ARTICLE L — MÉLODIES TYPES AVEC TEXTES DIFFÉRENTS
1211. — Abordons une question très délicate, très difficile à régler.
Lorsqu'une même mélodie s'adapte à des textes différents d'accentuation, d'intensité, de longueur, quelle chironomie doit être employée pour chacun de ces textes ?
Une réponse absolue, unique, ne peut être donnée ; car les cas varient presque à l'infini.
1212. — D'abord, est-il bien nécessaire de varier la chironomie? Il faut répondre affirmativement, si l'on s'en tient au principe
général que la chironomie doit être une reproduction fidèle du rythme de la mélodie et de ses nuances les plus délicates.
Mais, il faut bien l'avouer, l'application de cet excellent principe est rendue difficile par le fait que, dans de nombreux cas, plusieurs interprétations d'une même pièce, surtout avec des textes variés, peuvent être proposées, selon que l'on s'attache à la marche mélodique ou à l'accentuation des paroles. Il n'est pas impossible aussi que le même directeur adopte tel jour une interprétation, et en propose une seconde un autre jour, toutes les deux également bonnes, pourvu qu'elles soient bien rendues par le chœur; et elles le seront, si son jeu chironomique varie pour chacune de ses interprétations.
Donc, sans nous perdre dans les détails, et en laissant la plus large liberté, il suffira de donner quelques indications générales pour guider maîtres et élèves dans les cas difficultueux. Nous ne ferons guère qu'effleurer ce vaste sujet ; mais il doit être abordé, parce que cette question nous fournira l'occasion d'expliquer notre pensée avec plus de précision encore.
Nous procéderons par exemples, comme pour ce qui précède ; et nous étudierons successivement les différents cas qui peuvent se présenter.
§ 1. — Premier cas.
La chironomie ne chang-e pas.
1213. — Malgré les changements de texte, la chironomie proprement dite — arsis et thésis — n'a pas à être modifiée, seule la place de V intensité doit être changée.
1214. — Voici un premier exemple, une intonation d'antiennes du Ile mode :
Ire ondulation 2* ondulation 3e ondulation
An- cil- la df- xit Pé- tro
Ma- jô- rem ca- ri- ta- tem
Là- pi- des pre- ti- 6- si
Fig. 647
1215. — /''' ondulation. — On remarquera, dans la première ondulation rythmique, la modification de l'intensité; elle est requise par le déplacement de l'accent tonique : incises A et B, le plein de l'arsis correspond à l'accent tonique des mots Ancilla et Majôrem; au contraire, incise C, ce même plein se pose sur l'accent de Lapides.
C'est ainsi que le rythme mélodique s'assouplit et suit tout naturellement l'accentuation de chaque texte.
LA CHIRONOMIE GRÉGORIENNE. 715
1216. — Rien de plus facile, dira-t-on, que de distinguer sur le papier le plein des lignes ; mais, dans le geste, comment traduire ce changement d'intensité?
Nous répondons : Par la fermeté ou la douceur du mouvement de la main.
Dans l'incise C, Lapides, la main débutera sur l'accent intensif, par un geste ferme, vigoureux, rapide, et arrondira aussitôt le mouvement arsique avec douceur.
Dans les incises A et B, elle commencera au contraire avec douceur, par une courbe largement tracée; elle montera assez vivement au sommet de la courbe en marquant fortement l'arsis avant de retomber sur la thésis.
A la description de ces gestes il faudrait joindre l'exemple ; mais les directeurs expérimentés nous auront compris : ils savent que rien n'est plus expressif et plus éloquent que Vart mimique ou chironomique d'un chef de chœur habile.
1217. — 2' et s' ondîdations. — L'intensité des deux dernières ondulations dans les mêmes exemples demeure identique malgré la différence des textes.
L'accent musical principal et l'accent tonique de cette incise se rencontrent — ex. A — sur la première syllabe du mot dixit; là, par conséquent, se pose l'accent principal, musical et verbal.
