‹ Le nombre musical grégorienChapitre 494 sur 534 · C. — Cieépon · texte numérisé non relu

C. — Cieépon

Né en 106 av. J. C, mort en 43. Contemporain de Varron et de Nigidius. — Il écri\it le De Oratore en 55, le Bru tus en 46, VOrator en 46.

(Vendryes, p. 25 et 26. — Lejay, art. cité de la Revue critique, 1897. —

SCHOELL, p. ICI, LVI.)

jcr texte de ClCÉRON.

Vendryes suit Lejay, nous citons ce dernier : <L Un contemporain de Vanon et de Nigidius, Cicéron lui-même, ne s'exprime pas autrement qu'eux, et il le fait dans un endroit de VOrator où sa pensée est bien éloignée des questions grammaticales. Dans la partie du traité consacre'c à l\ictiott, l'auteur

C) Voculatio = accentus. Cf. Schoell, p. 89, xxxviii et xxxix. On trouvera également dans Schoem., p. 58 et sfj., une dissertation sur ce texte de Nigidius.

vient à parler du débit et de la cantilène qui doit accornpag^iier la parole et varier avec les sentiments exprimés :

*. Volet igitur ille, qui eloquentiae p/ui<:iputuiii petet, et contenta voce atrociter dicere; et summissa leniter, et inclinata videri gravis, et inflexa miserabilis; mira est oiim quaedam natura vocis ; cujus quidem, e tribus, omnino suis, inilexo, acuto? gravi, tanta sit et tam suavis varietas p< rfecta in cantibus. Est autem in dicendo quidam cantus obscurior, (non (') hic e Phrygia et Caria rhetorum epilogus, pêne canticum : sed) ille quem significat Demosthenes et Aeschines, cnm alr^^r :ilteri obicit vocis flexiones... > {Or. 56}.

> Jusqu'ici il est question de l'accent oratoire, d<: <:•- <:li;jiii discret de la parole qui dispose en tout de trois registres, le grave, l'aigu t-.i \t. passage de l'un à l'autre (tel est le sens de injlexo : cf. De Oratorc 2. 193 : '' idem inflexa ad miserabilem sonum voce"); mais Cicéron ajourf- :jussirôr la digression suivante :

* In quo illud etiam notandum mihi vi.it^tur -.id scudium persequendae suavitatis in vocibus : ïpsa etùm natura, guasi modularetur hoininum orationeni, in onini verbo posuit o^utain voce?n, nec utux plus, nec a postrenia syllaba citra teriiom. : quo tnagis tuituram ducem ad aurium voluptatem sei/uatur industria >.

> On reste toujours dans le même ordre d'idées, il ?'agit encore de chant et de mélodie, comme le prouvent la transition in giu> et l'expression quasi modularetur. Mais ici, c'est de l'accent des mots dont il est question et dont les règles essentielles sont indiquées en deux propositions. Ce n'est au reste qu'une simple observation faite en passant, et Cicéron revient aussitôt à son sujet après avoir transformé sa digression en une preuve nouvelle en faveur des vocis flexiones. On ne peut imaginer une description plus claire «^t en même temps une allusion plus naturelle et plus dégagée de tout esprit de système comme de toute réminiscence d'une doctrine étrangère h.

Lejay ne cite que ce texte, et il suffit. Cependant en voici un second cité par Vendryes, p. 26.

Z" TEXTE DE ClCÉRON.

K In versu quidem theatra tota exclami.iu. <i tiiii una syllaba brevior aut longior. Nec vero multitude pedes novit, nec uUos numéros tenet ; nec illud quod offendit, aut cur, aut in quo offendat, intelligit; et tamen omnium longiuidinum et bre\ntatum in sonis, sicut acutarum graviuinque vocum. judicium ipsa natura in auribus nostris collocavit » {Or. Li, 173.1.

Vendryes n'ajoute aucune réflexion. Ce dernier texte ne nous semble pas prouver directement en faveur de l'accent tonique ou grnv<-. Cic ron peut ne parler qu'en général des sons aigus et graves.

{') Ce qui est entre ( ) n'est pas cité par I.ejay, nous l'ajoutons; !M>ur iivoir le texte complet.

D. — Vitruve.

Né \ei-.s .S; .<v. j. Cli.

