‹ Le parler franco-acadien et ses originesChapitre 173 sur 179 · Arch. Gentry, Rimes 'percheronnes · texte numérisé non relu

Arch. Gentry, Rimes 'percheronnes

avec le vent qu’il engoule. Cet oiseau s’appelle ferzaie, ou frezaie, en Acadie.

Engloutir : Faire disparaître dans le got, ou le glout.

Engouffrer : Faire disparaître dans un gouffre, autie forme de got.

Estringolé : Avoir le got serré d’épuisement. Il est arrivé tout estringolé d’avoir couru, Se dit couramment, en Acadie. Le radical go est contenu dans golé.

Faux-got : La trachée-artère. The wind-pipe, en anglais. Avaler par le faux-got se dit pour “ avaler de traders, en Acadie.

Frigousse : Cuisine, ou plutôt chose cuisinée, dans 1 argot de faubouriens : Delveau, Dict. La syllabe gousse renferme le mot got ou goût.

Frigousser : Préparer un ragoût.

Gagout : Gosier, dans la province de Québec, d’après M. Adjutor Rivard.

Gargoton: Ce mot renferme deux radicaux primitifs gar et got.

Voir la seconde partie de cet article, où nous donnons la série alphabétique des mots, très nombreux, qui en dérivent,

Gaudir (Se) : Se réjouir. Dérive directement du latin gaudere. En remontant plus haut, ce mot se rattache possiblement à gosier ou got, source première des jouissances animales.

Gave : Jabot des oiseaux, en Anjou. Ce qu’on appelle falle, en Acadie et en Basse-Normandie.

Gaver (Se) : Se remplir la gave ou le got. “ Se rattache à un mot de la vieille langue qui signifie gosier. ” Clédat.

Gaviau : Gosier, en Maine. Delveau, Dict. donne gaviot : même signification.

Gavion : “ Gorge, gosier, au pays de Québec. (S. Clapin, Dicti onnaire C anadien-Français . )

Gésier : “ Gosier, gorge. ” Delveau, Dict. de la langue verte. “ Avoir mal au gésier, ” en argot, c’est avoir la bronchite. En français, d’après la définition qu’en donne l’Académie, le gésier, c’est “ le second ventricule de certains oiseaux qui se

nourrissent de grains, comme les poules, les pigeons, etc. .. Le grain passe du jabot au gésier. ” Dict. de V Académie.

Gigier : Se dit pour gésier, en Acadie.

Gigot . Paiait s être rapporte, autrefois, à la mangeable.

Gigot-fin : Beau mangeur, dans l’argot populaire.

Glot, glout : Variation du mot glotte.

Glotte : C’est une forme du mot got, avec un Z intercalaire euphonique, et signifiant l’orifice du got. Le mot dérive de glotta, forme attique de glossa, ouverture de larynx. Nos hellénistes l’ont pris du grec glôttis, la luette, et les Grecs le tenaient de la langue-mère d’où leur idiome, ainsi que le latin, le celtique, le Scandinave, le slave, le germain, le français, sont sortis. A glotte se rapportent :

Glouglouter : Faire des glouglous en buvant. Quoique, en apparence, une onomatopée, peut aussi venir de gloute.

Glotir : S’est dit d’abord pour engloutir.

Glous : En vieux français égout. D’après Go defroi : Canal par lequel s’écoulent les immondices.

Glousser, Closser, en Acadie : Une poule glousse, ou classe, pour appeler ses poussins. Elle glousse aussi pour annoncer qu’elle veut couver. Cri qui vient du go = gloussement.

Glout : Marot a glout, pour glouton. On trouve dans La Chanson de Roland = “ Morz est li gluz qu’en destreit vus teneit. ”

Gloute : Même mot que glotte, 1 ’o s’allongeant en ou. On disait, en vieux français = boire à gorge gloute, “ et aussi à gloute 9°ft Ie- ’ Des Periers le donne comme synonime de goulu.

Glouton : Homme ou bête qui se bourre le got, ou le glout, ce qui revient au même. Nous trouvons gluto, en latin. Le vieux français avait, je crois, glouter et gloter, avec le sens d’avaler gloutonnement. Les Anglais disent to glut (prononcez glott), pour obstruer, engoter. Du radical glut, variante de got, les latins ont fait gluttire. Mettez à gloider le préfixe en, et vous aurez englouter, c’est-à-dire engloutir. Rabelais donne gloutte pour féminin de glout. Glouton est sorti du latin glutonem. Pour nés chasseurs, un glouton est un carcajou. “ S’il y a mauvaises

glotes, Plus y a mauvais glovtons. ” Le Rebours de Mathéolus, cité par Godefroi.

