‹ Le probleme de l'educationChapitre 23 sur 98 · Essais, liv. I, ch. xxiv, Du Pédantisme · texte numérisé non relu

Essais, liv. I, ch. xxiv, Du Pédantisme

compagnies-là se trouvassent aussi bien fournies d'entendement et de conscience comme elles sont encore de science^ ! » Plût à Dieu, dirons-nous aussi, généralisant la remarque de Montaigne, qu'on fît servir les examens moins à constater les connaissances acquises qu'à déterminer la valeur et à donner la mesure des intelligences !

Si on rassemble les idées pédagogiques de Montaigne, on voit aussitôt qu'elles sont concordantes, solidaires, systématiquement enchaînées, et peuvent se résumer ainsi : Cultivons la science, mais en ayant toujours et exclusivement en vue le développement et le perfectionnement de l'esprit, ou, comme dira Port-Royal après Montaigne et d'après lui, au lieu de « nous servir de la raison comme d'un instrument pour acquérir les sciences », servons-nous « des sciences comme d'un instrument pour perfectionner la raison » ; estimons la science, non pour elle-même, mais pour le profit intellectuel et moral que nous en pouvons tirer, comptons pour rien un savoir qui ne nous rend pas plus éclairés, plus intelligents et meilleurs; persuadonsnous surtout que « prendre en garde les opinions et le savoir d'autrui », c'est personnellement n'avoir rien acquis, et intellectuellement n'exister pas ; distinguons enfin la science et la sagesse, et remarquons que si, à la rigueur, « nous pourrions être savants du savoir d'autrui, au moins sages ne pouvons- nous être que de notre propre sagesse- ». Or la sagesse ou la valeur personnelle et morale est d'un autre prix que la science ; c'est l'objet principal, pour ne pas dire unique, de l'éducation.

La culture de l'âme et des facultés étant ainsi substituée à l'acquisition des connaissances comme fin de l'éducation, tout devient clair, le programme de l'éducation

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