(Lejav. ;in. <,it.=. Vendryes, p. 26. — L. Havet, Revue de Philologie, I, 1877, p. 2-](>. -- IIavet, Métrique..., p. 221).

\'oici ce qti"" «lit l.ejay : <i II est nécessaire de signaler l'interprétation inexacte donnée prn- M. Lindsay d'un autre texte, celui de Vitruve, V, 4, 1-2. Dans ce ciiapitre du De Architectura est résumée une théorie générale d'Aristoxèn»; sur deux espèces de mouvements de la voix. Aristoxène, et après lui, Vitruve parlent musique, non pas accentuation. Cependant au milieu de l'exposition du musicographe grec, Vitruve intercale un exemple pour l'édification du lecteur latin, et cet exemple se trouve être la description la plus claire de l'acceur «ârconflexe entendu comme accent mélodique... Il est faux de dire que cette description est " borrowed apparently from Aristoxenus, empruntée évidemment à Aristoxène ". L'ensemble du passage est sûrement tiré d' Aristoxène. comme le dit Vitruve et comme le prouve la comparaison des deux ouvrages. Toutefois Aristoxène n'a pas plus songé à décrire le circonflexe grec qu'à citer sol, lux,flos, vox. Cette parenthèse est de Vitruve, ou probableirieni d'une source latine antérieure, Varron, d'après une récente conjecture de M. Ussing » (').

Voici le texte de Vitruve, tel que le donne M. Havet, dans la Revue de Philologie :

< Vox enlm mutationibus cum flectitur alias fit acuta alias gravis, duobusque modis movetur, e quibus unus effectus habet continuatos, alter distantes. Continuata vox neque in finitionibus consistit neque in loco uUo ; efficitque terminationes non apparentes, inten^alla autem média -< ap >- parentia, uli sermone, cum dicavms sol, Itix, flos, vox : nunc enirn nec tende incipit nec uM desinit intellegitur, sed, quod ex acuta facta est gravis, ex gravi acuta apparet auribus. Per distantiam autem e contrario, naraque cum flectitur, in mutatione vox statuit se in alicujus sonitus finitionem, deinde in alterius; et, id ultro citro ci'ebre t'aciendo, constans apparet sensibus ; uti in cantionibus, cum îlectentes vocem varietatem facimus modulationis : itaque, intervallis eîi cum versatur, et unde initium fecit et ubi desiit apparet in sonoruiii patentibus finitionibus, mediana autem latentia inter- . \ ;dlis obscurantur ».

De ,t'c/iif., V, 4, 2. (.SCHOELL, p. 83, XXIl).

M. Havet ajoute ce commentaire :

« Ce passage a été tuai compris et défiguré, et je doute qu'aucune édition le donne correctement. Dans la dernière, celle de MM. Rose et Millier- Strùlîing (T.ips., feubner 1867), la phrase sed, quod ex acuta facta est gravis.,

(M « Je n'iii pas à cxamiaer si l'hypothèse de M. Ussing est plus certaine que la doctrine généralement reçue jusqu'ici atj sujet de Vitruve. Il suffit que l'auteur de la compilation, si c'est un faussaire du iv^ siècle, ait puisé à une source plus ancienne ». C'est tout ce qm- dit f.eja.y et il passe à Quintilicn.

ex gravi acuta apparet auribus est rendue inintelligible par la substitution (empruntée à l'édition Lorentzen) de nec quae à sed quod, et par l'insertion d'une virgule entre acuta et apparei.

> M. F. Schoell, qui, dans les Acta Societatis philologue Lipsiensis (t. 6, 18761 p. 38), a eu le mérite d'attirer l'attention des grammairiens sur le passage de Vitruve, a eu le tort de transcrire le texte falsifié sans se donner la peine de regarder les leçons des manuscrits. Il se trompe grandement quand il croit que cette suite de mots vides de sens est propre à confondre ceux qui osent admettre l'existence de l'accent circonflexe en latin, et quand il s'imagine qu'elle va les réduire au silence : « omnem dirimit controversiam >. En réalité, le texte de Vitruve est un témoignage positif sur l'existence de l'accent circonflexe en latin, et sur la nature de cet accent.

