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CHAPITRE XIII

Le geste ou l'étiquette r3'thmique que nous attribuons à chacune de ces analyses ne modifie pas le rjthme, qui reste foncièrement le même.

1179. — SanctusX. — Rythme composé : trois rythmes simples juxtaposés :

San- ctus, Sân-

Sân-

ctus

ctus,

Point n'est besoin de commentaire, après les explications fournies à propos de l'exemple précédent. On remarquera seulement l'accent principal placé au centre de cette petite incise.

1180. — Ant. Ecce nomen. — Rythme composé : trois rythmes simples juxtaposés :

Ec-ce

Em-mâ-

nô- men Dô- mi- ni Fig. 613.

La chironomie dessinée est la plus naturelle pour ce début d'antienne : elle est indiquée clairement par la mélodie et par le texte.

L'accroissement d'intensité, indiqué de rj^thme en rythme, est libre ; cependant la suite de la mélodie qui sera donnée plus loin justifiera, croyons-nous, l'intensité marquée ci-dessus.

1181. — Agnus X. — Rythme composé : deux r}^thmes simples juxtaposés :

A- gnus Dé- i

Fig. 614.

1182. — Cet exemple nous amène à exposer certains cas particuliers qui présentent des difficultés.

LA CHIRONOMIE GRÉGORIENNE. 699

Souvent la mélodie s'affranchit de la forme naturelle des mots, au moyen de renversements mélodiques . Ce fait soulève de petits problèmes rythmiques qu'il faut résoudre.

Ici, l'accent tonique, mélodique et intensif, du mot Agnus se reflète fidèlement dans la mélodie par une élévation et une intensité. Le plein de la ligne chironomique correspond à cet accent.

Ce mot est rythmé comme il le serait dans le langage ordinaire : arsis sur l'accent, thésis sur la syllabe finale.

Enfin la chironomie reproduit par son geste cette allure naturelle du mot : tous les éléments, accent du texte, mélodie, intensité se rencontrent dans une parfaite harmonie. Il n'en sera pas toujours ainsi.

Déjà, dans cette incise elle-même, on pourrait peut-être relever un léger accroc à cette harmonie. En effet, l'accent tonique de Déi est plus bas, mélodiquement, que la dernière syllabe i ; il y a donc léger renversement mélodique ; mais le podatus de Dé, qui permet de passer à l'unisson d'une syllabe à l'autre, voile si heureusement cette liberté musicale qu'on s'aperçoit à peine de ce renversement.

En voici un beaucoup plus caractérisé, dans l'exemple suivant.

1183. — Agnus XL — Rythme composé : deux rythmes simples juxtaposés :

gnus Dé- i

Fig. 615.

Encore deux rythmes simples unis ^2iX juxtaposition.

Le mot Agttus est l'objet d'un renversement mélodique très net : la deuxième syllabe est plus élevée que la syllabe accentuée.

Ce renversement mélodique n'entraîne pas un renversement d'intensité : l'accent A doit rester plus fort que la dernière syllabe, surtout que la première note du podatus (sol-la) sur lequel celle-ci se pose.

Il s'ensuit que le geste chironomique — écrit sur le papier ou décrit dans l'espace — sera d'accord avec l'interprétation dyna-

inique, si la main, après avoir tracé une arsis sur la syllabe accentuée, s'abaisse et se repose doucement en thésis sur la finale gnus (sol-la) du même mot.

La première note du podatus (sol-la) sera donc faible; libre ensuite au chantre de préparer l'accent principal de l'incise par un délicat crescendo sur la seconde note du podatus ; c'est ce qu'indique le léger renforcement du dessin chironomique avant cet accent. Notons que l'accent principal Dé, ainsi préparé, doit être lui aussi donné doucement, sans aucune dureté.

1184. — Sanctus IX. — Rythme composé : deux rythmes simples juxtaposés :

Rythme simple | Rythme simple

Fig. 6i6.

