Un exemple fera mieux comprendre
i ■ 3 "1»t . Il , Si 1 f V .
A-ve ma- ris stél-la A-ve ma- ris stél- la
Nous le demandons : de ces deux manières de noter et de chanter le mot ste//a, quelle est la plus conforme à la nature et à la mélodie de l'accent? Quelle est celle qui conserve le mieux l'intégrité du mot? Dans la première, A), la prononciation et la perception du mot sont complètes dès la seconde note; dans la seconde, B), les sept notes accumulées sur l'accent tiennent l'auditeur en suspens jusqu'à ce que, le sol de transition amenant la dernière syllabe, le sens puisse enfin se dégager. Il résulte de là que l'intégrité des mots est mieux conservée lorsque la dernière syllabe seule est dotée de plusieurs notes.
971. — Est-ce à dire que l'emploi des groupes de notes sur l'accent soit prohibé? Nullement. Lorsque la modulation et les mélismes doivent pénétrer le texte, toutes les syllabes des mots latins sont susceptibles de dilatation musicale, et la syllabe la plus propre, après la dernière, à recevoir cette extension est encore celle qui porte l'accent, à cause de son importance et de sa force. Il est néanmoins vrai de dire que l'accent se rapproche d'autant plus de la fonction qu'il remplit dans le discours, qu'il est plus alerte et plus dégagé de notes (i).
972. — Telle est, sans aucun doute, la raison qui explique l'emploi At^jubili à la fin des alléluias ou des graduels, et a donné naissance aux séquences. Les plus anciens monuments des liturgies ambrosienne et romaine témoignent de cet usage, par exemple ce « Gloria » ambrosien d'une saveur tout archciïque.
Nous avons là bien certainement la forme la plus ancienne du récitatif musical latin. Elle laisse aux mots, aux membres de phrase, qu'elle souligne discrètement par une inflexion, leur propre valeur, leur distinction littéraire, et ne permet à la mélodie de s'épanouir que sur la dernière syllabe, quand le sens de la
(i) Paléogr. mus. m, pp. 29-30. Cf. ci-dessus, pp. 212-213 et 292-293.
6l2 TROISIÈME PARTIE. — CHAPITRE XII.
phrase est complet, parfait. Toutes les fois en effet que se présente le mélisme au cours de cette longue pièce, c'est toujours sur la dernière syllabe de l'incise. Le texte est le maître absolu :
Glô-ri- a in excélsis Dé- o et in terra pax homi-ni-bus bônae vo-
luntâ-tis. Laudâmus te... Grâ-ti- as ti-bi âgimus propter mâ-
gnam... Agnus Dé- i, qui tôllis peccâ-ta mùndi, e^c.
^ig- 549-
973. — Un autre t\pe de cette antique manière se trouve encore dans les versets de l'office romain :
Di- ri- gâ- tur Dô- mi- ne o- râ- ti- o mé- a. Cadence spondaique.
Ex-sul-tâ- bunt sâncti in glô- ri- a. » dactylique.
Fig- 550.
OU encore
'1 Xlv:^
Di- ri-gâ- tur Dô-mi-ne o- râ- ti- o mé- a. Cadence spondaique.
Exsul-tâ-bunt sâncti in glô- ri- a. » dactylique.
Fig- 551 '
974. — Ce procédé de composition n'est d'ailleurs pas réservé exclusivement aux récitatifs ; on le rencontre aussi, quoique plus rarement, dans le répertoire antiphonique, témoin ce type d'antienne du 1^^ mode :
Ant.
bj. , \tï
Quae- n- te pri- mum re-gnum De- 1 ^
, ^ j , /• . , r. . , \ Cadence spondaique.
An-te di- em fe- stum Pa-schae j
Adsti- té- runt jù- sti ante Dômi- num > dactylique.
Fig. 552.