> Le passage latin a pour objet essentiel une théorie musicale puisée, comme le dit Vitruve lui-même, dans Aristoxène {Eléments harmoniques, 1. i, c. 3). Vitruve distingue deux mouvements de la voix, dont l'un a effectus continuatos^ l'autre effectus distantes. Les mots sermone et in cantionibus semblent indiquer que le premier de ces mouvements est celui de la voix parlée, et le second celui de la voie chantée, et en effet Aristoxène (i, 3, 31) professe expressément cette distinction...

» Dans le résumé qu'il donne de cette théorie grecque, Vitruve a inséré une remarque de phonétique latine, d'autant plus précieuse pour nous qu'elle n'a point sa source dans Aristoxène, et que, selon toute apparence, c'est une observation directe sur la prononciation usitée à Rome du temps de l'auteur.

2> Vitruve n'a pas, comme Aristoxène, jugé suffisant de dire que la voix parlée présente un « mouvement continu >, un changement graduel d'acuité. Il a, en outre, tenu à dire expressément dans quel cas ce phénomène se manifeste. Pour donner une notion précise du changement d'acuité, il ne pouvait comparer l'acuité de la voyelle d'une syllabe à l'ac.uité de la voyelle d'une autre syllabe, car, entre deux syllabes, il se trouve ordinairement une consonne, phonème qui n'a point d'acuité appréciable pour l'oreille, et qui établit une solution de continuité. Da.ns pdtèr, par exemple, Va était prononcé aigu et Ve grave; entre ces deux voyelles, le / faisait un vide musical. Il eût été difficile de juger si, entre le commencement de Va et la fin de 1'^', l'acuité du ton diminuait peu à peu; et même on peut se demander si la question du mouvement « continu > ou « discontinu > aurait ici un sens. Vitruve a donc cherché un mouvement de la voix à l'intérieur d'une même voyelle ; or, en fait de voyelles à mouvement musical intérieur, il ne pouvait guère citer que des voyelles prononcées avec l'accent circonflexe, lesquelles commençaient sur un ton plus aigu et finissaient sur un ton plus grave ; et, en fait de voyelles circonflexes, il devait, pour éviter toute confusion, en choisir qui fussent aussi isolées que possible, c'est-à-dire qui appartinssent à des monosyllabes. Le choix de ses exemples était donc marqué d'avance : il devait alléguer, et il a allégué en effet, des mots monosyllabes circonflexes, à savoir : soi, lû.x\flôs, vôx.

> Dans la parole, la voix ne se pose sur aucun ton ; elle glisse insensiblement le long de la série des tons. On ne peut donc dans la parole, comme on le fait dans le chant, assigner des valeurs déterminées à un ton initial et à un ton final pris chacun isolément ; il n'y a même pas un ton final ni un ton initial ; tout ce qu'on peut faire est d'user de comparaison et de juger ([ue la

voix est d'abord plus aiguë et ensuite plus grave. Lors donc que le larynx fait entendre un circonflexe ou ton descendant, l'aigu se change peu à peu en grave, et c'est par rapport à la valeur plus grave de la fin que l'oreille apprécie la valeur plus aiguë du commencement. En d'autres termes, tandis que dans le chant l'oreille constate des tons distincts, dans la parole elle ne constate que des changements du ton. Tel est le sens de la phrase nunc enim nec unde incipit Ttec ubi desùiit intelligiturj sed, quod ex acuta facta est gravis^ ex gravi acuta apparet auribus >.

Vendryes, p. 26, fait remarquer à juste titre que cette théorie du circonflexe «.suppose que l'accent latin était essentiellement musical ».

E. — Quintilien.

Né vers 35 ap. J. Ch., mort en 95.

(Vendryes, p. 27. — Lejay, art. cité).

I" TEXTE DE Quintilien.

« Est autem in omni voce utique acuta, sed nunquam plus una nec unquam ultima, ideoque in disyllabis prior >.

Inst. or. I, V, 29. (SCHOELL, p. 102, LVll).

Ce texte rappelle celui de Cicéron, dont il reproduit presque les expressions.

2*= TEXTE DE Quintilien.

« On a vu dans un autre passage (xil, 10, 33), dit Lejay, le signe d'un changement dans la nature de l'accent. Quintilien compare l'accent grec avec l'accent latin :

« Sed accentus quoque cum rigore quodam tum shnilitudine ipsa mitius suaves habemus, quia ultima syllaba nec acuta unquam excitatur nec flexa circumducitur, sed in gravent vel duos graves (') cadit semper. . . ».