On remarquera V arsis du second rythme simple qui s'appuie sur un groupe mélodique, doucement exprimé. Ici V arsis, quoique recourbée, est plutôt mélodique et rythmique ç^^ intensive ; aussi la reprise sur ce torculus devra-t-elle être très discrète. Bien plus, un diminuendo continu, même sur ce torculus, ne serait pas à dédaigner; dans ce cas, il faudrait recourir à la chironomie /«r^m.ent ondulante descendante jusqu'à la fin de l'incise. Nous aurions alors un seul rytJime composé ondulant :

San- ctus

Fio-. 6/7

C'est pour avoir l'occasion de proclamer la liberté d'interprétation dans une foule de cas analogues, que nous avons choisi cet exemple.

LA CHIRONOMIE GRÉGORIENNE.

B) Juxtaposition de rythmes simples et de rythmes composés. 1185, — Agnus IV. — Rythme composé par juxtaposition :

r. simple ondulant | r. composé ondulant

A- gnus

Tout ce qui a été dit dans le paragraphe précédent s'applique à la lettre aux exemples de celui-ci. Il n'y a de nouveau, dans cet exemple, que le deuxième rythme, qui est composé d'une arsis et de deux thésis ondulantes .

1186. — Agnus VIL — Rythme composé par juxtaposition :

rythme simple ( rythme composé ondulant

âF- Vp I — -I ^.fc^ I 0-

A- gnus Dé- i

Fig. 61Ç.

A remarquer seulement la thésis ondulante ternaire (la 7it sol) qui se relève en arsis, dès la deuxième note, à cause de l'élévation de cette note, tct.

Rien n'empêche cependant de figurer la même mélodie avec ondulation arsique sur la troisième note :

Agnus Dé-

En règle générale : un groupe thétique ondulant de trois notes, suivi d'une autre thésis, réclame le relèvement de la main dès la deuxième note, si cette note est la plus élevée des trois, ou si cette note, en chant syllabique, correspond à un accent tonique.

C'est pourquoi nous préférons la première chironomie proposée.

1187. — Agnus VI. — Rythme composé par juxtaposition :

rythme composé ondulant | rythme simple

A- gnus Dé- i

Fig. 621.

Aucune observation à faire : tout est clair.

1188. — Sanctus VIL — Rythme composé par juxtaposition

rythme simple | rythme composé

Fig. 622.

ARTICLE 3. — CfflRONOMIE CONTRACTEE.

RYTHJtE COMPOSÉ PAR FUSION.

1189. — Un troisième signe chironomique est nécessaire pour indiquer certains effets rythmiques, mélodiques et intensifs, plus vigoureux encore que les précédents; nous l'appelons arsis contractée. Elle convient spécialement aux rythmes composés par

fusion, tels que nous les avons définis aux n^s 137-142 de notre Premier volume.

1190. — En voici un exemple; rythme composé : deux rythmes simples contractés :

1" rythme simple | a» rythme simple

Ma- gnus Dô- mi- nus

+ contraction

Fig. 623.

LA CHIRONOMIE GRÉGORIENNE. 703

La contraction des deux rythmes s'opère sur la syllabe Dô, à la retombée du premier rythme, et au départ du second. La même note ré sert de thésis au premier rythme et CCarsis au second rythme : il y a jonction, fusion, entrelacement, croisement, soudure, contraction — choisissez le mot que vous voudrez — des deux rythmes sur cette note.

En voici l'analyse détaillée :

!«' rythme simple

2* rythme simple

La syllabe Dô est accentuée plus fortement que la première syllabe de Mdgnus ; cet accroissement d'intensité, correspondant à une montée mélodique et à un élan rythmique, est indiqué précisément par la vigoureuse reprise du mouvement chironomique sur cette syllabe Dô, par Varsis contractée.

