‹ Le nombre musical grégorienChapitre 445 sur 534 · IV. Ancilla dicit Petro · texte numérisé non relu

IV. Ancilla dicit Petro

Vere tu ex illis es, nam et loquéla tua maniféstum te facit.

syll.

syll.

etc.

(i) CiC. ad Hcren?!. lib. iv, 20.

(2) Gerbert, Scriptores^ il, 227.

(3) Méthode raisonne'e de ptaifi-c/iatit, p. 108.

Avec des textes aussi réguliers, aussi soignés, procurati (accurati), il est facile d'obtenir dans la mélodie une proportion quasi métrique et harmonieuse.

Plût à Dieu que les offices de nos Propres modernes fussent ainsi composés; ils ne mettraient pas à la torture les pauvres compositeurs chargés d'y adapter des cantilènes!

934, — Il n'est pas du reste nécessaire que les textes soient aussi réguliers que ceux que nous venons de voir. Aribon cite comme exemple de chant métrique ce Répons que nous serions bien tentés de prendre pour un chant prosaïque :

V Distinction. Ecce nunc tempus acceptâbile,

ecce nunc dies salùtis :

commendémus nosnietipsos

in multa patiéntia,

in jejùniis multis,

per arma justitiae

virtùtis Dei.

935. — Dom Pothier, de son côté, présente un certain nombre d'antiennes, appelées métriques, « qui toutes se divisent en quatre neumes ou membres d'une longueur proportionnelle, à la façon d'une strophe de quatre vers » (i). Cette coupe d'antiennes, ainsi que le fait remarquer M. Gevaert (2), rappelle le distique élégiaque :

SyUabes

Ant.

Temps

Dô- mi-

(i) Mél.grég., p. 186.

(2) Mélopée antique^ p. 136.

AtU.

JW ,N?^^'N.^^S;

Syllabes Temps

E- li- sa- be.th Za-cha- ri- œ mâ-gQum wi- rum gé- nu- it.

Jo- ân-nem Ba- pti- stsm

Prae- cur- s^i- rem Dô- mi- ni. 7

Tels sont les chants métriques.

iB^ Chants quasi prosaïques.

936. — Guy fait remarquer que tous les chants ne sont pas aussi soignés; il y a, dit-il, des chants quasi prosaïques, qui haec minus observant : qui, sans oublier les lois de la proportion, les observent moins. ;

Dans ces chants, les distinctions et les membres plus longs ou plus courts se trouvent mélangés un peu au hasard, sans discernement, ce qui n'empêche pas certains de ces chants quasi prosaïques d'être très harmonieux.

Il faut bien le remarquer en effet, \di proportion, est essentielle au nombre oratoire comme au nombre musical, mais non la proportion égale des membres.

Cicéron, qui pose en principe l'égalité des membres (i), admet cependant très bien la variété. Ainsi, quand il parle des incises : H Rien ne porte coup avec plus de force et plus de sûreté que ces incises de deux ou trois mots, quelquefois d'un seul, flanquées de

(i) Ad Hère fm. iv, 20.

loin en loin par des périodes nombreuses dont on varie les chutes » (i).

La poésie elle-même offre ce genre de variété ; le poète lyrique mêle volontiers les grands vers aux petits. Le bon La Fontaine a usé mille fois de ce procédé avec une grâce sans égale. Un exemple au hasard :

Ami, reprit le coq, je ne pouvais jamais

12 sy

Uabes

Apprendre une plus douce et meilleure nouvelle

Que celle

De cette paix,

Et ce m'est une double joie

De la tenir de toi. Je vois deux lévriers

Qui, je m'assure, sont courriers

Que pour ce sujet on envoie

etc.

937. — Bref, il est une inégalité harmonieuse admise par le nombre oratoire et le nombre grégorien ; le compositeur en use volontiers, guidé d'ailleurs par les textes qui lui sont imposés.

Airmi riariQ Ipc: antîpnnf><5 sinivnntpc; •

Dô- mi- ne,

Syllabes Temps

sâl- va nos, psr- 1- mus;

îzz

fjtn- pe- ra.

et fac Dé- us tran-quil- li- ta- te m. (l) Or. LXVII.