Inst. or.., XII, 10, -i)}) (SCHOELL, p. 102, LVIII).

< L'expression de Quintilien est vague, disent MM. Weil et Benloew..., p. 9; nous croyons y trouver un indice que les Latins appuyaient quelque peu sur la syllabe aiguë et que déjà leur accent s'acheminait vers l'accent moderne ».

< L'expression similitudine et tout ce qui suit est parfaitement claire, reprend Lejay : Quintilien dit, ce qui est vrai, que l'accent est plus monotone que l'accent grec, parce qu'il jouit de moins de liberté dans les positions qu'il peut prendre. Reste le mot rigore. Rigor, au propre, désigne l'état de ce qui est rigide : dans la langue des arpenteurs, c'est la ligne droite. Au figuré, le mot est souvent un péjoratif de constantia : « (Pisoni) placebat pro constantia rigor » (Sen. De ira l, 18, 3; cf. Pline N. H.., 7, 18, 3). C'est aussi la fixité d'une

(') Lire .sans doute « graves [vox] cadit. . . » (noie de Lejay).

loi immuable : « rigor disciplinae militaris » (Tacite H. I, 83), « juris rigor > {Dig.yA^iy., I, ig). jR/j^or est la sévérité des règles d'a.ccentua.t\on ; simtlttuefo est la monotonie qui en résulte. S'il s'agissait ici de l'espèce de heurt produit sur l'oreille par l'accent d'intensité, on attendrait une toute autre expression, aspeHtas ou impehis par exemple. Ce passage ne renseigne donc pas sur la qualité de l'accent ».

Le D"" Kiihner, dans son AusfuJu'Uche lateifiische Gramvtatik, p. 238, donne la même interprétation du texte de Quintilien. Après avoir rappelé brièvement la différence entre les deux langues latine et grecque au point de vue de l'accentuation, il ajoute : « C'est grâce à cette souplesse d'accentuation que le giec est plus harmonieux que le latin. Le latin en effet, à cause des règles strictes qui régissent la place de l'accent, a une certaine rigidité ou raideur et une certaine monotonie. Quintilien 12, 10, 33 : " Accentus quoque cum rigore quodam tum similitudine ipsa... " Mais par contre, et pour les mêmes raisons, il a une énergie et une puissance d'effet oratoire supérieures à celles du grec ».

Il n'est donc pas question dans ce rigo?- de la nature de l'accent, ni en particulier de son intensité.

« Il est prudent, reprend Lejay, de s'arrêter à Quintilien. Si lui-même ne nous laisse pas soupçonner encore un changement dans la nature de l'accentuation, il n'est pas sûr cependant que l'évolution n'était pas déjà commencée. Les témoins de date plus récente sont au reste des compilateurs et des abréviateurs dont il faudrait déterminer les sources ». Rien de plus sur Quintilien. Lejay passe ensuite à l'argument tiré des neumes, que nous avons cité au ch. V de ce volume, p. 158.

Vendryes (p. 27-28) ne cite pas les deux textes précédents de Quintilien. Il commence par dire que i. le témoignage de Quintilien a moins de valeur, a priori, que celui de Cicéron ou de Vitruve;... rien chez Quintilien n'autorise à penser qu'à son époque l'accent fût devenu intensif». Puis il réfute Langen, qui a confondu l'accent oratoire (intensif) avec l'accent aigu dans deux textes de Quintilien.

Sur la nature mélodique de l'accent tonique, ou plus simplement du « ton », dans l'indo-européen, le grec et le latin, cf. Meillet et Vendryes, Gravunaire comparée..., pp. 1 19-123 ; on y trouvera la confirmation de la thèse que nous soutenons ici : « Le ton que le grec et le latin ont hérité de l'indoeuropéen différait absolument de l'accent d'intensité qu'on observe dans des langues indo-européennes modernes comme l'anglais, l'allemand ou le russe... >. Cf. aussi un curieux article de G. Kent, H accentuation latine : Problèmes et solutions {Revue des Etudes Latines, Juill.-Déc. 1925, pp. 204-214). L'auteur arrive aux mêmes conclusions, quoique par une voie tout-à-fait différente

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