‹ Le nombre musical grégorienChapitre 458 sur 534 · SS · texte numérisé non relu

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992. — Après avoir expliqué la composition de cette hymne au r3rthme spondaïque (syllabe accentuée, syllabe atone), Dom J. Pothier fait remarquer que tous les accents sont susceptibles de recevoir plusieurs notes dans le chant comme à Màler, et que cependant « cet allongement mélodique de la syllabe s'opère plus naturellement et plus souvent, ou pour mieux dire, presque toujours, sur la syllabe non accentuée.

» Ceci, continue-t-il, semblera paradoxal, inadmissible à certains musiciens... Nous ne pouvons, pour complaire aux modernes, changer ce qui nous vient des anciens. »

Nous ne saurions trop attirer l'attention sur le fait signalé ici : sans cesse, dans les cantilènes grégoriennes, l'accent latin se présente avec une seule note, tandis que la syllabe finale des mots se trouve chargée de notes.

(i) Revue du chant grégorien^ Janvier 1895, P- 83-84.

993. — L'explication est fort simple : elle est basée sur la nature et la raison d'être de l'accent. Ecoutons Dom J, Pothier :

« L'accent sert à donner du mouvement à la récitation et au chant : la note ou la syllabe accentuée est une note ou une syllabe d'élan, qui amène une note ou une syllabe plus tranquille et plus posée. Ces deux parties, l'une caractérisée par un effort, une tension de la voix, intentio vocis, par une sorte de relief et d'élévation du son, elevatio vocis; l'autre, par un adoucissement, une relâche, remissio, et comme un abaissement et un repos de la voix, depositio vocis, sont corrélatives : la première appelle la seconde; et de même qu'en marchant, lever le pied et le poser ne font qu'un pas, ainsi dans la lecture et dans le chant, deux syllabes que l'on émet de suite en mettant en relief la première pour ensuite retomber sur la seconde ne font qu'un mot.

» Le mouvement d'impulsion donné par l'accent à la pénultième ou à l'antépénultième du mot, et la descente ou l'affaiblissement de cette impulsion sur la finale relient les deux parties du mot et constituent son unité rythmique. IjcIl finale de ce mot (et aussi celle du neume dans une série purement mélodique) est pour le rythme un endroit où la voix peut à son aise s'arrêter et se reposer, parce que c'est une division.

)) Mais pour que cette division ne soit pas une séparation, pour que les mots se distinguent sans toutefois se disjoindre et que le lien de la phrase ne soit pas brisé, la finale reçoit des notes de surcroît qui servent de liaison entre les mots d'une même phrase, ou de conclusion dans la fin de la phrase. De là, dans notre hymne, les groupes de notes sur la dernière syllabe de Ave, de maris, de Mater, de stélla, de Virgo » .

994. — Le caractère léger, bref, vif, alerte, élancé, aigu et fort de l'accent est admirablement décrit, comme aussi celui de la dernière syllabe des mots, faible, lourde, longue, reposée, basse, finale.

Rien donc de plus naturel que de placer l'accent au levé du rythme, la finale au baissé.

N'oublions pas encore cette idée si profondément vraie, si vitale, que r?inion i?itime de Varsis et de la thésis constitue P unité rythmique du mot.

995. — Et maintenant si nous voulons transcrire en notation moderne cette hymne, en suivant les indications précises qui viennent de nous être données, nous aurons ce qui suit :

c5-~îr-

cS~^

rx

jiilz

tifi

Eût

=:i=tzî5

ifzÉ:

A-ve ma- ris stél- la,

Dé- i Ma- ter (i) âlraa,

Atque semper Vir-go, Fé- lix caé- H

Fig. 558.

por-ta.

996. — Avec cette notation, la pensée de Dom J. Pothier apparaît très claire, très précise.

Tous les accents des mots sans exception sont au levé, ce qui ne les empêche aucunement de conserver leur force ; tous les mots sont rythmés, c'est-à-dire à cheval sur la mesure. C'est l'idéal, puisque entre la fin du mot et la thésis ou fin du rythme, il y a une sympathie profonde; sans cesse, ces deux parties s'appellent; elles ne sont pleinement satisfaites que lorsqu'elles sont intimement unies.

