tus e- nim é- rat

Nous l'avons déjà écartée, car

ou bien la mora vocis n'existe pas du tout, ou bien, si elle existe, elle se perd dans l'élasticité du tempéravietit quantitatif, comme se perd pour l'oreille l'altération légère des sons produits par le tempérament sur l'orgue ou le piano.

Le tempérament sonore consiste dans « l'identification des sons très rapprochés les uns des autres » .

Le tempérament quantitatif consiste dans l'identification de durées très rapprochées les unes des autres.

h) De la mora vocis entre les incises et entre les membres.

870. — Ici la pause ou mora vocis est bien réelle, et il est assez facile d'en fixer la durée avec une certaine précision.

Pour cela, il faut considérer le rôle joué, dans l'ensemble de la phrase, par cette mora vocis : elle doit distinguer, sans les séparer, les différentes subdivisions rythmiques; une trop longue prolongation nuirait certainement à ce but, et la durée la plus courte, celle d'un temps, ajoutée à la note finale de l'incise, suffit amplement à cette légère distinction sans nuire à la liaison des incises entre elles. Et même, quand c'est possible, il est mieux de se contenter, aux incises, d'une minime prolongation de la note finale.

871. — Dans la notation grégorienne de Solesmes, un point ajouté à la note ainsi doublée, ou même un simple épisème horizontal signale la mora vocis mitior :

Ant. r

Can- tâ-

te

Dô- mi-

no

cân-

ti-

cum nô-

vum...

Ant.

Ad-ju- tù- ri- um nô-strum in nô- mi- ne Dô- mi- ni

Fig. §o6.

Dans la notation moderne, la croche finale est changée en noire, ou surmontée d'un épisème horizontal.

872. — Il est important de remarquer que le quart de barre qui caractérise le quart de cadence est le signe d'une division

rythmique; il n'a par lui-même aucune valeur de panse. Il n'est pas davantage en soi un signe de respiration : on peut ne pas respirer au quart de barre.

873. — La durée de la mora vocis minor fixée, nous avons un terme de comparaison, une norme pour les distinctions plus importantes.

L'incise étant déjà un petit membre, il n'est pas nécessaire d'établir une mora vocis de valeur nettement différente pour les membres. Les anciens ne distinguaient guère les incises et les membres, qu'ils nommaient également pars, partes.

D'autre part, la liaison des membres entre eux, dans une même phrase, exige aussi que le temps accordé à la pause, même à la demi-cadence, soit assez bref pour que ne se manifeste aucune interruption de la ligne mélodique.

Pour toutes ces raisons, la pause qui suit le membre sera donc en principe de même durée que celle qui suit l'incise ; mais elle sera toujours d'«« temps plein, j .

Si, pratiquement, il y a une différence entre ces deux pauses, elle proviendra de l'allure générale de la phrase, de l'art, du bon goût, du phrasé qui exige souvent aux demi-cadences un très léger et gracieux rallentendo ; et la pause de demi-cadence se fera dans le mouvement ralenti de la cadence. Ces nuances relèvent proprement de l'agogique.

874. — Deux temps en tout suffisent donc à ces deux cadences. Lorsque le membre suivant commence par une note au levé, cette note forme avec la note de pause précédente un temps composé ternaire ou un temps composé binaire élargi, selon les cas :

Temps composé ternaire Temps composé binaire

Hoc est orae-céptum mé- um; ut di- li-gâ-tis invi- cem, sic-ut di-lé-xi vos

Fig. J07.

875. — A la demi-cadence, la respiration se prend sur la valeur de la note précédente.

56o TROISIÈME PARTIE. — CHAPITRE XI.

87H. — L'exemple suivant résume l'enseignement qui précède

.Membre Membre

K de ^ % de

Incise cadence Incise cadence Incise cadence Incise

Cantâ-te Dô-mino cânti-cum nô-vura : laus é- jus ab extré-mis térrae

c) De la Jiiorn vocis entre les phrases.

877. — La cadence parfaite à la fin des phrases aura un temps de plus que la précédente, et généralement ce temps sera attribué au silence; en tout, trois temps. L'expérience prouve que deux temps pleins exprimés (une noire en musique), plus un demi-soupir, suffisent pour toute distinction, membre ou phrase. Une prolongation dépassant d'une manière sensible ces trois temps devient facilement prétentieuse et exagérée; elle coupe le sens mélodique. Il ne faut pas oublier le précepte des anciens : « Ultima syllaba non protrahatur, sive tnrpiter caudetiir ».

878. — En 1-ésumé, les diverses longueurs de pause ou morae se ramènent, au moyen du tempérament quantitatif, à deux, pas davantage :

\3ipausa ininor de 2 temps ■• = j (incises et membres) ;

\2ipa7isa major de 3 temps ■• — *> = # *? (phrases);

la première, employée aux incises et aux membres, avec ou sans respiration;

la seconde, employée aux phrases, avec respiration obligatoire et même silence d'un temps environ (i).

(i) Le demi-soupir est le signe de la respiration entre deux phrases. Dans les éditions musicales, il est placé avant la barre, lorsque le temps composé suivant commence par son ictus :

et après la barre, lorsque ce temps composé commence k son deuxième temps simple; le demi-soupir alors porte le signe de l'ictus : «f :

- 879. — Ainsi se hiérarchisent nos différentes pauses, et, avec elles, l'importance des divisions musicales qu'elles ponctuent :

a) Les incises courtes, de peu d'importance, après lesquelles la respiration n'est pas permise ou n'est que difficilement tolérée, sont suffisamment indiquées par le seul />oini qui suit la note, ou même par le simple épisème horizontal qui la surmonte :

ou

ô) Les incises plus importantes, qui déjà sont de petits membres de phrase, auront, outre le point ou l'épisème, le y^ de barre, ou petite bm're :

ou

Généralement, mieux vaut ne pas respirer à cette division; cependant, si la respiration est nécessaire, on la prendra rapidement sur la valeur du point, car la petite barre n'ajoute rien comme valeur de pause ou de silence. Elle est uniquement, comme toutes les barres, un signe de division rythmique (i).

c) Les membres de phrase proprement dits, composés d'une ou de deux incises, seront distingués par la % barre ou moyenne barre :

Ici la respiration est ordinairement nécessaire; elle est prise aussi sur la valeur du point précédent, ou de la noire en musique moderne.

Il n'est pas nécessaire de prendre pour la respiration tout le temps marqué par ce demi-soupir. On peut prolonger la valeur de la noire précédente sur la durée du silence :

C'est un moyen de relier plus intimement les phrases entre elles et d'allonger régulièrement la mora vocis. L'organiste n'a pas à se préoccuper de ce demisoupir qui est uniquement pour le chanteur.

(i) On trouvera, par exception, dans nos éditions rythmiques, devant certains quarts de barres ou même certaines demi-barres, une note ou un neume ne portant aucune indication d'allongement. C'est qu'alors nous croyons préférable, d'après les manuscrits ou le sens mélodique, de ne pas tenir compte pratiquement de la barre en question ; la préface de l'édition vaticane nous en donne formellement le droit.

d) Enfin, Xos, phrases sont terminées par la grande barre :

La respiration est alors obligatoire, et même un silence d'un temps environ.

e) A la fin du morceau. la grande barre est remplacée par une double barre :

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