Gloutonnement. Gloutement, en vieux français : La mort “ glotement les pièces engoule. ” Roman de la Rose.

Gloutonnerie : Excès d’un glouton. En vieux français, glouterie, et aussi gloutonie. On trouve également, dans la \ieille langue, gloutonner.

Gobe : Les Anglais ont gob, signifiant grosse bouchée ; les paysans français ont gobe avec le sens de bol servant à donnei la pâtée aux habitants de la basse-cour. On trouve Gob, Gobet, avec la signification de morceau, bouchée, dans de très anciens auteurs.

Une gobe c’est quelque chose qui entre dans le got. Got et gob, c’est encore le même mot. En gaélique d’Irlande, gob est synonyme de gueule et de bouche. To gob a furnace, pourrait se traduire de l’anglais en dialecte acadien par engoter une fournaise, l’étouffer.

Les Anglais disent gob, également, pour la bouche. Dans l’argot des voleurs, la gobe signifie la franc-maçonnerie.

Gobeau : Bouchée, gorgée. “ Il leur présentait un gobeau de laict de jument. ” Montaigne.

Goboter : Boire avec avidité, dans l'ancienne langue.

Gobe-mouche : Un passereau dentirostre, gobeur de mouches. Au figuré, c’est une personne crédule qui s’emplit le got de tout ce qu’on veut bien lui faire croire ; qui gobe toutes les sornettes qu’on lui raconte.

Gobe-moi)ton : Poison qui fait mourir les moutons qui s’en gobent.

Gabeau ou goubeau : Gourmand, en Normandie. M. Lacombe, Dict. en fait un synonyme de gobelet.

Gobeler : Boire à plein gobet.

Gobelet : Qui sert à verser le liquide dans le got. D’où gobeler er, ou gobeloter, et gobeleteur. Un gobeletier est un fabriquant de gobelets. Gobelet peut dériver de 1 ancien français gobel, ou aussi de gobe, bol à l’usage des volailles. Ce sont ici des suppositions. Il y en a bien d’autres dans cette monographie.

Gobelin : Les Gobelins, avant d’être des tapissiers, étaient.

des monstres “ cacodémons, » au dire de Paré, qui s'emplis-

'e g°l d'êtreS hum“nS' C’étaient lutins p 0*, des vermemers ennemys de la nature. " Des Perriers.

Gober : Ce ™ot est assurément d’origine celtique, où gob es synonyme de bouche. Gob n’y serait-il pas, en même temps, J njme ' ie somer ! En tout cas, gober, ici comme en France, c est fourrer prestement un objet dans le got, i’avaler les yeux tenues. L anglais a gobble,

meme sens.

Il les prend, il les tue, il les gobe à son plaisir. ” — La Fontaine.

Gober a donné gobeur, même sens, comme gob a donné gober. Gober en menuiserie, signifie aussi entamer. Gober des - \ , 6 bois a Ia hache, avant l’équarrissage, c’est, en Acadie

taire de petites entailles. Cela s’appelle piquer une pièce ié crois, au pays de Québec. ’ J

Goberge : Les Terreneuviens appellent goberge, une espèce

de morue munie d’un got énorme, la merluche. En Anglais haddock. b

Goberger : Vomir, restituer, se désemplir le got. Se goberger, c’est prendre ses aises, après s’être bien repu.

Gobet : Morceau de prix, dont le got se délecte. Gobichonner : Courir les auberges, d’où gobichonade, npaiile. Faire une gobichonade, en France, c’est ce que nous appelons ici, faire une brosse.

Gobillard : F aire des gobillards, en Acadie, c’est disposer en rond des douelles (douves), pour en faire des quarts (barils),

des barriques, ou des bailles (cuves), leur donner la forme d’un ■got.

Gobine : En Nonnandie, bonne chair. Se dit aussi, je crois, pour gosier.

Gobiner : Faire ripaille ; s’empiffrer le got. En Normandie se rengorger.

Godailler : On a fait dériver ce mot de l’anglais good ale. Il semble se rattacher plutôt à got, se rincer le got. L’ancien français avait gogaille et gogailler, épelés, quelquefois, gogayer. Bra-

chet rattache godailler à goder = “ Origine inconnue, ” ajoute-t-il.

