‹ Le probleme de l'educationChapitre 20 sur 98 · Essais · texte numérisé non relu

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■2. Ibid., I, XXV.

104 l'éducation formelle ou la culture

lui-même ; il vaut uniquement par Tesprit qui le reçoit. Il suppose donc d'abord un esprit apte à le recevoir. Mais c'est ce qui ne se rencontre pas toujours. Aussi est-il des cas où il faut laisser les gens dans Tignorance, comme dans Tétat qui leur convient. Quand la science n'est qu'un bagage dont on encombre l'esprit, dont on charge la mémoire, il est certain que l'ignorance vaut mieux. Le respect de la science, non moins que l'intérêt et les égards qui sont dus aux esprits, nous commande de ne pas la répandre au hasard, la jeter à tout venant,- mais de la réserver à ceux qui en sont dignes, qui peuvent en tirer parti. Car il ne faut pas se méprendre sur « le fruit de la science : elle îiest pas pour donne)' jour à F âme qui nen a points ni pour faire voir un aveugle : son métier est^ non de lui fournir de vue, mais de la lui dresser, de lui régler ses allures, pourvu qu'elle ait de soi les pieds et les jambes droites et capables. C'est une bonne drogue que la science, mais nulle drogue n'est assez forte pour se préserver sans altération et corruption, selon le vase qui l'estuye... Les boiteux sont mal propres aux exercices du corps et aux exercices de l'esprit les âmes boiteuses; les bâtardes et vulgaires sont indignes de la philosophie ^ » Montaigne est donc bien loin de nos idées modernes. Ce n'est pas lui qui réclamerait l'instruction obligatoire pour tous. L'instruction obligatoire! mais c'est un bluff! Estce que tous les esprits sont capables de s'instruire? D'apprendre l'alphabet et les quatre règles, oui sans doute ! Aussi l'instruction élémentaire est-elle la seule dont on ait, en fait, osé décréter l'obligation. Mais l'instruction élémentaire n'est pas l'instruction, du moins n'est pas celle à laquelle pense Montaigne. A un adversaire qui parlait de l'assommer, un orateur de la Révolution répliquait : Décrète

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