‹ Le nombre musical grégorienChapitre 481 sur 534 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

il y a donc changement cV intetisité . C'est précisément le cas de quid vôbis. Une thésis faible ondulante se pose sur ce groupe, glisse légèrement, et la vague rythmique poursuit son cours comme dans le cas précédent.

Ex. C — Plus rarement encore, une pénultième faible s'installe sur ce même groupe ; la solution chironomique est la même que dans le cas précédent.

On remarquera que les signes sangalliens sont exactement les mêmes dans les trois cas ; on sait qu'ils ont pour but principal d'indiquer des nuances agogiques, bien plutôt que des nuances dynamiques ; le texte souligne ces dernières.

En résumé, la mobilité de l'intensité et encore plus les fonctions rythmiques diverses des syllabes du texte (accentuées ou tinales) appellent ici la mobilité de la ligne et du geste chironomiques.

Il ne faut pas oublier qu'il s'agit de perfection, d'idéal.

§ 3. — Troisième exemple.

Première Strophe du Lauda Sion.

Làu- da Si- on Sal- va- tô- rem, Quan- tum pot- es, tan- tum au- de :

Làu- da dû- cem et pa- stô- rem,

Qui- a raà- jor à- moi lâu- de.

In hym- nis et can- ti- cis. Nec lau- dâ- re sûf- fi- cis.

Fi^. 676.

LA CHIRONOMIE GRÉGORIENNE.

1258. — La chironomie adoptée dans cette phrase musicale nous donne l'occasion de montrer la beauté et la variété rythmique qui proviennent de la succession

a) de rythmes élémentaires ondulants (Lauda Sion...),

b) de rythmes simples (Lauda ducem) et de rythmes composés, (et pastâreni),

c) puis encore de rythmes ondulants (In hymms...).

1259. — /'^ Incise : Lauda Sion. — Le rythme ondulant montant est bien celui qui convient le mieux à cette mélodie. D'un seul élan, d'ondulation en ondulation, elle s'élève jusqu'à l'accent principal. En effet, sous l'unique grand rythme, on sent battre le pouls de la mélodie, nous voulons dire chaque rythme élémentaire, chaque ondulation ; il y en a juste autant que de mots : ces battements révèlent la vie du rythme. Cette impression de détails, lointaine, discrète et mystérieuse, au lieu de nuire à la marche entraînante du rythme, la rend plus sensible, plus souple et plus gracieuse :

Làu<

da

S(- I on

ryth. élément.

Sal- i varyth. élément.

tô- I rem rytb. smiple.

change :

ryih. élément.

- 2' Incise : Lauda ducem et pastàreni. — Soudain, tout

I temps composé temps composé 1 1 temps composé rythme simple j

rythme simple rythme composé

a) Dans la première incise, chaque mot forme à lui seul un rythme élémentaire ; dans la seconde, chaque mot, sauf le dernier, ne forme plus qu'un temps composé binaire;

Rythme Grég. T. II. —24

b) dans la première, toutes les syllabes accentuées sont au levé, à l'arsis, toutes les finales à la thésis ; dans la seconde, toutes les syllabes accentuées sont marquées de l'ictus rythmique : un mot entier sert d'arsis, un autre mot entier de thésis ;

c) dans la première, tous les mots sont rythmés ; dans la seconde, le dernier est seul à l'être.

De tous ces changements résulte un élargissement du rythme, un contraste et comme une sorte de renversement rythmique, qui produit une profonde impression. Au lieu d'un rythme ondulant unique (l^e incise), nous avons, dans la deuxième incise, deux rythmes juxtaposés, le premier simple, le deuxième composé.

Il est clair que rien ne s'opposerait ici, si on le désirait, à un unique rythme ondulant descendant, mais nos préférences vont à l'autre interprétation, que nous venons de dire.

Pour bien nous faire comprendre, la voix, le geste seraient nécessaires ; mais, dans une Méthode, il faut savoir se passer de ce secours et compter sur le directeur de chœur pour suppléer par son chant, par sa mimique, à l'insuffisance d'un enseignement écrit.

1261. — j* Incise : In hymnis et cdnticis. — Retour au rythme ondulant, cette fois descendant. La main suivra soigneusement la pente décroissante de la mélodie, du rythme, de l'intensité; c'està-dire qu'après l'arsis binaire du rythme simple In hymnis, elle descendra en ondulant jusqu'à la dernière syllabe ; car c'est par l'élévation et l'abaissement de la main que le chœur doit saisir les diverses nuances d'intensité d'une phrase grégorienne.

§ 4. — Quatrième exemple. Autres strophes du Lauda Sion.

Ec- ce pâ- nis An-ge- 16- rum, In fi- gù- ris prae- si- gnâ- tur,

LA CHIRONOMIE GREGORIENNE.

Fâ- ctus cf- bus vi- a- tô- rum Cum I- sa- ac ira-mo- là- tur,

Vé- re pà- nis fi- li- ô- rum,

A-gnus Pâs-chae de- pu- ta- tur,

Non mit- tén- dus câ- ni- bus.

Dà- tur mân- na pà- tri- bus.

Fig. 677-

1262. — Toute cette strophe est soumise entièrement à la chironomie ondulante, d'abord descendante et montante, puis encore descendante, sauf la double arsis nécessitée au début de la troisième incise par les deux accents Vére pânis.

On pourrait cependant très bien glisser une arsis recourbée au commencement de la deuxième incise :

ange- 16- rum Fâ- ctus c{- bus vi- a- tô- rum : Fig. 678.

appliquant ainsi une règle formulée plus haut, qui permet, conseille même, dans une longue série ondulante, une reprise d' arsis à l'entrée d'une nouvelle incise, surtout si la mélodie est ascendante, ce qui est le cas ici. Bien veiller alors à conserver la douceur de la 2e note, et l'intensité normale des deux accents Fdctus cibus. L'emploi de cette règle serait moins bien justifié au début de la quatrième incise qui est descendante, non niitténdus.

§ 5. — Cinquième exemple.

Autres strophes du Lauda Sion.

Quod in coé- na Dû- cti sa- cris

Chri- stus gf^s- sit, in- sti- tû- tis,

Fa- ci- en- dum hoc ex-prés- sit, Pa- nera, vi- num in sa- lu- tis

In su- i me- mô- ri- Con- se- crâ- mus hô- sti-

1203. — Cette strophe du Lauda Sion est la plus élevée de cette séquence; son élan mélodique est irrésistible; une chironomie semblable doit lui répondre. On peut en proposer plusieurs ; deux sont dessinées ci-dessus.

Chironomie a. — L'ondulation montante puis descendante peut sufllre à cette tâche, pourvu qu'elle soit menée fermement et largement par un chef vigoureux.

Chironomie b. — Si le directeur ne la trouvait pas assez énergique pour soulever un chœur mou et nonchalant, il pourrait avec

LA CHIRONOMIE GRÉGORIENNE.

avantage recourir aux chironomies recourbée ou même contractée, qui permettent des gestes plus démonstratifs et plus entraînants. Une particularité à signaler : au début de la deuxième incise, Faciéndum ou Pdnem, est indiquée sur la première syllabe une arsis tmaire dont la vivacité imprévue et l'intensité sont de nature à exciter les chanteurs. Ce moyen extrême, ordiiiairement dangereux, peut être autorisé; pour arriver au but, il faut recourir à tous les stratagèmes.

§ 6. — Sixième exemple.

Salve Regina.

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