1191. — En règle générale : la contraction chironomique trouve son emploi légitime sur une arsis bien caractérisée, correspondant :

a) soit à une syllabe accentuée, forte, montante,

b) soit à une note ou un groupe montant, mélodiquement accentué.

Autrement dit, la jonction des rythmes par contraction convient dans les montées mélodiques, là oîi se place l'accent tonique ou l'accent mélodique.

Encore faut-il observer que Varsis contractée ne doit pas faire exagérer l'intensité de l'accent. Celui-ci est ordinairement le sommet d'une courbe intensive, comme dans l'exemple précédent : l'accent Dô est préparé par la montée mélodique de Mdgnus, montée qui se poursuit encore avant de retomber sur la finale du mot et de la mélodie. Rappelons qu'en règle générale on doit éviter sur l'accent la dureté, la surprise, l'éclat de la force (i).

On comprend, par là même, que la valeur de l'intensité propre à la courbe contractée est extrêmement variable ; elle dépend de sa place dans la phrase.

1192, — Bien entendu, il ne faut pas confondre la contraction avec la simple arsis recourbée, qui se présente au début de presque tous les r\^thmes ondulants, simples' ou composés. Cette arsis 7'ecourbée n'est pas de même nature que Varsis contractée. L'arsis recourbée suit toujours une ondulation thétique, au début d'un nouveau rythme composé ; tandis que l'arsis contractée se trouve toujours dans une progression arsique.

Il peut même arriver que V arsis recourbée concorde avec un temps de silence, au début des incises. En A^oici un exemple ; la boucle du premier r^'thme n'est là que pour lancer la phrase :

1193. — Rythme composé, avec deux contractions :

lef rythme simple | 2» rytluiiELSUnple \j^ rythme simple

1194. — Mais, dira-t-on, pourquoi ne pas faire usage, dans ce dernier exemple, de la chironomie ondulante pure, comme vous l'avez fait ci-dessus pour l'intonation :

rythme simple | rythme simple

Sâl- ve re- gf- na

Fig. Ù2Ô.

(i) Cf. ci-dessus, ch. vi, n° 293.

LA CHIRONOMIE GRÉGORIENNE.

Nous aurions ainsi un rythme composé ondulant :

rythtnt simple | rythme élémeniairt | rythme simple

1195. — La raison est très simple : V accentuation toniqiic des deux textes est totalement différente.

La chironomie ci-dessus employée pour le Salve regina est parfaite. Pourquoi?

Parce que la ligne ondulante, après son premier élan, retombe doucement, en tJiésis, sur la syllabe re faible, atone, puis remonte aussitôt, en arsis forte, sur la syllabe gî, accentuée. La chironomie employée figure donc et suit très exactement la ligne mélodique, rythmique, intensive de cette incise, jusque dans ses moindres détails, sans que l'unité et l'harmonie de la phrase aient à en souffrir, bien au contraire.

1196. — Empressons-nous de dire qu'une chironomie différente pourrait être choisie, si le texte était le suivant : Salve Domina, à cause du déplacement de l'accent tonique; une bonne chironomie doit pouvoir figurer ces deux cas. De fait, nous rythmons ainsi ce nouveau texte :

Fig. 62S.

La chironomie contractée, ou bouclée, comme on voudra, est ici pratiquement préférable. Chaque contour, chaque plein, chaque délié de la ligne épouse étroitement tous les mouvements de la mélodie, du rythme et de l'intensité; n'est-ce pas là X idéal que nous cherchons, surtout au point de vue de la direction, de l'entraînement du chœur?

Rythme Grég. T. II. —23

1197. — Il en est de même pour notre incise :

Fig. 62ç.

Pourquoi ?