Ant.

Syllabes Temps

Si- on

;Ç^.j^rr^,,^

nô- li ti- mé- re

ec- ce Dé- us tù- us

vé- ni- et, al- le- lu- ia. 7

938. — Quelquefois le compositeur grégorien, désireux de donner à ses phrases une proportion plus égale, se sert de la musique pour allonger un membre trop court ; ainsi au quatrième membre de cette antienne :

Ant.

fm- ber âb- i- it et re- ces- sit

xl^n- I A

Syllabes Temps

sûr- ge a- mi- ca mé- a,

et vé- ni.

Au point de vue littéraire, cette antienne est plutôt prosaïque, le nombre des syllabes l'indique; mais au point de vue musical, elle est plutôt métrique : les trois premiers membres ont de dix à douze temps, le dernier n'en a que neuf, mais avec le ritemito qui affecte ce membre, il atteint presque aux dix temps.

939. -^ La même intention d'allongement et de proportion se trahit dans l'antienne suivante :

Syllabes Temps

Be- ne ô- mni- a fé- cit

sûr- dos fé- cit au- df- re,

et mû- tos lô- qui.

Fig' 533-

On peut même dire que, dans l'immense majorité des pièces grégoriennes, le compositeur s'efforce de parvenir à la correspondance approximative de longueur entre les membres de phrase.

§ 3. — Lien d'articulation.

940. — Outre ces liens mélodique, dynamique et proportionnel que nous venons d'expliquer, il en existe un autre, que nous ne pouvons passer sous silence, bien qu'il soit moins important; c'est le lien d'articulation, ainsi appelé parce que son action se fait sentir entre les incises et les membres , au point précis de leur jointure.

Cela se fait de trois manières :

a) par la mora vocis,

b) par le temps composé,

c) par le rythme composé.

A) Jonction de deux membres par la mora vocis.

941. — D'abord, entre chaque membre, la 7f2ora vocis eWe-mèmQ sert de liaison, surtout la mora vocis sans respiration. Un exemple :

Can- ta- te Dô- mi- no cân- ti- cum nô- vum

Fig. 534-

La petite barre après Domino n'indique pas nécessairement, nous le savons, une respiration ; et, ici, la brièveté des deux incises la rend inutile. C'est dans ce cas surtout que la prolongation de la dernière note produit une liaison très intime entre les deux membres.

Voici comment :

942. — Pour bien exécuter cette note prolongée par la mora vocis, il faut se rappeler qu'elle remplit deux rôles : elle termifie un membre, elle conduit au suivant : c'est elle qui transmet la vie d'un membre à l'autre : le courant vital de la mélodie et du rythme passe par elle ; elle doit s'en ressentir ; il ne faut donc pas l'exécuter froidement sous le beau prétexte qu'elle n'est qu'une tenue de la voix.

Elle termine un membre et doit, à ce titre, être doucement déposée et procurer le sentiment du repos; mais à peine s'est-elle posée qu'elle tend au membre suivant. Si elle veut y arriver sans secousse, si elle veut donner du lié, du moelleux, à cette transition d'un membre à l'autre, elle doit la préparer en s'adaptant au début du nouveau membre, en prendre, pour ainsi dire, d'avance la couleur, la physionomie.

943. — La tin de la viora vocis sera donc en rapport avec la force dynamique, avec la valeur de la première note du début ; elle doit se fondre avec elle, s'adapter à elle.

Si le nouveau membre commence par une note forte, la tenue de la voix se terminera par un léger crescendo, comme dans Cantate Domino; s'il commence par une note faible, la tenue s'y adaptera doucement par un léger et délicat decrescendo :

Ant.

Ex-sùr-ge Dô-mi- ne, et jù- di- ca câu-sam mé- am.

944. — Ajoutons que ces nuances d'intensité doivent suivre la ligne mélodique générale plus encore que le cas particulier du mot qui commence la nouvelle incise. En d'autres termes, si le nouveau membre continue une progression ascendante, alors même que la première syllabe serait atone ou sur une corde inférieure, la mora vocis devrait être conduite en léger crescendo :

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