‹ Le parler franco-acadien et ses originesChapitre 112 sur 179 · Presque semblable au précédent · texte numérisé non relu

Presque semblable au précédent

11. — Attrappe-comme-peut, à Québec. C’est le catch-as-catch-can, des Anglais.

12. — Tout d’une pièce, sans qu’aucune partie touche à terre.

13. — Le franc jeu, ou jeu français, qui se joue avec douze dames de chaque côté ; la polonaise n’est pas connue, en Acadie.

14. — Sorte de jeu où les dames suivent certaines lignes se croisant.

dames de son adversaire. Si le plus faible pouvait faire tric-trac, la partie était nulle1.

On jouait aussi aux cartes, aux trois-sept (que les Canadiens appellent les quatre-sept) , où le dix et le neuf sont les deux plus fortes cartes ; à la brisque, où le gros et le petit major sont les deux maîtresses cartes ; au loup, au truc.

Durant le carême, tous les amusements cessaient. Pas de chansons, non plus. Au lieu de chansons, des complaintes et des cantiques ; à la place des jeux, le chapelet, dit en commun.

Le jeûne, un jeune de la dernière rigueur, était religieusement observé par tous ceux qui avaient passé vingt et un ans, et n’en avaient pas soixante.

La Nourriture

Un siècle et demi d’exil sous une domination étrangère et longtemps hostile, sans relation aucune avec la France et les choses de France, a creusé un fossé entre les coutumes domestiques d’empremier et celles d’aujourd’hui, lesquelles, de force, visent l’imitation anglaise. Plusieurs vieilles traditions agricoles et culinaires se sont en outre perdues à vivre aux bords de la mer, dans le dénuement complet des choses nécessaires à la vie.

Comment peut-il en être autrement quand nous savons qu 'après le Grand-Dérangement 2, des familles ont vécu des années et des années, sans manger de pain blanc, le bon pain blanc de France, si abondant à Beaubassin, aux Mines, à Port-Royal, dans toute la vieille Acadie perdue. Pour ceux-là, pour leurs enfants^ en tout cas, l’art de cultiver le blé et de boulanger le pain n’était plus qu’un souvenir imprécis.

Avec le hareng et les coquillages, ce qui sauva de la mort ceux des Acadiens qui s’en sauvèrent, ce furent les pommes de

1. — Faire tric-trac, c’est mettre deux dames en telle position qu’il , est impossible à l’adversaire de les renfermer ou de les manger.

2. — 1 La déportation des Acadiens et leur spoliation, en 1755.

terre. Des patates *, du poisson 2 salé, l’hiver, avec de la viande de cochon, telle fut, pendant près de cent ans, à peu près l’unique nourriture des déportés de 1755.

Dans de pareilles conditions, les recettes culinaires finissent par se perdre.

11 est étonnant, cependant, de voir ce que la nécessité sait trouver de ressources. Esope, avec des langues seules, servait à son maître toute une série de plats merveilleux. Les Américains des Etats du Sud font avec du hlé-d’inde 3 plus de cinquante variétés de pain, de bouillie et de sagamité 1 2 3 4, plus excellentes, plus exquises les unes que les autres.

Avec des patates et de la viande de cochon, les Acadiens en exil trouvèrent ce plat merveilleux, dont Vatel fut mort de joie, s’il en eut découvert la recette : la poutine râpée5 6 7. Ce mets, digne des dieux de l’Olympe, constitue encore aujourd’hui le régal par excellence du réveillon de la messe de minuit.

Par ordre d’excellence, en gradation descendante, viennent le flan, gâteau confectionné avec le premier lait d’une vache nouvellement vêlée, le laivriou 6 ; le fricot, dont les plus exquis, hors concours, se font avec du gibier sauvage à plume, et, au besoin, avec de la piroune ' ; les croxignolles, que l’Académie française, mal avertie, dénomme croquignole ; le pain doux, autre-

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