Godard : Homme qui se traite bien, sans égard aux autres, d’où le proverbe normand : Servez Godard, sa femme est en

couches. , -r. 4.

Gode : Pli à un vêtement. On trouve dans Brantôme

« Faire gode chère. ” A aussi la signification de plaisant.

Godelle : En Normandie, partie de plaisir où 1 on fait

bonne chair. , ,

Goder : Faire des plis. Cette robe gode. L n pli rond est

une espèce de go. Se dit aussi, quelque part en France, pour jouir. On trouve le mot goder dans les auteurs du xie e.t du

xiie siècle. . .

Godet : On appelle godet de pipe, en certaine province de

France, ce que nous appelons, ici, un tuyau de pipe. Du temps de Cot grave, un godet, c’était “ an earthern bole, a stone-cirp, a jug, » Le suffixe det peut n’être qu’un diminutif, donnant à godet, le sens de petit got. On peut y voir l’influence germanique

dans le changement du t en d.

Godet se dit aussi pour un entonnoir dans lequel les fondeurs

versent le métal en fusion. En argot, c’est un verre à boire.

Godille : Aviron qu’on appuie sur une petite échancrure, à l’arrière d’une nacelle, et auquel on imprime un mouvement de propulsion. Peut-on, à cause de cette échancrure en hémicicle, rattacher godille h got?

Godiller : Imprimer certains mouvements alternatifs de propulsion à une godille : “ Godiller un bateau au tia\eis d’une passe étroite. ” L’hélice procède de la godille. Godiller signifie aussi, chez le peuple, se réjouir, comme il arrive dam un festin où l’on s’en donne à gogo.

Godiveau : “ Origine inconnue. ” Clédat.

Goddon : “ A blithe glutton. ” Cotgrave, Did. On trouve le mot dans les très vieux auteurs.

Goéland : Oiseau aquatique, grand mangeur de poisson. Goélette : Dérivé de goéland, à ce que l’on prétend. S’écrivait autrefois goualette.

Goéliche : Petit goéland, en Acadie, mouette.

Goitre ( goêtre , en Acadie) : Grosse tumeur qui s’attache

au got Goétron, diminutif de goêtre. “ La gorge et li goetrons sont dessous la gonelle. ” Jehan de Meung. Test. Le latin de la decadence avait guttur et gutturosus, pour goitre et goitreux.

Gouaille : Faire la gogaiUe, c’est faire ripaille, manger oire et rire, en d’autres termes s’emplir joyeusement le got. *

Gogo : Manger à gogo, s’emplir plusieurs fois le go.

Gogo y : Semble être le même mot que gogo. Signifiait en -vieux français, bombance, divertissement bruyant

Gogue : “ Sorte de ragoût. ” M. Laeombe, Dictionnaire

Goguenot : Pot de cidre, en Normandie ; gobelet de fer blanc, dans l’argot des troupes.

Goguette : Etre en goguette, c’est être très gai, en qoqov pour avoir mange et bu avec excès.

G o guetteb : “ Faire passer une liqueur du gosier à l’estomach : c’est boire, en bon français. ” M. Laeombe, Dict.

Goin : Qui soigne bien son go ; grand mangeur et grand buveur. Pourrait aussi s’écrire gouin.

Goinfre : Qui aime à se goinfrer, qui se plaît aux goinfreries et aux goinfades. Un goulu, qui se bourre le go.

Goloser, goulouser : En vieux français, désirer ardemment quelque chose pour son go.

Goser : Manger à l’excès, en Normandie.

Golfe : Immense got qui entre dans les terres. Engouffrer, to engulf, en anglais, n’est apparemment pas autre chose qu ’engolfer.

Good : Mot anglais qui s’est écrit god. Pourrait bien être apparenté à got, gosier, source première des jouissances animales.

Gore : S’est dit, aux xie et xue siècles, pour gouffre , canal. Il y a, aux îles Manitoulines, Canada, la baie Gore, en anglais, Gore-Bay.

Goret : Au figuré, homme qui mange malproprement.

Gorgerin : Partie de l’armure des chevaliers, qui leur couvrait la gorge.

Gorget : Rabat qui entoure la gorge.

