Ibid
se déroule de lui-même en toutes ses parties : on voit ce que doivent être l'élève et le maître, ce que doit être l'enseignement, sur quoi il doit porter et quelle forme il doit prendre.
Les qualités de l'esprit passant avant la science, l'élève aura à devenir « habile homme (plutôt) qu^homme savant ». Dès lors il lui faudra choisir un « conducteur » ayant luimême « la tête bien faite plutôt que bien pleine ». Certes, Montaigne prend soin de le remarquer, et même de le redire : « tous les deux » sont « requis, mais plus les mœurs et Tentendement que la science ^»
Donné par un tel maître, l'enseignement sera intelligent et développera l'intelligence. Il sera d'abord approprié à l'âge de Tenfant : visant à former le jugement, non à charger la mémoire, faisant appel à la raison, il attendra que la raison soit née ; il l'éveillera, il l'exercera. Je voudrais « qu'il (le maître) se conduisît en sa charge d'une nouvelle manière. On ne cesse de criailler à nos oreilles, comme qui verserait dans un entonnoir; et notre charge ce n'est que redire ce qu'on nous a appris ; je voudrais qu'il corrigeât cette partie ; et que, de belle arrivée, selon la portée de l'âme qu'il a en main, il commençât à la mettre sur la montre, lui faisant goûter les choses, les choisir et discerner d'elle-même ; quelquefois lui ouvrant chemin, quelquefois le lui faisant ouvrir. Je ne veux pas qu'il invente et parle seul, je veux qu'il écoute son disciple parler à son tour... 11 est bon qu'il le fasse trotter devant lui pour juger de son train, et juger jusques à quel point il se doit ravaller pour s'accommoder à sa force. A faute de cette proportion nous gâtons tout ; et de la savoir choisir et s'y conduire bien mesurément, c'est une des plus ardues besognes que je sache ; et est l'effet d'une haute âme et