CHAPITRE XXIV
Radicaux et Racines Got — Gargoton
“ Serait-il impossible d’arriver, d’après les méthodes de la linguistique comparée, à grouper un certain nombre de radicaux monosyllabiques, personnels aux langues européennes, et de remonter, à leur aide, le courant des origines, en se donnant, pour point d’appui, la phonétique des langues vivantes ? ” Marsillac, Les vraies origines de la langue française.
De tout temps la recherche des radicaux a passionné les hommes : on veut savoir l’origine des choses. L’enfant crèye son pantin pour voir “ ce qu’il y a dedans. ” Le chimiste brûle ses alambics à la recherche de corps simples, et le biologiste, ses yeux, à celle du principe de vie dans les êtres animés. Mais tous, jusqu’au poète qui a dit : Félix qui potuit rerum cognoscere causas, y ont perdu leur latin.
Seuls les philologues prétendent y faire exception.
La langue française, telle que consignée au dictionnaire de l’Académie, se compose d’à peu près vingt-sept mille mots, de toute provenance. Ils ont, les philologues d’aujourd’hui, à ce qu’ils prétendent, trouvé la racine, le radical de chacun de ces mots, à l’exception d’environ six cent cinquante.
Réduits à leurs véritables proportions, ces trouvailles de radicaux consistent, tout au plus, à indiquer de quels éléments tel vocable français a été formé, à quel mot forain il së rattache, de quelle racine prochaine ou éloignée il provient. On s’arrête au latin, dans la plupart des cas ; dans d’autres, on va jusqu’au grec, jusqu’au haut allemand, jusqu’au celtique. Pour un petit nombre, on remonte jusqu’au sanscrit1, les colonnes d'Hercule,
1 . — Les radicaux de la langue sanscrite sont, parait-il, monosyllabiques. On en compte environ 1700.
Vultima Thule, des langues indo-européennes. Qu’est-ce à dire ? Et le mot sanscrit, lui, d’où vient-il ?
Soyons de bon compte et concédons que tout repousson 1 qu’on aura rattaché à un tronc, ou à une tige honnête ; que tout vocable auquel on aura trouvé un père avouable, est un mot légitime, de bon hairage “ et digne d’entrer dans les lexiques.
Donc, il reste dans la langue française six cent cinquante mots dont les pères sont introuvables. Ils existent pourtant quelque part ces pères qui se dérobent à leur géniture.
Parmi ces champis 3 prenons gosier.
Demandez a Littré d’ou vient le mot gosier. Il n’en sait rien: “ Origine inconnue, répond-il, par la voix de son admirable Dictionnaire. ” La forme la plus ancienne est “ gosillier * 2 3 4, ce qui suppose un primitif gosil. Le mot, ajoute-il, pourrait avoir gosse, se gosser , pour primitif ; mais gosse (lui-même) reste sans explication. ”
Les autres étymologistes n’en savent pas davantage ; le radical des mots français de la famille gosier n’a pas été, jusqu’ici isolé. On le recherche éperdument au pays de France.
Or, nous l’avons, nous, ici, en Acadie, ce radical fugitif. Il existe aussi dans le pays de Québec. Laissez-moi vous le pré-