‹ Le nombre musical grégorienChapitre 485 sur 534 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

1278. — Nous terminerons par quelques lignes qui résumeront les enseignements contenus dans le présent chapitre et, en somme, dans tout le Noinhj-e vinsicaî grégoTieii.

La chironomie bien comprise n'est point une affaire d'improvisation; bien loin de là : elle doit être soigneusement préparée, et jusque dans les plus petits détails ; car elle est l'expression vivante de toutes les beautés de la mélodie.

1279. — Elle repose tout d'abord sur une science parfaite de la composition grégorienne.

Sans cette science, le directeur est exposé à ne tracer, dcAant ses chanteurs troublés, déconcertés, que des gestes bizarres, grotesques souvent, vides de sens, crochets, cercles, triangles, etc. etc., sans relation ni avec les paroles ni avec les mélodies, ou même en contradiction manifeste avec les unes et les autres.

Avec elle, au contraire, une conduite intelligente, artistique, pieuse d'un chœur est presque assurée. Il importe, en effet, pour le choix des gestes, de savoir :

les cas oCi la prééminence delà musique sur les paroles s'affirme décidément ;

les cas où, au contraire, le texte domine la mélodie;

les cas enfin où une transaction s'établit entre la mélodie et le texte.

Sans cette connaissance, rien ne peut réussir ; toute direction sera entachée de maladresse et de gaucherie; adieu l'art, adieu la prière.

1280. — Toutefois cela ne suffit pas.

Affaire de science, la chironomie est, plus encore peut-être, affaire de goût, de bon goût et d'art. Or le discernement esthétique, fin et délicat, ne s'acquiert, dans un sujet apte à le recevoir — et, ici, il y a autant de degrés que d'individus — que lentement, par l'étude personnelle, par l'expérience pratique et plus encore par les avis et les leçons d'un maître, vraiment artiste, vieux routier s'il est possible — il y en a de jeunes — pénétré lui-même de la science et de l'esprit hiératique de nos saintes cantilènes.

LA CHIRONOMIE GRÉGORIENNE. 749

Conseil important : fuir avant tout le professeur, même artiste, qui, d'emblée, sans étude préalable, et de par son propre génie, ne doutant de rien, prétend trouver en lui-même et dans ses seules études musicales modernes la clé de l'interprétation rj'^thmique et chironomique de cet art antique, presque aussi vieux que le christianisme lui-même ! Celui qui écrit ces lignes sait, par expérience personnelle, qu'il faut savoir au besoin se dépouiller de ses propres idées, des idées prises à l'école, pour entrer dans la pensée des siècles grégoriens. A cette condition seulement, on arrivera à une intelligence parfaite et à une interprétation fine et relevée.

1281. — Bien loin de nous la pensée de couper les ailes au génie. Le vrai génie consiste, dans l'espèce, à se laisser tout d'abord guider par l'œuvre qu'il s'agit de traduire, à embrasser en toute vérité la pensée ancienne, à ne laisser échapper aucune des nuances, expressions, mouvements indiqués dans les manuscrits; tout cela doit se refléter, plein de vie, dans l'attitude, dans les gestes du chef de chœur, et jusque dans la flamme de son regard.

1282. — Est-ce à dire qu'il ne puisse jamais se confier en sa propre inspiration ?

Non, certes : dans cette interprétation objective que nous recommandons avec instance, il va, sans sortir de l'esprit primitif grégorien, une marge très large pour une infinie variété de nuances, d'expressions et, par suite, de directions chironomiques.

Souvent même, au moment de l'exécution, surtout en face d'un chœur habile et bien formé, des éclairs jaillissent sur les pièces musicales, les illuminent et permettent une pénétration plus intime de leur tour primitif et de leur vraie beauté.

Cependant, toujours le fond doit demeurer ; même dans ces cas, le chef de chœur ne doit jamais sacrifier au goût moderne ; la modération, la souplesse, la simplicité, la suavité de l'art antique grégorien doit toujours dominer.

1283. — Si le directeur remplit ces conditions, nous voulons dire : s'il a la science,

s'il est artiste,

s'il soumet ses inspirations personnelles à l'antique esprit grégorien,

il arrivera, avec un chœur bien formé, à une exécution parfaite, il aura atteint son but ; il aura prouvé que le chant grégorien, art parfait, est la plus belle des prières, et la plus noble des louanges vocales que l'homme puisse offrir au .Seigneur.

Alors se réaliseront à la lettre les magnifiques paroles de S. Jean Chrysostome dans son commentaire du Ps. xlf :

« Nihil animam ita erigit, ipsi alas addit, a terra libérât, a vinculis corporis exsolvit, ad amoreni sapientiae excitât, et despectum reriini terrenarurn docet, ut modulatio catitus, et canticuni divinum numéro compositum ».

« O'jokv o'jTw; àvis-TY.c-', 'j;'jy->,v, xal -Tépoi, xal r?,ç */■?,<; à-a^XaTTE',, xai. Twv Toù TwjjiaTCiç à— oÀùs;, o£7iji.wv, xal ct'.ÀOTO'iérv — oier, xal TiâvTwv xaTaysXâv twv p!,ci)T'.x(ov, wç jj-sâoç T'jjji'iwvîaç, xal g-jOuÔ) o-jvxe ijjievov ôeîbv àcjj.a. »

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