CHAPITRE XIII
1204. — Deux contractions peuvent se suivre sans inconvénient (cf. ci-dessus Cantate Domino, fig. 62 j).
On les trouve dans les deux incises suivantes, empruntées à l'antienne Ecce noinen Dômini, r3'thmée plus haut :
rythme contracté rythme simple | r., simp. | rythme composé ondulant
Quod an- nun- ti- â- tuni est per Gâ- bri- el... Per Ma- ri- am Vir- gi- nem est nâ- tus Rex
Fig. 640.
On peut appliquer à ce nouvel exemple les explications données précédemment. D'ailleurs la chironomie est assez éloquente pour indiquer la place des contractions et l'intensité croissante qui les CcU*actérise.
1205. — Encore une incise avec deux contractions, extraite du Gloria VIII (de Angelis) :
Fig. 641.
120H. — Un dernier exemple du même genre, emprunté au
Sanctus IX :
Sân-
ctus
Fig. 642.
LA CHIRONOMIE GREGORIENNE.
Nous laissons le lecteur faire lui-même l'analyse de ces deux exemples, comme de ceux qui vont suivre.
1207. — Il n'est pas rare de rencontrer une suite de trois ou même quatre arsis contractées :
Trois arsis contractées (Sanctus X V) :
san- na
Fi^. 643.
Quatre arsis contractées (Grad. Invénï) :
et fi- ii- us
Fig. 644.
1208, — Telles sont les chironomies fondamentales composées, simples développements de l'ondulation primitive. Elles suffisent à la direction des chœurs, et le maître de chapelle n'aura qu'à les combiner pour traduire avec fidélité les nuances les plus variées des mélodies qu'il voudra interpréter.
1209. — Point n'est besoin d'ailleurs de mélodies développées pour qu'immédiatement le geste chironomique s'impose. La plus légère inflexion mélodique suffit :
et Fi-
Fig. 645.
Bien plus, dans la simple récitation recto tono du latin, lorsqu'elle est tranquille et bien cadencée, et que rien n'empêche les ictus de s'installer à leur place normale (i), le simple jeu des
(i) Cf. ci-dessus, ch. vi, pages 256-274; ch. viir, p. 325 et suiv.
accents dactyliques succédant à des finales de mots relance suffisamment le rythme pour justifier une nouvelle arsis recourbée :
Glô- ri- a Pà- tri et Fi- li- o, et Spi- ri- tu- i Sâncto
C'est de l'application de tous ces principes qu"il nous reste à parler au chapitre suivant.
1210. — Mais nous ne pouvons pas taire combien nous gémissons, en traitant un sujet destiné, en somme, à révéler la beauté, la vie de nos célestes mélodies, de n'avoir à notre disposition qu'un papier, et, sur ce papier, que des lignes ondulées, courbes, froides, muettes, disons le mot, mortes, quand, pour en faire comprendre les qualités artistiques, il aurait fallu Vactioji, et l'action en face d'un chœur bien formé, souple, sensible, disposé à obéir aux plus légères indications, et à se laisser entrainer.
C'est alors seulement qu'apparaît Futilité, la valeur bienfaisante de ces gestes : dans la chaleur de l'action ils s'animent, se déroulent dans l'espace, s'élancent, s'abaissent, s'illuminent et illuminent; devenus parlants et éloquents, ils exercent sur le chœur un pouvoir magique qui le discipline, l'entraîne, le soulève, le mène et le ramène au gré du chef. A peine reconnaît-on ces gestes, tant ils sont transformés par l'art du directeur : ils sont toujours trois : V ondulé, le recourbé, le contracté; on en dirait mille! Car aucun d'eux ne se ressemble entièrement : incisifs ou traînants, anguleux ou arrondis, brefs ou amples, doux ou énergiques, calmes ou agités, bondissants ou ondulants, triomphants ou atterrés, ils s'adaptent avec une exactitude scrupuleuse aux moindres nuances des cantilènes; ils en dépeignent avec amour toutes les expressions : prières, supplications, contritions, adorations, actions de grâces; ils se calquent sur la mélodie, sans s'en écarter jamais. Telle une liane flexible s'enroule autour de l'arbre, son support, en suit tous les contours avec une gracieuse aisance, en arrondit les angles, en tempère la rigidité, et contribue ainsi, pour sa part, à sa grâce et à sa beauté.