Dans les autres textes — ex. B, C, <raritâtem, /r/tiôsi, — ce même accent musical ne correspond plus qu'à des accents secondaires. Faut-il pour cela changer de place l'intensité principale, et la reporter plus loin sur les accents toniques des mêmes mots? Non, certes ; ce serait, à notre avis, une faute contre la phraséologie musicale. Nous croyons qu'ici l'accent mélodique doit être conservé sur le fa, et que les accents secondaires des mots câritâtem et prétiôsi sont élevés, de par la musique, au rang d'accents principaux, au détriment des accents toniques réguliers, que la mélodie relègue dans l'ombre, au bas de l'échelle et à la fin de la cadence; il y a donc un léger renversement d'intensité.
1218. — Le même changement d'intensité se retrouve dans ce nouvel exemple, à la première ondulation : les pleins chironomiques parlent assez par eux-mêmes pour que nous n'insistions pas :
Eu- ge sér- ve bô- ne
Vé- ni e- lé- cta mé- a
Fig. 648.
Nous reviendrons tout à l'heure, pages 718-723, à ce timbre d'antienne, pour l'étudier plus longuement.
§ 2. — Deuxième cas.
Un changement de chironomie s'impose.
1219. — Voici deux incises de l'introït bien connu de la messe des défunts, Requiem :
i^^^^^^sâ
dô-
perpétu-
na é- is
lu- ce- at Fig. 64g.
La mélodie est exactement la même, pour les deux textes, à partir du pointillé tracé à travers les deux portées.
Incise A — Une thésis s'impose sur la clivis la-sol, syllabe finale du mot doua; il n'y a pas à hésiter,
hicise B — Au contraire une arsis s'impose sur la même clivis, chantée, cette fois, sur la syllabe tonique du mot Inceat; là, non plus, aucune hésitation n'est possible.
LA CHIRONOMIE GREGORIENNE.
L'intensité répond, dans chaque cas, naturellement, à la valeur intensive de la syllabe forte ou faible.
On remarquera, en outre, que l'accent tonique du mot éis (A) correspond, en B, à la pénultième faible du mot /?hrût .il y a modification d'intensité, mais non de rythme.
Des changements de chironomie s'imposent au même titre dans les mélodies suivantes; une croix les indique. Inutile d'en développer les raisons, ils ne sont que l'application des enseignements précédents.
1220. — G/on'a X :
Be- ne- dl- ci- mus te
A- do- rà- mus
Glo- ri- fi- cà- mus te
1221 . — Gloria III
Be- ne- di- ci-
mus te
Glo- ri- fi- câ-
mus te
7l8 TROISIÈME PARTIE. — CHAPITRE XIV.
1222. — Gloria VII :
Be- ne- di- ci- mus te
Glo- ri- fi- câ- mus te
Fig. 652.
1223. — Gloria XIV
Be- ne- di- ci- mus te
Glo- ri- fi- câ- mus te
I^ig' à53-
§ 3. — Troisième cas.
Les changrements de ehironomie tantôt s'imposent
tantôt sont simplement convenables.
1224. — La souplesse de la mélodie grégorienne est telle, que les classifications que nous tentons ici sont des plus délicates. Les différents cas se plient à des combinaisons variées, selon les dispositions r}'thmiques et chironomiques adoptées par le chef de chœur, et ils pourraient être transférés d'une classe dans l'autre. Il faut voir ici les choses telles qu'elles sont, largement, avec une âme d'artiste et non de mathématicien.
1225. — Le type mélodique suivant est un exemple frappant de cette flexibilité, qui provient toujours de la mobilité de l'accentuation verbale :
LA CHIRONOMIE GRÉGORIENNE.
Eu- ge sér- ve bô- ne
Vé- ni e- lé- cta mé- a
A- it là- tro ad la- trô- ne m
Cla- ri- fi- ca me Pâ- ter
Admô- ni- ti Ma- gi Fig. 654.
1226. — Les incises A et B peuvent être réunies à cause de l'identité parfaite de l'accentuation, sauf pour la première ondulation (1-2-3).
D'abord, un rythme simple, 1-3; ensuite, le groupe binaire, 4-5, réclame une arsis recourbée, à cause de l'élan de l'accent tonique qui correspond à la note 4 ; et le podatus 6, à son tour, appelle une arsis contractée, conformément aux règles convenues. L'accent principal de l'incise s'appuie naturellement sur le troisième accent tonique, car dans la suite de l'antienne la mélodie continue à monter.