Gosier : Synonyme de got ; plus que synonyme, le même mofy avec le suffixe ier en plus. L’s est euphonique. Avec un t euphonique, nous aurions go-tier ; avec l’yod palatal, go-yer ;

ce serait toujours le même mot. Les grecs substituaient, comme nous, un t euphonique à un s, et inversement.1

Gosiller : Se disait, en vieux français, pour vomir, se vider

le go, et aussi, au figuré, pour dégoiser.

Got, Gosier : En Ecosse, got, ou gote, signifie un égout, une rigole, un canal conducteur. En provençal, même en poésie, il se dit, tout comme en Acadie, pour gosier :

Beguen, jouvent, la glori à plen de got.

Buvons, jeunes gens, la gloire à plein got.

Mistral, Inné Gregau — Les Olivades.

On trouve got dans le roman de Florence et de Blanche :

“ La demoiselle bien le got, ” v. 2481. Ici, got vient de goder, dérivé du latin gaudere et signifie s’amuser, se réjouir.

Ausonne, dans sa XIXe Idylle, nous apprend qu’Ennius, avait employé gau pour gaudium. “ Ennius, ut memorat, replet leatijicum gau. ” F. Genin, Récréations philologiques, vol. XI, p. 26L <■ Ainsi de gaudium. descendait, en ligne droite = gogue, goguette, gogo, gogailles, go-guelu, goguenard, etc. ” Ditto.

En Anjou, on appelle got, un trou en terre pour planter la vigne. On trouve, en Angleterre, gut, gutts, gutter, gotte, avec la signification d’entrailles.

Goter : Faire des gots, en Anjou.

Gouffre : Autre forme de golfe, parait-il. Je m’en rapporte ici aux savants, à mon got défendant “ Gurges a passé du sens de gouffre, qu’il a dans la langue, à celui de gouffre, où s’avalent les aliments. ” Petit de Juleviïle. On trouve gouffre et goufle pour golfe, dans les auteurs du xue siècle.

Gouge : Du 1. gubia, prononcez goubia. Arrondi en forme de got, d’où gouger, faire une rainure ronde en forme de go. Avait, en vieux français, un doublet masculin, goi ou gonet, tiré de gubium, remplacé, aujourd’hui, par goujon. Par la forme du mot et de la chose, gouge est apparenté à go.

1. — Jacques-Cartier, Premier Voyage, 1534, nous dit que dans la langue des aborigènes (de Terreneuve probablement) le gosier se disait Conguedo. Le rapprochement entre gued et god, est probablement fortuit ; il peut aussi ne l’être pas.

Goujure : rainure creusée avec une gouge

Sp GOULIAFFRE •• Qui «'emplit salement le go.

be dit dans le Maine. y

Goule : Monstre dévorant, clans les dictionnaires. Ce mot

:r^Vld— ; de l arabe ghul 0u ghoul ’ Puisque les savants i ,-b ast,uren • Mais Qhul lui-même, aussi bien que gula, en latin, gala, en sanscrit, ghoul, en anglais, gueule et goule, en français, doit se raccorder avec le primitif got. Le h intercalique et 1 t final ne sont pas pour y faire obstacle.

Goule ^ est synonyme de bouche, en Acadie, comme, aure ois, en France. C’est un mot de bonne compagnie, qui •s applique exclusivement aux humains : Ferme ta goule : je te | onnerai mam sur la goule. On embrasse sa bonne amie sur la goule. Quand il s agit d’animaux ou de choses inanimées c est gueule que nous disons : la gueule d’un cheval, d’un fusil’ d une nviere. Goule et gueule nous viennent directement du latin Mais ou les latins les avaient-ils pris ? A goule se rattachent : goulee, ^ grosse bouchée, pleine goule ; bagouler, parler a tort et a travers ; débagouler, même signification plus énergique encore ; bagoul, bagout, etc. Gaulée se trouve dans Ernest Deschamps. Dans l’argot du peuple, goule signifie aussi la gorge, le gosier, d’après Delveau, Dict.

Goulet : Qu’on applique ce mot à une entrée étroite de rade, a un goulot de bouteille, ou à l’œil d’une bombe, c’est toujours une manière de go.

Goulette : Canal qui fait communiquer le port de Tunis •avec la Méditerranée. Les différentes goulettes des architectes et des maçons sont toutes des espèces de gos.

Gouleyant : Cidre gouleyant, qui est agréable au goût, à la goule. Mot normand.

, G°ulimas et goümas : Mangeaille, en Normandie ; ce qu’on se met dans la goule, dans le go.

