Le f°ad de la gorge, l’œsophage des herbivores
sac en cuir dont le got est étranglé avec une ficelle. — Mets ça dans ton gar gousset, disent nos gens.
Le sens du radical gar est constant dans la langue. En provençal, ainsi que son synonyme gargan, il signifie gosier. En combinaison avec go et ses variantes, il signifie tour à tour gorge, égout, canal. Les dérivés de ces deux radicaux, agglutinés en un seul mot, se comptent par centaines, en France. Prenons, pêle-mêle, bout-ci - bout-là, comme disent nos gens, à l’Académie, dans les provinces, au Canada, en Acadie, chez les savants, et chez le peuple, chez les anciens et les modernes, sans oublier l’argot, et poursuivons notre inventaire.
Gargole et gargoule : se disaient pour gorge, au xvie siècle. Gargouille, est le même mot, épelé différemment. On a dit les gargotes, comme nous disons, aujourd’hui, les gargouilles, d’une église. Cotgrave fait ce mot synonyme de gosier. La gargoule, c’est le gar, plus la goule. Et goule, gula en latin, est une forme de go.
Garganat, garguenat, gorguenat. Ces trois mots, ont la signification de gosier, en Poitou.
Escargoté : que Nicot, Dict., et Cotgrave, donnent comme synonyme de égosillé, correspond à notre mot escargoulé. La différence étymologique, c’est que le premier est formé sur gar1 et got, et le second sur gar et goule. J’allais faire entrer escargot dans ma liste.
Gargouillades : Borborygmes, et gargouiller, avoir des borborygmes, en langue verte. Le même mot se dit ragoutller, en Anjou, où l’on trouve aussi gargossage, gargouillement, gargouil, gargouillis, avec à peu près la même signification.
Gargouine et gargue, sont synonymes de bouche, dans l’argot- des voleurs.
Garguillo : d’après G. F. Burgny, Gram, de la langue d’oïl, s’entendait pour gosier, en Bourgogne, au xme siècle. Garguillo pourrait s’orthographier gargouyo. C’est, il me semble,
1. — C et g se permutent dans un grand nombre de mots, en français et dans tous les idiomes issus du latin.
partieiTdp F™07*' °UTgarg0n’ comme 011 le Prononce en certaines paÏer de!/" ^ °U donner, signifierait, alors,
enfin t VP7 ’n du mal articuler ses mots,
Dante, Enfer , Vile chant, a le mot gargoglian, avec le sens e jargon je crois. Les Vendéens ont gargoglaer. Jar et gar, c est le meme mot. L’un a formé jardin, l’autre garden • ussi jarretière et son synonyme anglo-normand parier. Le mot pourrait bien être une altération de .jargon. C’est du moins 1 opinion de F. Genm, Récréations, p. 73.
Dans son traité sur la Précellence, etc., Henri Estienne nous dit que de son temps gargathe était synonyme de gorge. Gargathe, c est encore la reunion des deux radicaux gar et got.
Gargaillot : Signifie gosier, aux environs de Toulouse.
Gargoise, gargouesse : Grosse bouteille, d’après Bovel Dict C est aussi un terme militaire. Gargouille est de la même famille. On pourrait y ajouter gargaille, gargalle, et aussi gargaillot, qui se disent, en Provence, pour gosier.
. ORGORET • mo^ s entend soit d’un oiseau gohemouche, soit d un instrument concave, dont les praticiens se servent en chirurgie.
Gargoiulette : S'est dit, je crois, pour margoulette, le second mot étant une déformation du premier.
Gargousser : Se dit pout glousser, dans certaines parties de la province de Québec. Glousser se réclame de got seul • gargousser , de gar et de got, réunis.
Tous ces dérivés renferment, plus ou moins altérés, les deux radicaux gar et got. Il en reste un certain nombre, formés sur gar tout seul, que nous n’avons pas étudiés et que nous allons passer sommairement en revue.
Gorge : Est-il bien constaté que gorge provienne de gar à 1 exclusion de got ? Le mot, nous disent les maîtres, a pour pi ototvpe gurges 1 gouffre. Soit. Mais, dans gurges, prononcé
1. Brachet le fait venir de guttur, même signification, Cledat de gurgitem, Littré de gurges.
gourghès, la dernière syllabe pourrait bien être une déformation de go. Le g de la deuxième syllabe de gur-ges, sur lequel le ge du français gor-ge est calqué, semble bien représenter quelque radical dissimulé, ou tout au moins écourté.
Gourmand, gourmandise, gourmet, se rattachent au
radical gar.
Garrot, garrote, garroter, s’y rattachent également. A gorge se rattachent directement : gorgée, gorget,
GORGETTE, G ORGIE, GORGEOT, GORGERE, GORGIER, GORGIERE,
gorgerette, gorgerin, se gorger, 1 (qui se dit pour se gobiner, en Normandie), pigeon-gorge, gorgeot, gorgeron,
GORGIEUR, GORGUETER, S’ENGORGER, ENGORGEMENT, GORGER, DÉGORGER, DÉGORGEMENT, DÉGORGEOIR, REGORGER, ÉGORGE¬ MENT, égorgeur, etc. L’ancien français gorgias, gase avec laquelle les femmes se couvrent la gorge, et dont les Anglais ont fait gorgeons, se rapporte très probablement à gorge. On dit se rengorger, ou avancer la gorge en avant, pour se donner de l’importance.
gorgerin : C’est un hausse-cou.
Un mot qui, sans qu’on puisse le contester, appartient au radical gar, c’est gar-gar-iser. Inutile, ici, de recourir au grec. Gargariser, gargarisme", c’est l’onomatopee gar, deux fois répétée, comme pour tenir en suspension, et prolonger le bruit du liquide qu’elle imite, suivie d’une terminaison verbale également imitative. Cette onomatopée, cette voix imitative, qu’on remonte jusqu’à la genèse des langues, et on la cotoyera du bas jusqu’au haut de l’échelle. Le haut de l’échelle est tenu par gar lui-même, radical monosyllabique, comme got, auquel il s unit par affinité.
On trouve dans le parler franco-acadien, plusieurs autres vocables qui pourraient jeter les étymologistes sur une piste nouvelle.
1. — “Pourvu qu’ils se gorgiassent en la nouvelleté. ” Montaigne.
2. — Gargarisme se clit pour un verre de vin, dans les faubourgs de Paris.