Nous avons signalé ci-dessus, n^^ 1218, l'unique différence entre ces deux exemples A et B, à l'arsis de la première ondulation rythmique, à savoir : mobilité de l'intensité, qui, sur E?{g-e, coïncide avec le deuxième temps du groupe binaire, et sur TV/zz avec la première note. Ici encore, comme dans nos précédents exemples, l'intensité musicale se conforme à Taccentuation verbale, sans que la chironomie elle-même subisse de modification.
Jusqu'ici, pas de difficultés. Elles vont venir.
1227. — Incise C — Groupe 4-5, ad /«-trônem. L'accent 4 a disparu pour faire place à une syllabe atone, ad. Deux chironomies sont possibles :
la chironomie ondulante :
ait là- tro ad la- tro- nem
elle s'adapte heureusement à la valeur intensive de cette syllabe faible, et, par cela même, ne saurait être rejetée d'emblée.
Cependant une arsis recourbée sur cette même syllabe ne serait pas déplacée :
ait là- tro ad !a- trô- nem
Fig. 6j6.
cette fois, c'est la mélodie qui l'emporterait ; elle serait l'élément déterminant de la chironomie.
Comment cela?
L'élan mélodique de cette intonation est nettement accusé dans les deux premières incises A et B, qui nous semblent typiques, vu l'union étroite, parfaite, des paroles et de la musique : la mélodie monte d accent en accent, l'intensité croit, Euge serve boue, et cette allure se poursuit encore dans la suite de l'antienne.
LA CHIRONOMIE GRÉGORIENNE. 721
Il y a là un entraînement qui ne saurait être rompu, modifié, que par des raisons de textes sérieuses.
Or ce petit monosyllabe, ad, isolé, atone, sans vie rythmique, indifférent par lui-même à toute intensité, est prêt à subir toutes Iqs influences, toutes les impressions de la mélodie, et à se modeler sur elle. Que de fois, dans la psalmodie ordinaire, ces sortes de syllabes ne sont-elles pas transformées, aux cadences, en accents toniques?
Dès lors, pourquoi dans notre incise n'en serait-il pas de même? Pour notre part, nous serions tout disposé à concéder à cette syllabe une intensité qui lui est presque imposée par un courant mélodique puissant contre lequel elle n'a rien pour résister, et, par conséquent, à lui donner une arsis recourbée, tout comme à un accent tonique.
Toutefois il ne faudrait pas abuser de cet entraînement mélodique pour accentuer des syllabes qui peuvent, qui doivent même résister à cette poussée. Les incises suivantes Z>, E, F, nous aideront à développer notre pensée sur ce point à mesure qu'elles se présenteront.
1228. — Incise D. — Cette fois, le groupe binaire 4-5 tombe sur une syllabe finale de mot, Clarîfi-^^^ me, suivie d'un monosyllabe supplémentaire. Que faire? On pourrait discuter à perte de vue sur la valeur rythmique et intensive de cette syllabe ca, ainsi placée, et décider de la chironomie d'après les résultats de l'enquête; mais bagatelles, vraiment, qu'une telle discussion ! Car la prééminence de la mélodie avec une arsis recourbée sur cette syllabe a bien son charme; comme aussi une simple et douce ondulation a bien le sien. Il faut savoir éviter la pointillerie sur ces sujets délicats, douteux, choisir promptement et passer outre; nous sommes content d'avoir l'occasion de faire cette observation. Donc ici pleine liberté. C'est dans ces cas précisément que l'ondulation, par son imprécision, rend service.
1229. — Incise E. — La clivis 3 qui jusqu'ici se trouvait sur une syllabe atone de diverses qualités :
syllabe finale de mot : ^\x-ge
» antétonique : ^-lécta
» pénultième faible : Clarî-y?-ca me. s'appuie ici sur une syllabe accentuée : He-r^'-des.
Faut-il traiter cette syllabe accentuée en arsis contractée :
He- rô- des i- râtus
Nous ne le pensons pas. Ce groupe descendant, au début d£ la phrase mélodique, sert d'appui solide, de thésis, de tremplin qui permet à la phrase de rebondir dans un élan très marqué. Tout accent n'est pas nécessairement une arsis. Il en sera de même pour l'exemple suivant Admôniti, incise F.