Goulot ; S’est dit anciennement et se dit encore, pour gosier : “Pour moi, j’en ai jusqu’au goulot, ” Ancien Théâtre français, IX, p. 54. S’emploie, en Acadie, surtout pour goulot de bouteille. Toute ouverture en forme ronde est, ici, un goulot Goulot, ou gouleau, signifie bouchée, goulée, en Anjou.

Gouffrer : Une étoffe gouffre, quand elle fait des fauxplis, des commencements de gots. Dans le pays de Québec, où l’on ne chouse pas, c’est goffrer que l’on dit.

Goulottb : Rigole sur la cimaise d’une corniche, par où les eaux s’écoulent. Mot employé par Victor Hugo dans les Misérables.

Goulu : Qui a une grosse capacité de goule, ou de gueule,. safre. On trouve goulu, pour gourmand, dans Marot.

Gourgousser : Se dit, en Québec, pour glousser. En vieux français se disait d’un liquide qui bout. En normand, gronder sourdement.

Gourmacher : S’est dit, en vieux français, pour manger malproprement.

Gourmand : Qui aime à se satisfaire le got, d’où gourmandise . L’r est intercalique.

Gourmander : Signifiait, autrefois, agir en gourmand.

Gourmet : Qui aime à s’introdùire de bons morceaux dans le go.

Gousse : Gaine, enveloppe, étui, en forme de got.

Gousseiain : Employé par Richepin.

Gousset : Creux de l’aisselle, petite poche.

Goût, de gustwn (prononcez goustoum) : Qui plaît au go. Goût et got sont apparemment le même mot. Se dit, en Acadie et au Canada, pour mauvais goût. Ce beurre a un petit goût. Je lui trouve un goût.

Goûter : Opération du got dans le discernement des saveurs. Signifie aussi mauvais goût : Ce lait goutte la sûr. Ça goutte le vinaigre.

Gouteron : Dans l’ancienne langue, partie de l’aimure qui couvrait la gorge.

Goutte : En latin gutta (prononcez goutta ) : Liquide sorti goutte à goutte d’un got. ( Si non e vero. . .) S’est écrit gote, originairement. “ La maladie appelée la goutte (d’où goutteux) a reçu ce nom, parce qu’on l’attribuait à des gouttes d’humeur. ” Clédat.

Gouttière : Qui fait fonction de got ; gutter, en anglais. Le latin populaire avait gutturiosum.

iuDBGsJ2TE : P°Che’ 9TXL En parler fente d’une

pe. Se dit aussi 50Jo(e. Cela s’appelle mégaillire, en Acadie.

Gk an d-G ousier : Héros pantagruélique de Rabelais Le ““ ::!km k n°“ * 4 -se de la

vent™DOünLdIt°N ’ ^ °Ù l’0" s’empiffre d» ^ S’ouïe au

e On dd aussi un fin gueletm, pour un grand mangeur.

Gueuse : Gosier dérive de l’ancien français gueuse (gosier), dont 1 origine est inconnue, ” A. Brachet. De gueuse ' dérive le verbe égosiller. Idem.

Jargouiller, pour gargouiller: “ Parler confusément. ” Delveau Dict. D’où le mot jargon.

Jargoiler : Jargonner, parler du gosier, en vieux français tout d’abord! rattache au m°t précédent. S’est écrit gergon,,

JuGAL • Le gosier, guttur, du mot jugulare, égorger. ” M. Lacombe, Dict.

Larigaude : “ Le gosier. ” Borel, Dict. C’est de l’ancien français, ou le mot se disait pour la gorge, le nœud de la gorge.

Larigot : De l’Aunay, commentant Rabelais, dit que larigot est le nœud du gosier, et que boire à tire-Varigot, c’est boire a tire-gosier .

Margoulette : Diminutif de goule, avec le préfixe mm mauvaise. r

Polyglotte : Réunion de deux mots grecs = poly, plusieurs, et glossa, ou plutôt glotta, langue. Voir Glotte.

Ragoût, ragoûtant, ragouter : Qu’on aime à goûter une seconde fois, à remettre dans le got.

Ravigote (à la) : Sauce piquante qui ravigote. Mot populaire.

