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CHAPITRE XL

LA SYNCOPE

219. — Quoique la syncope ne soit pas en usage dans le chant grégorien, des notions précises sur ce phénomène rythmique ne peuvent qu'éclairer ce que nous venons de dire, et mettre le chantre en garde contre un procédé prohibé.

220. — La syncope est un trouble apporté dans la succession régulière des élans et des repos du rythme.

Ce trouble se produit tout d'abord :

a) Entre Varsis et la thésis, par la contraction en une seule note de l'arsis et de la thésis d'un même rythme, Soit les rythmes suivants :

La forme syncopale de ces rythmes serait

L'opération s^^ncopale se fait ici par la totale omission de l'ictus thétique de chaque mesure, ce qui produit la fusion irrégulière de l'élan et du repos. Or, cette suppression a pour effet naturel de tromper notre attente et de produire un ébranlement r)rthmique qui est, à proprement parler, le fruit de la syncope. On dirait un faux pas où, par suite d'un degré qui manque, le pied surpris est forcé de chercher plus loin l'appui qu'il ne trouve plus à la distance accoutumée.

LA SYNCOPE. 125

221. — On suppose ordinairement que, pour produire la syncope si usitée dans notre musique moderne et dans la musique polyphonique, la mesure intensive avec son premier temps fort est nécessaire. Il n'en est rien ; car les syncopes ci-dessus peuvent se présenter aussi bien dans une série de rythmes ictiques faibles (A) que dans une série de rythmes ictiques forts (B).

Fi^. 142

Si on syncope ces rythmes, comme dans l'exemple 141, l'opération se fait uniquement dans les deux cas, non par la suppression totale d'un temps fort, mais par la totale omission de \ ictus thétique fort ou faible. La force plus ou moins intense de cet ictus n'a rien à faire ici ; ce n'est pas une question de plus ou de moins, ce n'est pas un affaiblissement, mais bien un anéantissement complet de l'ictus thétique.

222. — Toutefois l'ébranlement produit par la syncope musicale peut être plus ou moins violent. Dans un morceau où tous les premiers temps de mesure sont très fortement et très régulièrement marqués, l'effet syncopal sera aussi très violent, surtout si la fdrce, comme il arrive communément, se reporte en arrière, au temps levé. En effet à la secousse rythmique déjà si rude, se joint un effet dynamique haletant, dur, qui vient la renforcer. Prenez au contraire un genre où la marche rythmique pure s'affranchit de la mesure intensive, où souvent le levé est fort, le baissé faible, comme dans la musique josquinienne ou palestrinienne, alors les syncopes prennent un tout autre caractère. Elles sont toujours une anomalie rythmique ; mais elles ne sont que cela. La dynamie n'y joue aucun rôle ; elles s'adoucissent et ne sont guère que des

entrelacements de rythmes qui donnent, lorsqu'ils ne sont pas

prodigués, de la grâce et de la variété à la mélodie.

223. — Le trouble dans la marche rythmique se produit aussi : b) Entre la thésis et Varsis. Ce cas se présente dans les rythmes

ternaires, lorsque l'ordre, le poids régulier de l'arsis et de la thésis

est interverti.

L'ordre régulier est le suivant : i temps à l'arsis, 2 à la thésis :

Arsis

Thésis

L'ordre irrégulier sera donc : 2 temps à l'arsis, i à la thésis

Arsis

Thésis A

Th a

Th

Il 2-3 1 ' Mesure

Mesurb

Mesure

Fig. 144

Le deuxième temps de la mesure ternaire, i^fig. 144), au lieu d'appartenir à la thésis, comme dans \2i fig. 143, sert de point de départ à l'arsis qui se trouve ainsi irrégulièrement anticipé d'un temps. La fusion, la syncope, se fait ici entre la 2^ note de la thésis régulière (2^ temps de la mesure) et la note arsique suivante (3e temps de la mesure). Il y a surprise et secousse syncopale parce que le pied après s'être posé sur la thésis trouve trop tôt^ sans avoir eu le temps de se reposer et de se relever, un autre degré contre lequel il vient se heurter.

Si la longue se dédouble en deux notes distinctes ayant chacune leur ictus individuel :

LA SYNCOPE

le groupement irrégulier persiste — deux notes à l'arsis, une note à la thésis — et l'effet syncopal est à peu près le même. Toutefois, cette dernière forme peut parfois être tolérée dans le cours d'une mélodie, lorsque la disposition des notes, des mots, la prononciation des voyelles et une exécution habile parviennent à dissimuler le groupement irrégulier des notes. L'effet est alors celui d'un seul temps composé ternaire :

*l! au lieu de

Fig. 14.7

224. — Un groupement de notes, fnême distinctes, peut donc amener un effet de syncope, si ce groupement n'est pas conforme aux lois rythmiques fondamentales que nous venons d'exposer.

225. — Dans une mesure à trois temps, la seule division naturelle est par conséquent la suivante :

— Ji

Th

Th

Th

Th

Th

A Th

Fig. 148

c'est-à-dire, un temps à l'arsis, deux temps à la thésis ou encore, celle-ci :

Fig. 14c pourvu que les trois notes forment un jinique temps composé.

226. — L'effet de syncope est étranger à l'art grégorien, soit à l'intérieur des phrases, soit surtout aux cadences. \jai secousse, l'agitation produite par la syncope répugne totalement au calme, à l'ordre parfait, à la paix qui est le caractère essentiel de la mélopée liturgique ( i ).

(1) Cf. un excellent article de M. G. Bas : La sincope e V accompagnamento del canto gregoriano. Rassegna Gregoriana, Luglio-Agosto. 1907. Col. 303 et ss.

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