Il est bien entendu que la force, une force très discrète, lui sera attribuée; ainsi sera signalé l'accent :
He- rô- des
Fig. 658.
Allons plus loin. Nous voici de nouveau en face du groupe 4-5, mais ici le cas est tout autre. Ce groupe est chanté sur la syllabe finale du mot Herôdes;
cette syllabe n'est plus indifférente à toute intensité, comme la syllabe ad^ de ad latrônem, incise C ;
sa valeur n'est plus sujette à d'interminables débats, comme la syllabe ca, de clarifica me, incise D ;
la syllabe des, finale de mot, a son rôle, sa personnalité dans la phrase; elle est douce, faible; il est convenable, il importe même de lui conserver sa valeur intensive, si rien ne s'y oppose; or rien ne s'y oppose absolument, et l'ondulation simple est bien propre à figurer cette interprétation verbale. S'attacher au texte est une loi qu'il ne faut pas abandonner légèrement. On chantera donc :
LA CHIRONOMIE GRÉGORIENNE. 723
He- rô- des i- râ- tus oc- ci- dit
L'intensité, après avoir fléchi un instant sur des, se relèvera crescendo pour s'affirmer nettement sur l'accent de irdtus, puis plus fermement encore sur l'accent général de toute l'antienne, occidit, qui suit. Ces nuances ne sont pas ici des bagatelles, elles sont l'art même et les moyens indispensables et authentiques de sa beauté.
1230. — Ijzcise F. — Le groupe 3, syllabe accentuée de adinôniti sera traité en thésis forte comme dans le cas précédent.
Groupe 4-5, une simple ondulation suffira, d'autant plus qu'elle s'appuiera sur une syllabe plus faible encore que celle de des, dans Herôdes.
§ 4. — Quatrième cas.
Les chang'ements de ehironomie s'imposent
selon les textes et la disposition de la mélodie.
1231. — La cadence antiphonique suivante a été étudiée plus haut, ch. X, § 1, à un point de vue spécial; la voici de nouveau. Cette fois, la question qui se pose à son sujet est celle-ci : quelle est la ehironomie qui lui convient?
Fig. 66o.
La réponse dépend entièrement de la manière d'arriver à cette cadence, et il y en a beaucoup ; examinons quelques-unes de ces différentes manières.
1232. — 1° Si la mélodie parvient cV en-bas au groupe 1-2, chanté lui-même sur un accent tonique ou même secondaire, ce groupe recevra certainement une arsis recourbée, signe naturel de son élévation et de son intensité :
Ant. Levâbit.
Le- va- bit
5) Dum intrâret.
Dô- mi- nus si-gnum
prae-cé- ptor mi- se- ré- re nô-stri.
Fig. 66i.
Nous ne voudrions pas cependant condamner une arsis ondulante dans ce dernier exemple, puisqu'il s'agit de signaler simplement un accent secondaire; cependant, ce serait moins bon, croyons-nous :
prae- ce- ptor mi- se- ré- re nô-stri.
Fig. 662.
1233. — 2o Si, dans les mêmes circonstances mélodiques, le groupe 1-2 repose sur une finale de mot, une arsis ondulante doit suffire, le geste indique la douceur de cette finale :
Ant. Ave Maria. ^%
Pf^f^Y^
» Anle me.
con- fi- té- bi- '■ tur ômnis lingua
LA CHIRONOMIE GREGORIENNE.
Ani. Quaérite.
adji-ci- en- tur vô-
Si- mô- nis Pé-
bis al- le- lu- ia
tri al- le- lu- ia
spôn-sam et màr-ty- ; rem con-se- crâ- vit Fi'g. 66j.
1234. — 3° Si, au contraire, la cadence s'embranche avec une mélodie venant d'en haut, le groupe 1-2 doit être thétique, même si ce groupe est appuyé sur une syllabe accentuée :
Ant. Allclùia.
» Inclinâvit.
)) Joànnes auiem.
r Laudate.