Ravigoter : Ramener à la vie. Revenir d’une maladie grave, d’une syncope. Littéralement, remettre la vie dans le got: On le croyait mort, il a ravigoté; il .est resté plus d’une minute dans 1 eau, mais le docteur l’a ravigoté ; comme il avait le crâne défoncé, il a été impossible de le ravigoter. Cette fleur

est toute fanée, tu ne la ravigoteras pas. Ce mot est d un usage universel, en Acadie. Il existait, sans aucun doute, dans 1 am cienne langue, d’où les premiers colonisateurs de 1 Acadie 1 ont pris. Cotgrave le donne avec le même sens qu il a ici.

“ On a pansé quée fu l’anlégresse De voir l’anfan revigotai. ’ — Noéls de Lcunonnoye,

écrit dans le dialecte bourguignon, c’est-à-dire en francien, en pur vieux français.

Il ne faut pas confondre ravigoter avec ravigorer , qui signifie redonner de la vigueur, comme dans ce passage de Sainte-Chantal . “ Par les doux entretiens duquel peut-être ma chère âme se pourra ravigorer. ”

Rigole : Tranchée par où l’eau s'égoute. Se dit aussi pour Tonne chair, dans l’argot des voleurs.

Rigoler : Se réjouir, en mangeant, buvant et dansant.

Rigoleur : Jouisseur.

Seglout : En vieux français, morceau qu on avale d une bouchée.

Tire-larigot : Boire à tire-larigaud, c’est boire à plein got, soit qu’on écrive le mot comme ci-dessus, ou comme on le trouve écrit dans la chanson normande de Basselin=“ Et vide le pot, Tvce-Larigault. ” Cotgrave, fait larigaud synonyme de larynx.

Transglouter les morceaux, c’est les faire passer à travers le got. Cotgrave traduit le mot par= “ Greedily to swallow down Ms méat halfchewed. ” Marot a transglouter avec la signification de avaler.

Sanglot : Formé sur singultus, ou singluttus, où se trouve le radical gluttus, gosier.

Il nous reste de ce mot, dans la géographie acadienne, le gut (prononcez gott) de Canso, entre la Nouvelle-Ecosse, proprement dite, et le Cap-Breton, appelé passage de Fronsac, sous la domination française ; et aussi le gut de Digby, dans la baie de Fundy, l’ancienne Baie-Française.

En somme, nous n’avons fait, jusqu’ici, que la revue des bour-

geons qui sortent plus ou moins directement du tronc. D’où vient le tronc lui-même ; D’où sort le mot got ?

De lui seul, apparemment. Il est lui-même son primitif mono-syllabique et, par conséquent, indivisible. II constitue un radical atomique. Got est une première cellule. Mais d’où venait-il avant d’entrer dans la langue française ?

Comme il appartient à toutes les langues indo-européennes, dont le français se réclame, il nous est venu de tous côtés, des idiomes tudesques et Scandinaves, de l’anglo-saxon, qui a gutt, c e a emand qui a kuttol (le k et le g allemand se permutent), c u latin guttur, du grec glottis, des formes celtiques en go, got, gutt, gol, gob, gos.

Aux formes latines guttur (prononcé gouttour), et gustus, (prononcez goustous) et aux formes anglo-saxonnes-allemandes en got, en gut, etc., correspondent les deux formes françaises got et goût. Ce sont là des visages apparentés, des vocables sortant

d un radical commun, où bien c’est à jeter sa linguistique aux chiens.

Les Acadiens ont apporté cette racine de la Touraine, vers le milieu du xviie siècle, et l’ont transplantée en Amérique, où elle s’est conservée, elle, ses boutures et ses marcottes, sans altération aucune.

D’où vient, me direz-vous encore, qu’un primitif de cette importance n’ait pas été recueilli par les poètes et les prosateurs de France ?

Cette omission peut s’expliquer très bien par le fait que got, pro\ enant directement du tudesque, ou du celtique, ou du Scandinave (je laisse aux savants à éclaircir ce point, peu important, d ailleurs), était roturier sur toutes les coutures. Il eut pour concurrent gosier ou gousier, d’apparence plus noble. Les lexicographes (sauf Cotgrave, et il n’y en eut guère en France avant lui), et les écrivains surtout, ont consigné celui des deux termes qui avait, de la noblesse, et ont ignoré l’autre, le vilain. N’ayant pas été enregistré dans les écritures, c’est aujourd’hui comme s’il n avait jamais existé, bien qu’il ait couru autrefois parmi le peuple.

