‹ Le parler franco-acadien et ses originesChapitre 46 sur 179 · Ou encore celui du ch anglais dans chum, patch · texte numérisé non relu

Ou encore celui du ch anglais dans chum, patch

Diez s’étonne que le français n’ait pas la forme adoucie de chai ou chais pour représenter le son dur de Kai. Il semble bien que la forme acadienne tche c réponde au désideratum du grand philologue allemand. “ De nos jours, à Paris, on entend un k différend dans cou et dans quai ” Th. Rosset, p. 313.

2. — M. James Geddes, auteur d’études sérieuses sur le dialecte acadien, rend le mot quête par ts-et. L’alphabet français est impuissant à noter le son de tch.

3 — Dans la Cantû'ene de Sainte-Eulalie, qui se rend par chi. “ Antérieurement au milieu du xne siècle, on rencontre ordinairement les graphies qui et tchi ”. Brunot, vo. I. p. 44S.

Dans l’ancien français, IV sonnait à la fin de plusieurs adjectifs, où il tombe aujourd’hui, léger, par exemple, se dit, aujourd’hui, légé, dans la langue académique. En Acadie, nous prononçons léger, en faisant sonner IV final, soit dans les adjectifs: un poids légèrr, un homme légèrr de croyance, (crédule), soit dans les noms propres : André Légèrr, Saint -Légèrr. Telle a été la prononciation de ce mot depuis l’origine de la langue, jusqu’au xviie. siècle inclusivement.

Le féminin de léger, dans notre parler est lêgerte, une femme légerte. D’où vient ce t ? Est-il là pour simplement établir une différence de son entre le mascuhn et le féminin, ou sa présence est-elle attribuable à quelque obscure influence étymologique ? Le français n’a pas (ou n’a plus) légerte, mais il a légèreté , {légerte).

Dans mars, l’s tombe en Acadie, comme en Touraine et au Terri : le mois de mar.

R ne sonne jamais, aujourd’hui, dans les infinitifs de la permière conjugaison, aimer, parler, si ce n’est en liaison euphonique : aimer à vivre, parler à quelqu’un. Ces liaisons ne sont guère pratiquées, en Acadie, et ne l’étaient pas davantage, je crois, dans le moyen français, jusqu’au xvue siècle. Nous disons, à l’infinitif : parlé’ à quelqu’un, aimé’ à vivre, sans nous soucier de l’orthographe. Ici encore la graphie a modifié la prononciation moderne.

Il en est de même pour l’infinitif des verbes de la seconde conjugaison ; les Parisiens n’en faisaient pas autrefois sonner tous les r finals. Nous disons, comme en France, venir, finir, se souvenir, etc. ; mais quérir fait qu'ri, dans la bouche de nos gens. Ils diront aussi : tâche de couri plus vite ; ce poisson commence à moisi. L V est atone dans ces mots.

“ On prononçait probablement nourri pour nourrir ”, nous dit quelque part Ampère. C’est encore ainsi que nos gens prononcent. Dans les Conférences, on trouve à 1 infinitif, veni, parti, couri, menti, pour venir, etc.

Quant aux substantifs, à côté de soupir, désir, etc., qui se disent ici comme en France, nous avons plaisir qui se prononce plaisi.

Il existe certains mots où la finale ur se prononçait u, en France au temps où l’Acadie fut fondée ; sur, préposition en est un exemple. Il est vrai qu'on trouve ce mot écrit avec un r, depuis les premiers monuments de la langue jusqu’à nous ; mais il est douteux que les anciens l’aient jamais fait sonner. Que de consonnes étymologiques l’ancienne graphie conservait uniquement pour les yeux !

En tous cas, Rabelais, l’homme le plus érudit de France, apparemment, au xvie siècle, et qu’aucune convention ne gênait, écrit : . . . “ délibérast sus (prononcez su) le champ ce qui estoit à faire ” ; confira avecques eulx sus ce questoit tant à faire que à répondre ” ; “ il montoyt sus ung coursier, sus ung roussin, sus un genêt, sus ung cheval. ”

Les traducteurs des Saintes Ecritures écrivent, dès le xme siècle, que “ l’étoile s’aresta sus la maison où cil estoit que il queroient ” (cherchaient). Nous prononçons su, avec Rabelais et ses contemporains.

Su était tellement la prononciation de sur, par toute la France, que, malgré les grammairiens et l’Académie, il s'est maintenu, à Paris même, durant tout le xvne siècle, et qu’il survit aujourd’hui encore dans le parler dialectal1, non-seulement de la Touraine et du Berri, mais de tout le centre de la France, où les gens disent, comme ceux de l’Acadie : il s’avançait su moi, j’ai monté su la table.

Nous disons toujou pour toujours, comme on le disait en France et comme on le dit encore en Berri et partout où l’antique prononciation de ce mot n’est pas altérée:

Boivam’s à petits coups,

Mais boivam’s toujous.

Arch. Gentry, Rimes perchorennes.

1. — La plupart des finales en eur, prononcées eu, sont formées d’un suffixe latin, soit existant, soit fictif, en orem, ajouté au participe passé du verbe. D’autres viennent du suffixe orius, oria, comme battoir, abreuvoir prononcé battoué, abreuvoué, en Acadie. La prononciation française confond, le plus souvent, les dérivés du suffixe latin orem, avec ceux du suffixe osvs osa : boiteux, amoureux, etc.

On entend encore bonjou, pour bonjour, dans certains cantons de Normandie.

Il n’y a pas jusqu’au pronom leur, qui ne se prononçât leu, en France, devant une consonne, comme il se prononce aujourd’hui en Acadie.

Au témoignage de Henri Estienne, les r finals s’en allaient tombant, dans la deuxième partie du xvie siècle, vers l’époque où Port-Royal et Québec furent fondés. Ils étaient depuis longtemps tombés, parmi le peuple, dans un grand nombre de mots, où la graphie les a fait revivre.

Par contre, et ceci est assez curieux, nous avons mis un r dans quelques vocables, où il n’en existe pas dans la langue officielle : verrue, par exemple, se dit verrure 1 , parmi nous.

Nous disons un solclar, des soldars. La langue officielle a supprimé IV de ce mot essentiellement populaire. Les poètes, qui sont des peintres de la nature, ut pictura poesis, faisaient rimer part, estandart, rampart, avec soldart, et Rabelais, qui nous fait dans Gargantua, connaître “tous les souldars de ses légions ”, se gardait bien de laisser se perdre ce r martial.

Soldart, souldart, soudart, que nous retrouvons dans les vieux auteurs, c’est tout un, avec notre soldar.

Le français officiel a conservé, il est vrai, le mot soudart, après avoir supprimé, comme il l’a fait pour un grand nombre d’autres mots, VI médial ; mais il a, en même temps, détourné ce respectable substantif de sa signification première. Le soudart de l’Académie française n’est pas le soldar qui a gagné la bat ùlle de la Marne. Il se prend en mauvaise part dans les dictionnaires attitrés. Pourtant il était de bonne compagnie au temps de Henri IV et de Crillon, n’aurions-nous pour nous en convaincre que ces vers de Desportes :

A ces mots de Pluton, on voit de toutes parts Sortir du vieux manoir les plus braves soldarts.

La lettre s se prononce en Amérique comme en France. Elle-

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