Al- le- lù-
Dô- mi- nus
m vm-cu-
^'^tr^^-
ia al- le- lu- ia
eu- rem su- am mi- hi
^^^^^^Fè^r^^
lis ô- pe- ra Chri- str
Lau- dà- te ; Dô- mi- num de caé- lis Fig. 664.
Remarque. — On voudra bien aussi porter l'attention sur les variations de chironomie des groupes qui précèdent le pointillé;
elles sont l'application des règles précédentes, et sont toutes commandées par le texte. Inutile d'insister.
1235. — Nous serions bien tenté de formuler une exception à cette troisième règle, toujours en faveur de la liberté. Le cas se présente dans les trois incises suivantes, et il y en a d'autres :
Anci'lla dixi
A la jonction de la cadence 1-2, l'intervalle est si minime, un demi-ton, qu'on se sent porté tout naturellement à conserver à la syllabe accentuée vi-neam son caractère arsique d'accent.
Par contre, il ne faudrait pas admettre facilement une arsis à la même place, dans l'antienne Hî novissimi ci-dessous; il vaut mieux suivre la règle 3^ dans toute sa rigueur : la thésis mélodique 1 — une tierce mineure sol-mi — est trop indiquée pour la transformer en arsis chironomîque :
En somme, l'exception que nous signalons ici à notre troisième règle ne s'applique que dans le cas de demi-ton; autrement, la mélodie l'emporte sur le mot.
LA CHIRONOMIE GREGORIENNE.
1236. — Complétons notre pensée au sujet des trois exemples précédents, fig. 665.
Quand nous parlons de liberté, nous entendons bien que les diverses chironomies proposées soient toujours basées sur la mélodie ou sur le texte : l'arbitraire et le caprice ne doivent jamais intervenir. Dans le choix de ces chironomies, le tact, l'opportunité doivent guider le chef de chœur.
Avant tout, nous le répétons, celui-ci doit s'adapter aux nécessités actuelles de son chœur. Votre chœur chante-t-il mollement? Relevez-le vite sur vineam par une arsis, dont la vigueur sera calculée sur sa nonchalance, Chante-t-il rudement? Adoucissez son allure par une douce thésis ondulante sur le même mot.
Au chef de saisir ces nuances, de passer de l'une à l'autre sans pensée préconçue; à lui de soutenir, d'exciter, de calmer s'il en est besoin; or rien de plus efficace qu'une chironomie intelligente, variée, pour obtenir ces différents résultats.
1237. — Autre type mélodique où la liberté du compositeur s'affirme dans l'intérieur même de l'incise; nous l'empruntons au
Sanctus X VII :
^B^^^^fe^
Un bref commentaire ne sera pas inutile.
12.'38. — Commençons par ce qui est commun aux trois incises.
Le groupe mélodique 4, tantôt ternaire, lignes A, C, tantôt binaire, ligne B, est toujours appuyé sur une syllabe accentuée; dans les trois cas, ce groupe sera donc à Tarsis, et la noire suivante (5) toujours à la thésis. Tout est simple.
^'oyons maintenant comment la mélodie et les différents textes arrivent à ce même groupe. Sur ce point, il y a divergence.
1239, — Incise B. — Cette incise est, sans contredit, la plus facile à r5^thmer. Voyez au tableau la chironomie employée. La seule hésitation possible se présente aux groupes 1 et 2, syllabes Be-ne. Il faut se souvenir que ce mot Benedictus est un début, puisque ce verset doit être chanté après l'élévation.
Il y a plusieurs manières de figurer plastiquement ces deux syllabes. Celle qui nous agrée le plus, après mûre considération, est dessinée sur le tableau.
Notez-le bien, c'est un début. Il est bon de commencer par une arsis ; or la syllabe Be doit être considérée, ici, comme un accent secondaire, qui jouit partiellement des privilèges de l'accent tonique, il est donc légitime de la traiter en arsis.
Ensuite une thésis se posera naturellement sur la syllabe suivante.
1240. — Mais, nous dira-t-on, la mélodie ne répond pas à cette interprétation chironomique; la syllabe Be, que vous faites arsique, est chantée sur une note plus basse que la syllabe ne, qui, pour vous, est thétique?