Quoiqu'on ne le trouve pas dans les documents de l’ancien

parler qui sont venus jusqu’ à nous, on le côtoie, lui et ses dérivés, on le sent, on y touche, à toutes les périodes de la langue française. Les pousses sorties de la racine de ce Jessé percent de toutes parts.

Dire qu’on ne trouve pas ce radical dans la vieille langue de nos pères, n’est pas tout à fait exact Les Franco-Normands d’Angleterre, au xie siècle, lorsqu’ils ne parlaient que le Français, avaient le mot gotte à côté du saxon gut, ou gutt , avec à peu près la même signification qu’ici.

Je pourrais même le faire remonter plus haut ; car je me suis laissé dire que gosier s’écrivait gala, en sanscrit et gara en zend. Mais je suis ici sur une terra incognita, où il serait téméraire pour moi de m’aventurer.

Pourquoi, objectera-t-on encore, orthographier got, si le mot se prononce go ?

Pour la même raison qu’on écrit pot, qui se prononce po, gigot qui se prononce gigo, dépôt, impôt, calot, idiot, etc., etc., où le t final ne se fait pas sentir.

Quand on veut ajouter une désinence verbale, ou toute autre désinence, à un substantif terminé en o, au, eau, il faut intercaler une consonne, si l’on veut éviter l’hiatus. Formé régulièrement, sans un tampon pour amortir le choc de deux voyelles, go donnerait le verbe go-er, gigo, gigo-er. Le peuple prend ce tampon parmi les consonnes. C’est ainsi qu’avec tuyau, il a fait tuyau-t-er ; avec siro, il a fait siro-p-er, d’abord, puis siroi-er. Sur le substantif bardeau, les Canadiens ont fait le verbe bardo-t-er et les Acadiens bardo-cher. Ceci peut expliquer pourquoi go, dans les mots qui en dérivent, est suivi tantôt d’un t intercalaire, tantôt d’un d, tantôt d’un s, tantôt d’un l, selon les besoins de l’euphonie.

Donc, go est le primitif de gosier, et de la plupart, sinon de la totalité, des mots qui sont rapportés plus haut.

Gargoton

Au primitif got se rattache par des liens très étroits le radical < gar , de formation onomatopéique. Les deux sont tellement appa-

î entés qu on dirait deux frères •deux frères siamois.

jumeaux ; réunis dans gargoton,

Le gargoton, terme d’un emploi universel, en Acadie, signifie a gorge d un homme ou d’un animal. Réduit à ses éléments •constitutifs, la première syllabe du mot, gar, représente plutôt la partie extérieure de la gorge, et la seconde, got, la partie inténeme. La finale on est une désinence, formée sur un accustif latin en em ; car on ne saurait mettre en doute qu’un mot de cette universalité, n’ait passé par le bas latin, en usage, dans les Gaules, sous la domination romaine. Le vieux français avait gargueton. Gargoton signifie gosier, à Angers. Il a la même signification dans le pays de Québec.

e meme que son consort got, gar se retrouve, plus ou moins modifie, dans toutes les langues, aussi loin qu’on peut aller, aussi haut qu’on peut remonter, avec une signification à peu près constante, qui est celle, tantôt de gorge, tantôt du bruit — d’où 1 onomatopée— que fait le passage d’un liquide dans la gorge autrement dit le gargoton.

I ne interminable trâlée de mots français, livresques et populaires, dont il semble qu’on n’ait pu, jusqu’ici, démêler l'origine, se rattache à la réunion de ces deux radicaux primitifs. Xous a-\ ons donné une longue liste de ceux qui sont issus de go, l’œsophage, l’avaloire, le fauces latin, qu’on appellerait l’âme,7 s il & agissait d un canon. Poursuivons notre énumération et fournissons, maintenant une liste de ceux qui sortent de la combinaison de gar avec go réunis.

Rabelais — à tout seigneur tout honneur — a tiré de ces deux primitifs le titre et le nom du principal héros de son poème apocalyptique, Gargantua, auquel il a adjoint Grandgousier,1 2 goinfre épique, et Gargamelle, une femme, leur émule à l’un et à l’autre, en exploits pentagruéliques.

Le dictionnaire anglo-français de Cotgrave date de la fin du

1. — Le gargoton, ou gorgoton, se dit aussi pour la pomme d’Adam, dans le bas de Québec.

