Boileau, Art 'poétique
Boileau approuva ; le “ Roi-Soleil ” daigna trouver que cela «ait bien, et la règle prosodique du vers français devint une règle c ogmatique, comme tout ce qui s’édictait sous le régime absolu A partir de ce moment, notre poésie cessa d’être populaire et les etrangers ne la comprirent plus.
C est à cette date, de 1632 à 1670, que furent définitivement étabhs Port-Royal, Grand-Prée et Beaubassin, par les compagnons de Razilly et de d’Aulnay. Ceux-ci ne connaissaient rien de la Pieiade, ni de l’Académie naissante, ni de Malherbe, ni de Boileau, ni des règles conventionnelles de la nouvelle versification. Mais ils avaient emporté avec eux les vieilles chansons du Berry et de la Rochelle, comme autrefois les compagnons d’Enée leurs pénates et leurs dieux troyens.
La plupart de ces chansons étaient légères comme des rondes villageoises. Les paroles en étaient peu de chose ; chantées, c était de la gaieté gauloise mise en musique :
A Saint-Malo, beau port de mer ;
C’est en revenant de la jolie Rochelle ;
A la claire Fontaine ;
C’est la belle Françoise, allons gai;
Par derrière chez mon -père ;
Vole, mon cœur, vole ;
Karibi ;
Malbrouke s’en va-t-en guerre ;
Tout doux ;
Vive la rose et le lilas ;
Il était un’bergere ;
Le petit mari, etc.
D’aucunes avaient des accents d’élégie :
Dans les prisons de Nantes ;
Quand je partis de mon pays Pour m’en r’ tourner en France.
D’autres étaient de timides protestations mêlées de mépris, contre les abus des grands :
O Fils du roi qu’tu es méchant,
D’avoir tué mon canard blanc ;
En roulant ma boule,
et maladroit :
Visa le noir, tua le blanc.
La génération acadienne d’aujourd’hui ne chante plus guèie les vieilles chansons de France, si alertes, si douces au cœur, si réconfortantes, quoique les anciens se les remémorent toujours. L’Angleterre les a noyées dans les larmes des proscrits de 1755. Les chants liturgiques, quelques cantiques de 1 ’empremier , d’autres plus récents, l’un de Fénélon1 2 3, l’un de Y oltaire, l’un de Louis Racine4 5, deux ou trois de Jean-Baptiste Rousseau , un certain nombre tiré du Recueil des Cantiques de Marseille, voilà à peu près tout ce qui reste du répertoire musical de l’ancienne Acadie. .
Mais il faut que le peuple chante ; il a besoin de chanter,
même au milieu de ses pleurs. Des voix sortent de la douleur aussi bien que de la joie, et ces voix trouvent un nombre, une harmonie musicale, plus ou moins parfaite, selon qu’elles ont été plus ou moins cultivées. Le Parisien nourri au Conservatoire, sait mieux composer sa chanson que le paysan, qui n’a eu que la nature pour maître. Mais ils chantent 1 un et 1 autre. Le chant est une prière qui s’élève vers Dieu ; c’est le cri de joie de l’enfant qu’un rien fait tressaillir d’allégresse, et c’est aussi le bruit que fait une larme tombant du cœur. Le cœur a besoin de rire et de pleurer, de chanter sa joie et sa douleur.
Dans les premières années qui suivirent le Grand-Dérangement 6, le paysan acadien ne chanta ni ne pleura : il n’y avait plus pour lui d’espérance sur la terre, et la source de ses larmes était tarie. Mais, à mesure qu’il renaissait à la vie, les consola-