‹ Le probleme de l'educationChapitre 28 sur 98 · L'Education progressive, liv. I, eh. ii · texte numérisé non relu

L'Education progressive, liv. I, eh. ii

du groupement hiérarchique de ses données. Ces considérations théoriques devraient suffire, mais on peut en ajouter d'autres d'ordre pratique, qui les complètent et les confirment. S'agit-il d'établir un programme d'enseignement? 11 y a sans doute des connaissances élémentaires indispensables à tous les esprits, mais, en dehors de ces connaissances, lesquelles fera-t on acquérir? Impossible de le savoir, dans l'ignorance oii nous sommes de l'avenir de l'enfant, de la carrière qu'il choisira, des aptitudes et des goûts qu'il aura. Dès lors « quoi de mieux à faire que de s'occuper avant tout à former l'intelligence, à perfectionner l'admirable instrument qui rendra l'élève propre à tous les états, quel que soit le sort que l'avenir lui réserve ? » L'éducation formelle, la culture de la raison, cet « instrument universel, qui peut servir en toutes sortes de rencontres » (Descartes), n'est donc pas seulement celle qui assure le développement le plus normal, le plus complet des facultés; elle est encore celle qui, en tant que générale, se trouve être par surcroît, dans l'ordre pratique, la plus avantageuse et la meilleure. L'éducation, dite utilitaire, professionnelle, n'est pas réellement la plus utile; en tout cas, elle n'est pas seule utile; elle est défectueuse, au sens étymologique et propre du terme, elle « laisse sans emploi les plus nobles attributs de l'âme ». Il en faut dire autant deTinstruclion pure. Il y aura toujours « des dons négligés dans l'éducation, tant que l'attention de l'instituteur se portera sur la science qu'il veut donner plutôt que sur l'élève qu'il veut instruire, tant qu'il voudra former une encyclopédie savante plutôt qu'un être intellectuel et moral». L'éducation formelle est la seule qui soit intégrale et complète, car elle n'exclut pas, mais au contraire implique l'éducation matérielle comme sa condition d'existence. Ce qui lui assure la prééminence, c'est d'abord qu'elle est d'un autre prix ou valeur, même pratique, que l'instruc-

lion, c'est ensuite qu'elle entraîne toujours et nécessairement l'instruction, tandis que Finstruction n'entraîne pas, du moins au môme degré, la culture. Si donc il fallait absolument choisir entre la culture formelle et la culture matérielle, s'il n'était pas possible de les réunir, nous choisirions sans hésiter la première. Mais cette nécessité de choisir, de prendre parti (comme on a pu voir déjà et comme on verra mieux encore par la suite) nous est, en fait, épargnée, et nous pouvons ici, selon le mot de Platon, suivre l'exemple des enfants qui, lorsqu'on leur donne à choisir entre deux choses à leur gré, les prennent toutes les deux.

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