2. — Gosier se dit gousier, en Acadie. Gosier est à gousier, ce que got ■est à goût. La langue chousait, en France, au xvie siècle, comme elle chouse aujourd’hui, en Acadie.

xvie siècle ; il est, par conséquent, contemporain de Port-Royal d’Acadie à sa première fondation. On y trouve les radicaux gar et got accomodés à toutes les sauces de la langue. Par exemple:

Gar gamelle : “ The throat. ” 1 On dit dans l’Avranchin : u Boire à la gargamélle, ” et au Canada : “A la gamelle, ” ce qui me semble joliment la même chose.

Garganton : “ A great Glutton ; a belly-god. ”

Garganton est une variante de gargoton ; c’est peut-être le même mot, dont le son aurait été mal saisi, ou mal rendu, par Cotgrave.

Gargante : signifie gorge, au Languedoc. Même signification en Espagnol, où gargantilla est un collier que les senior as se passent autour du cou, du gargoton.

Gargantua : “A great throat, ” ou grand gosier.

Gargarçon : “ The fore part of the throat. ” C’est apparemment la pomme d’Adam.

Gargate or Gargassane : “ The throat-pipe. ” C’est le gosier, nous dit Borel dans son Dictionnaire. “ La gargata li ont trancice ”, Roman de Brut, v. 2219. Palsgrave traduit le mot gargate par gorge.

Gargoule et gargouille : “ The weesle of the throat ; gutter, ” etc. On trouve dans de très vieux auteurs anglais : The gargyle of the throat. ” Le bas-latin avait gargula pour gosier. Gargula c’est gargoule. Marot donne gargouille comme synonyme de grosse bouteille.

Gargouiller : “ To gargle or gargarize. ” Faire entendre des glouglous.

Gargouillis : “ Gargling noise. ”

Garguillon : “ The throat-pipe whereby méat passes into the stomach or craw of birds. ” 2

Gariot : “ The wind-pipe of a horse or other beast. " Appliqué aux humains, le gariot serait le faux-got des Acadiens.

1. — Le suppliant, coppa la gorge au dit Guillaume, ou-quoy que ce soit, la gargamelle, ou gosier. ” Du Cahge.

2. — L’estomac, dans Cotgrave, signifie, comme en Acadie, le haut de la poitrine. Il a conservé cette signification en anglais. Il s’agit ici de la faite des oiseaux.

Ces mots que je trouve dans Cotgrave n’ont pas tous été conservés, en Acadie ; mais il s’y en rencontre plusieurs, formés es mêmes radicaux. Nous avons, par exemple, le garot d’un animal. Garot est entré dans l’argot.

Engargoter (S’) : Même signification que s’engoter, avec cette légère différence que s’engoter, c’est s’obstiner le got, tandi que s’ engargoter c’est s’obstruer le gargoton.

Gargote : Se dit de tout repas sommaire. Nos chasseurs cherchent dans le bois un bon endroit, près d’une source, d un ruisseau, pour y faire la gargote. Un gargot est un petit restaurant où l’on mange à bon marché, ici comme en France.

Gargoter : Faire une dînette improvisée. Se prend souvent en m auvaise part. G argotage s’entend pour un mau- \ais / agout, dans les faubourgs de Paris. — Gargotier, mauvais traiteur.

Gargousse : Tout l’intérieur du gargoton. Un paysan me disait que sa vache s’était engotée avec une patate (pomme de teire) ; qu il avait pris un bout de bitord, le lui avait fourré dans le got, et par ce moyen avait fait descendre la patate tout le long de la gargousse jusqu’à l’herbière, 1 et que sa vache, qu’il croyait perdue, avait ravigoté. S’entend aussi, en Acadie, pour un pli dans une étoffe.

Dans l’argot des voleurs, on dit de la gargousse pour un ragoût aux navets et aux haricots. Gargousse est aussi un terme militaire, signifiant la gousse ou cosse (c’est le même mot) qui contient la charge de poudre d’un fusil. Cotgrave traduit le mot par wind-pipe, le faux-got des Acadiens.

Gargousser : C’est avoir dans la gorge, quelque chose qui laisse entendre un bruit de liquide agité. Nous disons aussi : avoir la gargousse, ou encore, le gargouillis. On pourrait y ajouter gargouillage et gargouillement, dont le sens est le même.

Gargousser s’est dit, en vieux français, pour un liquide qui bout. On trouve aussi gargosser.

Gargousset : Porte-monnaie d’autrefois. C’est un petit

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