ARTICLE 2. — ANALYSE CHIRONOMIQUE DE PLUSIEURS PIÈCES
1248. — Avant de terminer, il est nécessaire, comme résumé et conclusion pratique de toutes nos études rythmiques, de mettre sous les yeux du lecteur quelques pièces grégoriennes complètes, de tous les genres, entièrement chironomiées. Nous choisirons plus spécialement des pièces où s'affirme avec plus de clarté le mélange des trois chironomies. Un bref commentaire les accompagnera.
1249. — En effet, on l'aura déjà remarqué : le mélange des trois chironomies — ondulante, juxtaposée, contractée — est d'un usage constant dans les pièces grégoriennes; on passe de l'une à l'autre avec une aisance qui accroît les charmes de la mélodie et lui donne une grande variété. C'est à peine s'il sera nécessaire de faire remarquer ce mélange habile et délicat; le lecteur ayant sous les yeux des pièces entières pourra embrasser le dessin linéaire chironomique de la phrase musicale dans toute son étendue.
On voudra bien considérer tous les exemples qui vont suivre comme autant d'exercices à répéter souvent.
§ 1. — Premiep exemple.
Antienne Asperges me.
As- pér- ges me, Do- mi-ne, hy5s6- po et mundâ-bor :
1250. — Pour éviter les redites on ne signalera, dans les commentaires qui vont suivre, que les faits qui ont besoin d'explication.
1251 . — l'"e Partie. — /'^ Incise : Asperges me. — Renversement mélodique sur les deux dernières syllabes ges me; le renversement intensif ne s'ensuit pas : ces syllabes, thésis ondulantes des arsis précédentes, restent relativement plus faibles, surtout la première ges, finale de mot; la seconde me, posée faible, sera conduite en léger crescendo; car elle prépare immédiatement l'accent général de toute l'antienne, placé sur l'accent tonique du mot Domine.
La main, en traçant ces deux ondulations montantes, suivra le mouvement ascendant de la mélodie. Nous avons essayé danr la ligne chironomique de figurer cette nuance (i).
(i) Cet effet de rythme et de chironomie n'est pas rare; il se présente, par exemple, dans les Antiennes O :
Ant. O sapientia... usque ad !i-nem fôr-ti- ter
Fig. ô/j.
LA CHIRONOMIE GREGORIENNE.
1252. — 2' Incise : Domine hyssôpo. — Toute la première incise ascendante conduit à la deuxième, sommet de cette délicieuse mélodie.
Cette deuxième incise est, au contraire, tout entière descendante. Après les deux vigoureuses arsis du début, sur D6, suit une série de trois thésis ondulantes, descendantes et décroissantes, série qui n'est arrêtée ni par le léger accent intensif de hyssôpo, traité lui-même en thésis, ni par la discrète arsis mélodique et rythmique sur le mot et(jmmddbor), qui s'achève paisiblement sur une double thésis ondulante plane à l'unisson; à la main et au geste conducteur de reproduire ildèlement toutes ces indications.
Telle est la physionomie de la première partie de l'antienne.
12,j3. — 2e Partie. — Cette deuxième partie débute et finit comme la première. Les mots lavdbis me reproduisent exactement la mélodie et l'accentuation des mots Asperges vie.
4.' Incise : et super, etc. — Seul, le début de cette incise reçoit, de par le texte, quelques modifications mélodiques d'une merveilleuse gracieuseté : surtout les deux accents an levé (super nîvem) donnent à cette phrase une saveur exquise de simplesse et de fraîcheur, qui rappelle la légèreté de la neige, et super nivem dealbàbor.
L'analyse de la première partie convient à la seconde, il est aisé de faire cette adaptation.
§ 2. — Deuxième exemple.
Antienne Nolite solliciti esse.
No- li- te sol- li- ci- ti es- se di- cén- tes
quid man-du- câ- bi- mus, autquid bi- bé- mus?