‹ Le probleme de l'educationChapitre 25 sur 98 · Essais, liv. I, ch. xxv, De Vlnstilulion des enfants · texte numérisé non relu

Essais, liv. I, ch. xxv, De Vlnstilulion des enfants

LE SYSTÈME PEDAGUCilOLE DE MONTAIGNE 111

bien forte, savoir condescendre à ces allures puériles et les guider \ »

Exercer le jugement de l'enfant, ce sera par exemple a lui demander compte )>, non pas seulement « des mots de sa leçon, mais du sens et de la substance », ce sera lui retourner la même idée, la lui mettre ou lui faire « mettre en cent visages », pour s'assurer qu'il en est maitre, qu'il la possède vraiment.

Vn enseignement qui exerce ainsi le jugement peut être appelé critique' ; au lieu de s'imposer d'autorité, il invoque la raison, la reconnaît pour juge. « Qu'il (le maître) lui fasse tout passer par l'étamine, et ne loge rien en sa tête par simple autorité et à crédit. » Qu'au lieu de l'asservir^ il le traite en libre esprit, qu'il développe sa personnalité ; qu'il l'habitue à ne pas vivre d'emprunts, mais à tirer tout de son propre fonds. « Les abeilles pillottent deçà delà les fleurs, mais elles en font après le miel qui est tout leur ; ainsi les pièces empruntées d'autrui, il les transformera et confondra pour en faire un ouvrage tout sien, à savoir son jugonent : son institution, son travail et étude ne visent qu'à le former \ »

Mais on ne forme l'esprit ou le caractère, qu'en l'exerçant ; l'éducation sera donc en actes^ non en paroles. Par là encore elle différera de l'éducation courante. Montaigne devance ici la théorie d'Horace Mann : Savoir^ c'est faire.

« Je voudrais, dit-il, que le Paluel ou Pompée, ces beaux danseurs de corde, apprissent des cabrioles à les voir seulement faire sans nous bouger de nos places, comme ceux-ci veulent instruire notre entendement sans Vébranlcr; ou qu'on nous apprît à manier un cheval ou une pique ou une lutte ou la voix, sans

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