1° Parce que la rencontre de l'ictus rythmique et de l'accent tonique sur la même syllabe réclame un geste plus énergique qu'une simple thésis : c'est précisément le caractère de Varsis contractée ;

2° parce que le mot Cantate est ici privé de sa thésis naturelle et que les deux dernières syllabes ne forment qu'un seul temps binaire, rythmiquement indécomposable; or, Fwtique arsis contractée qui les réunit est merveilleusement adaptée à ce but ;

3° enfin, les deux premières syllabes du mot Dômitio forment également un seul temps binaire; Varsis contractée qui les enveloppe les réunit ici encore dans un même élan, dans un même effort. D'ailleurs, ce mot reçoit ainsi, grâce à la contraction, son rythme naturel. 11 y a donc, dans ce cas, rythme composé par fusion.

1198. — Ao;nus XVIII. — Rvthme contracté :

rythme simple 1 rythme simple

gnus

Deux rythmes simples réunis par contraction.

Les observations données ci-dessus à l'occasion de l'ex. Magnus Dominus, n° 1190, s'appliquent exactement à ce nouvel exemple et aux suivants.

LA CHIRONOMIE GREGORIENNE,

1199. — Sanctus VII. — Rythme composé par contraction d'un rythme simple et d'un rythme composé':

San-

ctus

Fig. 631.

1200. — Agnus VIL — Rythme composé :

rythme simple

) rythme simple | rythme simple rythme contracté

A- gnus Dé-

Fig. 6j2.

Trois rythmes simples : le premier sur Agnus : renversement mélodique ; la deuxième syllabe est plus élevée que la première, mais si peu, que l'intensité conserve ses droits; en conséquence, arsis forte sur la première syllabe, thésis faible sur la deuxième.

Le deuxième rythme sur la syllabe Dé : première clivis, ré-ut, arsis recourbée ; deuxième clivis, ré-la, sert de thésis à l'arsis précédente, mais est relancée aussitôt et transformée, par contractiom en élan du troisième rythme.

On suppose dans cette exécution que V accent principal Aq coXtQ. incise est placé sur la clivis ré-la. Mais le directeur du chant a toute liberté pour le faire concorder avec l'accent tonique de Déi, première clivis; il pourrait alors se contenter, sur Déi, d'un rythme purement ondulant, ce qui donnerait :

rythme simple

I rythme composé ondulant

gnus Dé-

Fig. 633.

Le résultat pratique est loin d'être mauvais. Mais laissons toute liberté.

11201. — Agmis XL — Rythme composé :

rytnme contracté

rythme simple | rythme simple t rythme simple

Double arsis sur la première syllabe ; la seconde arsis est cojitractée, parce que la note fa correspond à l'accent (mélodique et intensif) principal de cette incise.

Quant au troisième rythme simple Déi, une très légère reprise d'intensité est permise sur l'accent.

1202. — Sanctus IL — Rythme composé :

rythme contracté rythme simple | r. simple j r. élémen. | r. élémentaire

L'analyse poussée jusque dans ses plus infimes particularités révèle quatre rythmes. Le premier, simple : torculus zit-mi-ré arsique.

Le deuxième, simple : même sol, thésis et arsis ; contraction sur cette note. Cette contraction est commandée par l'accent mélodique fait sur ce sol.

La suite se déroule en deux rythmes élémentaires simplement ondulants.

LA CHIRONOMIE GREGORIENNE,

Autre exécution, autre r3'thme appliqué à cette même incise :

San- ctus Fig. 636.

ce qui peut être traduit et rythmé en notation musicale

rythme simple | rythme composé ondulant

San

Fig. 637.

Répercussion des deux sol, et contraction sur le premier. Cette interprétation a nos préférences ; on peut choisir.

1203. — Sanctus III. — Rythme composé :

rythme contracté

rythme simple | rythme simple

San-

ctus

Fig. 638.

L'accent mélodique sur Vnt appelle la contraction.

La légère arsis, dessinée sur les deux sol du dernier rythme, indique une douce montée et reprise de la mélodie et du rythme, accompagnée d'un délicat crescendo.

Celui qui voudrait chanter //<;?«<? ces deux notes et continuer le decrescendo est bien libre ; on aurait alors cette chironomie :

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