Réponse. — Aussi bien, n'avons-nous pas l'intention de figurer spécialement par nos gestes la marche mélodique dans ses plus infîmes détails, mais bien plutôt la marche rythmique, qui relève de l'intensité autant que de la mélodie. Or, ici, il y a évidemment reuversement mélodique {\), mais non pas renversement rythjnique.
(i) La marche mélodique naturelle serait quelque chose comme ceci :
Be-ne-dictus Fio-. 66S.
LA CHIRONOMIE GRÉGORIENNE. 729
Nous nous en tenons, pour le cas présent, à l'indication rythmique que le mot, à lui seul, fournit.
Souvent il arrivera que notre geste retracera les deux marches, mélodique et rythmique, si elles concordent, et ce sera tant mieux; mais assez souvent aussi, nous abandonnerons la marche mélodique que la voix suffit assez à bien faire ressortir, pour nous en tenir à la figuration plastique du lythme.
Pour le cas présent, il nous semble que nos gestes et les trois rythmes simples qui relient et scandent l'ensemble de cette incise sont vraiment calqués sur les mots, et, en même temps, sur P allure générale de la mélodie; les gestes ne négligent que de menus détails, auxquels d'ailleurs il convient de ne pas attacher trop d'importance.
1241. — Incise C — Tout est facile aussi, pourvu qu'on abandonne la chironomie de la ligne B^ pour s'en tenir aux indications nouvelles fournies par Va forme des jnots.
L'accent du mot nàmine, groupe 2, réclame à coup sûr une arsis et, ici, rythme et mélodie se rencontrent à souhait ; une thésis convient ensuite au groupe 3 : elle se pose doucement sur la première note sol, et se développe tout en montant jusqu'à l'accent, groupe 4, de Dômini.
On pourrait peut-être, pour figurer, groupe 3, l'élévation mélodique, relever la main davantage, et dès le premier do ; mais ce n'est pas nécessaire, le léger crescendo qui accompagne cette thésis se fera sans qu'il soit besoin de l'indiquer par un geste.
Ainsi donc, au lieu des trois rythmes simples de l'incise B, deux rythmes simples^ plus une note au début, suffisent pour rythmer agréablement cette incise.
1242. — Incise A -^ Là encore, nous n'avons qu'à serrer de près le texte littéraire pour trouver le rythme musical et sa chironomie.
L'accent unaire de glô (-ria) est fort bien marqué par le relèvement de la main à la fin du temps ternaire, groupe 1, de même que son léger renforcement. Les deux syllabes suivantes ria seront thétiques, le reste est facile.
Pour surmonter les difficultés inhérentes à ces sortes de passages, il a suffi de s'attacher étroitement aux textes, et ainsi rien n'est livré au hasard.
1243. — Les changements de chironomie dans les types mélodiques suivants n'ont pas besoin d'explication.
1244. — Gloria III :
qui toi- lis pec- câ- ta miin-di,
sus- ci- pe de-pre- ca- ti- 6- nem nôstram.
Fï£: 66ç.
1245. — Hymne Pange lingua gloriosi praeliuin certmnijtis :
G16- ri- a et hô- nor Dé-
Fig. 6jo.
1246. — Trait Cantemiis Domino :
De- us Pà- tris mé-
Fis 671
LA CHIRONOMIE GRÉGORIENNE. 731
Pour ce dernier exemple, on peut voir une autre chironomie ci-dessus, ch. vu, n^ 408. Ces deux chironomies sont bonnes; celle de la 7%-. 151 suit la mélodie, cette dernière s'appuie sur le texte ; au directeur de choisir,
1247. — On voit, par ces différents exemples, comment il convient d'appliquer les règles générales de direction chironomique exposées dans ce chapitre.
En somme, une grande part d'initiative est laissée au chef de chœur. On pourrait peut-être résumer tout ce qui précède, en disant que, même dans ces cas de mélodies types adaptées à des textes différents, c'est la forme même de la ligne mélodique qui permet de trancher la difficulté. Si elle est très accusée, d'un dessin très net, elle l'emporte alors sur les paroles, et entraîne pour tout un même type une même chironomie. Si au contraire elle n'a rien de très caractérisé, la ligne chironomique varie avec les accents du texte.