‹ Le probleme de l'educationChapitre 19 sur 98 · Essais. I, XXIV · texte numérisé non relu

Essais. I, XXIV

et de ces gens-là les âmes sont, et par nature, et par institution domestique et exemple, du plus basaloi^ ». Montaigne ne veut pas ôtre confondu avec ces roturiers du savoir; c'est un grand seigneur, et il veut rester tel dans Tordre de l'esprit.

Il a une conception aristocratique de la science. 11 distingue les études libérales, désintéressées, qui relèvent et ennoblisssent Thomme et les études professionnelles, cultivées en vue du gain, et il va sans dire qu'il ne fait cas que des premières. Aussi on peut penser qu'il n'est pas un partisan de l'enseignement populaire ou de l'enseignement pour tous. Justement parce qu'il a des études une idée très haute et très noble, il veut qu'elles soient réservées aux esprits d'élite, pour ne pas dire aux riches et aux puissants. « Madame, dit-il, s'adressant à Diane de Foix, comtesse de Gurson, c'est un grand ornement que la science et un outil de merveilleux service, notamment aux personnes élevées en tel degré de fortune comme vous êtes. A la vérité, elle n'a point son vrai usage en mains viles et basses », et il semble qu'elle déchoit lorsqu'elle sert à « dresser un argument dialectique ou à plaider un appel ou à ordonner une masse de pilules ». Il convient de le remarquer encore, les préceptes de Montaigne en éducation s'adressent « à un enfant de maison, qui recherche les lettres, non pour le gain (car une fin si abjecte est indigne de la grâce et faveur des Muses), ni tant pour les commodités externes que pour les siennes propres, et pour s'en enrichir et parer au dedans- ». Enfin la science que Montaigne songe à faire acquérir à l'élève qu'il s'est choisi est celle qui ajoute à la valeur de l'esprit et ne représente point un gain ou profit matériel.

Autrement dit, le savoir, selon lui, n'a pas de prix par

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