Exécutez cette hymne en enlevant bien chaque accent, en lui donnant son élan, sa forme arrondie, sans sécheresse comme sans lourdeur; déposez doucement, faiblement, les syllabes finales des mots ; dans un même membre de phrase, liez bien les notes sans secousse, et vous aurez rythmé cette hymne avec art et avec goût.

Il n'est personne qui, avec une telle exécution, ne sente que l'accent est vraiment le générateur du rythme. C'est lui qui lance le rythme, le relève aussitôt après qu'il a fléchi, et ainsi de suite.

(i) Nous notons de cette façon Déi Mater, pour traduire autant que possible la pensée de Dom Pothier, car, il le dit expressément, la syllabe accentuée de Mater, malgré ses deux notes, « reste légère d'allure et de mouvement ». En réalité, le rythme normal de Mater est ici modifié par le groupement neumatique : le podatus de Ma place cette syllabe à l'ictus, et par suite les deux mots Déi et Mater ont ici leur accent au frappé. Il faudrait d'ailleurs en dire autant du mot âtnia dans la version donnée par l'édition vaticane.

997, — « On voit, par les explications qui précèdent, ajoute Dom Pothier, le tort que l'on a eu, dans les éditions modernes, de modifier la fin du premier vers (stélla) :

% au lieu de * V

stél- la stél- la

Fig- 559-

en rejetant sur la syllabe pénultième les notes qui, en vertu dn rythme et conformément à la tradition, appartiennent de droit à la finale. Dans l'ancienne manière, la première syllabe du mot est beaucoup mieux lancée, oXpar là mieux accentuée ».

998. — Telle est, sur la question qui nous occupe, la doctrine de Dom J. Pothier. Elle est fondée sur la nature même de l'accent qui est un élan, et qui par conséquent doit correspondre à l'élan même du rythme.

La longue exposition du rythme du mot latin et de la phrase, que nous avons tentée dans les chapitres précédents, est merveilleusement d'accord avec l'enseignement du Maître. Elle le complète, le précise et l'achève. On ne saurait en aucune façon opposer l'une à l'autre.

L'indépendance de l'accent tonique latin et de l'ictus rythmique a toujours été et reste toujours le fond et la base de la Méthode de Solesmes.

§ 2. — L'accent latin dans les œuvres des polyphonistes.

999. — L'étude des diverses écoles poh^phoniques anciennes confirme le traitement des mots latins tel que nous venons de l'exposer. Le tome vu de la Paléographie musicale, pages 25-128, donne le résultat de recherches assez étendues sur ce sujet; nous y renvoyons.

On se bornera ici à donner brièvement les grandes lignes de ce travail et ses conclusions, ou plutôt l'unique conclusion qui s'en dégage* : liberté complète de V accent latin.

Faisons d'abord quelques observations préliminaires sur l'accent dans les compositions modernes.

1000. — On sait que pour les compositeurs modernes l'accent latin est une intensité, rien de plus. En conséquence, ils s'efforcent de le faire coïncider avec ce qu'ils appellent le temps fort ow. frappé de leurs mesures, de la même manière qu'ils font coïncider l'accent moderne, l'accent français par exemple, avec le temps fort de la mesure. Une barre devant tous les accents, voilà la règle!

1001. — Voici trois exemples, un français et deux latins :

^gjïX^1=^=^

te=p:

Mon- tu- re guil- le- ret- te, Tril- by, pe- tit cour- sier,

îi=tn

Tu sers mon a-raou- ret- te mieux qu'un beau des-tri- er. etc. Fig. j6o.

]. Gerber.

A> (t*. 1 ■ 1 II

fhJEd J-1 ^ J-J

Bô-ne pâ-stor pâ- nis vé- re, Je- su nôstri mi- se-

Fig. 561.

fe^^^^îlli

Omni di- e, Die Ma- ri- ae, Mé- a, lâu- des, â- ni- ma

-ér-f-

ÉE

fes

E- jus fé- sta, é- jus gé-sta, Cô- le splen-di- dis- si- ma.

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